Les professionnels du tourisme roumain attendent les Français avec impatience. Le pays souffre encore d’un retard certain par rapport à ses nouveaux voisins de l’Union européenne. Mais cette faiblesse est aussi une force.
Aux pieds des Carpates, un monde traditionnel reste encore à découvrir.
Forte de l’expérience positive vécue par certains de ses voisins depuis leur entrée dans l’Union européenne en 2004, la Roumanie peut mettre beaucoup d’ espoirs dans le tourisme. Certes, le pays pâtit d’une image ambiguë auprès du public français. La violence et la pauvreté découvertes à la fin de l’ère Ceaucescu hantent encore les esprits. Et si Dracula éveille toutes les curiosités chez les occidentaux, les Roumains eux-mêmes n’ont pas encore mis cet intérêt à profit. “Pour que notre pays décolle, il lui faut une marque et un gros travail de marketing autour de nos traditions, tempête Danut Tamasan, directeur de l’agence Ciel Voyages à Cluj. Mais nous n’avons pas de ministère attitré et le budget de l’État pour notre secteur devrait être multiplié par dix.” Les choses avancent tout de même. L’office du tourisme roumain à Paris lance en mars une campagne de communication. Cristina Gheaus, sa directrice, espère “dès cette année une augmentation de 15 % du nombre de touristes dans le pays”. Ils étaient 4,5 millions en 2006, toutes provenances confondues.
Visiter la Roumanie, c’est faire un bond dans une Europe rurale où le cheval est encore le premier outil de travail des paysans. Les touristes français qui en reviennent ne tarissent pas d’éloges sur l’omniprésence des Carpates en arrière-plan de paysages champêtres dignes d’une image d’Épinal. Des villages préservés où il n’est pas rare de croiser un troupeau de cochons en maraude ajoutent au pittoresque.
Dans le registre des atouts, citons une multitude de châteaux, de monastères (classés par l’Unesco) ou d’églises fortifiées, le delta du Danube, quelques belles stations de ski, et des plages au bord de la mer Noire qui n’ont rien à envier à celles du voisin bulgare. Enfin, les Roumains sont francophiles, et il n’est pas rare qu’un passant vous interpelle pour le plaisir d’exercer son français. C’est donc “l’Est authentique et traditionnel” qui reste à découvrir en dehors de Bucarest, cette anomalie architecturale voulue par l’ancien dictateur mégalomane. Signe de ce potentiel touristique, les liaisons aériennes se sont multipliées à des prix compétitifs. Air France et la Tarom assurent par exemple des vols quotidiens entre Paris et Bucarest, et la low cost Blue Air propose des liaisons aux départs de Beauvais et de Lyon. Mieux, une compagnie comme Austrian offre, moyennant une escale à Vienne, une desserte de villes comme Sibiu, Timisoara ou Cluj au départ de Paris et de plusieurs villes de province.
Une des faiblesses de la destination reste un parc hôtelier 2 et 3 étoiles plutôt archaïque. Tandis que les établissements de standing sont encore pour la plupart ces gros blocs de béton si chers aux architectes communistes. En dehors de la capitale, qui abrite déjà Marriot, Hilton, Sofitel et autre Novotel, les améliorations sont en cours. Accor, par exemple, s’est fixé comme objectif d’atteindre 20 000 lits en 2010. Pour les groupes, le tour-opérateur Touristra, un spécialiste, ouvrira en mai un Club 3 000 à Mamaia sur les bords de la mer Noire. Il est vrai que les stations balnéaires du pays – pourtant réputé pour sa thalasso à prix réduit – en ont besoin, car elles sont d’un standing inférieur à celui de leurs voisines bulgares.
L’offre des grands voyagistes est loin d’être pléthorique, notamment en groupes. Certains, comme Nouvelles Frontières, vont surfer sur le fait que la ville transylvanienne de Sibiu est cette année capitale européenne de la culture (voir notre encadré), pour y proposer des week-ends. De son côté, Fram attend son heure. Des TO plus modestes se sont lancés dans l’aventure, en misant sur les tarifs attractifs de la destination. Hora Voyages, Parfums du Monde (Voir interview page 47), ou Club Vacances Modernes sont de ceux-là. Leur offres consistent en quelques circuits d’une grosse semaine intégrant Bucarest, les Carpates et les monastères de Bucovine. Mais le mauvais état du réseau routier – un autre point noir – limite encore les possibilités. Quant aux séjours, ils se déroulent tous au bord de la mer Noire. Si la publicité faite au pays lors de son entrée dans l’Union fait son effet, l’offre pourrait s’étoffer en 2008. À condition que le pays utilise une partie de la manne européenne – 32 milliards d’euros d’ici 2013 – pour investir dans son tourisme.
