La barre des 5 000 immatriculations de véhicules de transport en commun a été franchie l’an dernier dans l’Hexagone, minicars et minibus inclus. À qui profite ce regain d’appétit des transporteurs?
Quelle mouche a bien pu piquer les autocaristes et les opérateurs de transport public pour immatriculer autant de véhicules en 2006? Qu’importe, les constructeurs se frottent les mains. Tout types de matériel confondus, près de 6 000 véhicules dédiés au transport en commun de personnes ont été immatriculés. Qu’il s’agisse de minis, d’autobus ou d’autocars, les indicateurs sont au vert. La palme de la progression revient aux autocars, avec 3 498 immatriculations, soit une progression de 11,4 % par rapport à l’année 2005 – déjà exceptionnelle – qui affichait plus de 3 000 unités. Quant à l’autobus, il se stabilise au-dessus de 1 200 véhicules, ce qui, en dehors des périodes d’élections municipales, est tout à fait remarquable.
L’exceptionnel dynamisme de cette année 2006 n’est pas dû au hasard. Le marché a, semble-t-il, été tiré vers le haut par deux phénomènes. Le premier avait déjà joué en 2005. Les autocaristes ont immatriculé un maximum de véhicules au premier trimestre pour éviter de se voir contraints à l’utilisation d’un chronotachygraphe électronique. Cet effet a été tout de même limité par la politique des constructeurs qui n’ont pas attendu la mise en place, maintes fois repoussée, du dispositif pour mettre fin à la construction d’autocars équipés de chronotachygraphes analogiques.
Le véritable moteur du marché 2006 s’appelle Euro 4. Le passage à la nouvelle norme anti-pollution au 1er octobre dernier s’est traduite par une sorte de frénésie d’achats de modèles Euro 3. Les transporteurs auraient tout fait pour acquérir ces véhicules moins chers et moins contraignants à l’exploitation que ceux qui utilisent désormais le système SCR. “Je ne pense pas qu’il faille uniquement attribuer la progression du marché à ces deux facteurs. J’ai le sentiment qu’ils n’ont pesé que pour moitié. Nous sommes dans une dynamique positive. Le besoin de renouvellement du parc reste vif. Cela se constate au niveau des véhicules interurbains, mais également pour les autocars de tourisme”, estime Jean-Claude Chauvel, directeur commercial d’Irisbus France.
Les chiffres semblent pourtant plaider en faveur de la thèse Euro 3, et notamment chez le Dauphin, dont l’Axer (un autocar de cette génération), a connu une dernière année d’existence particulièrement faste. Les immatriculations de ce seul modèle sont en progression de 143 % avec 401 unités, contre 165 en 2005.
Pour Georges Schiellein, directeur général de Dietrich Carebus, il y a bien eu un effet Euro 3. “Les véhicules supplémentaires que nous avons vendus en 2006, nous ne