En entrant le 1er janvier dans l’Union européenne, la Roumanie et ses 22 millions d’habitants ont eu le sentiment légitime de franchir une nouvelle étape dans leur quête de prospérité. La normalisation sera véritablement entamée quand le géant du mobilier Ikéa ouvrira au printemps son premier magasin dans la banlieue de Bucarest. Cette implantation est un symbole, et un défi lancé à la fragile économie roumaine.
Malgré une croissance prometteuse de 5,5 % en 2006, le niveau de vie est en effet un des plus bas de l’Union, comme en témoignent les 2,5 millions de travailleurs roumains partis chercher – légalement ou pas – de meilleures conditions de vie dans toute l’Europe. Cette hémorragie de main d’œuvre est d’ailleurs un des paradoxes du pays. Car pour faire tourner les 400 000 entreprises qui ont vu le jour depuis la chute du communisme, il manquerait aujourd’hui 300 000 personnes. Les patrons roumains recrutent donc en Turquie, au Pakistan ou en Chine, notamment pour les industries textiles du nord du pays. Leurs PME feront-elles pour autant le poids face aux mastodontes qui arrivent de l’Ouest? Rien n’est moins sûr. Selon les analyses du Fonds monétaire international, la mise en conformité de la production locale aux normes de l’UE pourrait entraîner la fermeture de plus de la moitié d’entre elles. Le monde agricole, dont le traditionnalisme ravira les touristes, occupe pour sa part 40 % de la population. Il s’agit essentiellement d’une production de subsistance avec plus de 4,5 millions d’exploitations. Là encore, le pays aura un chemin douloureux à parcourir pour se conformer aux normes de sécurité alimentaire. Il en va de même pour la lutte contre la corruption et la réforme du système judiciaire, deux chantiers clairement inscrits dans les clauses de sauvegarde du traité d’adhésion, et dont les progrès feront l’objet d’un bilan semestriel. Idem pour l’attitude des autorités envers la minorité des Roms, toujours plus ou moins maintenue au ban de la société.
En contrepartie de tous les efforts qu’il vont devoir consentir, les Roumains se sont vu attribuer 32 milliards d’euros d’aides non remboursables par L’UE d’ici à 2013. La réhabilitation des infrastructures et la construction d’autoroutes (le projet le plus important relierait Bucarest et Brasov à la frontière hongroise) sont les priorités affichées pour l’utilisation de cette manne.
L’immobilier profite déjà de cette modernisation, les prix ayant parfois été multipliés par dix. Quant au tourisme, l’État semble se réveiller, même tardivement. Les campagnes de communication financées dans plusieurs pays d’Europe vont dans le (bon) sens de son développement.
– Austrian dessert, avec escale à Vienne, les villes de Bucarest (4 vols / jour), Sibiu (6 vols / semaine), Timisoara (2 vols / jour), Cluj (5 vols / semaine) ou Lasi (6 vols / semaine) au départ de Paris, Lyon, Nice, Mulhouse-Bâle ou Strasbourg.
– Air France et la Tarom assurent des vols quotidiens entre Paris et Bucarest.
– Blue Air propose des liaisons aux départs de Beauvais et de Lyon (2 vols / semaine).
– Plusieurs TO vont affréter cette année des vols charters, notamment à destination de Sibiu et Constanta.
Continental: chaud l’été et froid l’hiver.
1euro = 33, 738 Lei
Une heure de plus qu’à Paris.
Vers la Roumanie: + 40 suivi de l’indicatif régional sans le 0 puis du numéro.
Depuis la Roumanie: + 33 suivi du numéro sans le 0.
La nature et l’authenticité des paysages. Les traditions encore vives en dehors de Bucarest. La réelle francophilie des Roumains.
Le réseau routier en mauvais état. Un parc hôtelier sans garantie de qualité en dehors des chaînes internationales.
Le bourg de Rasnov, dominé par sa forteresse médiévale.
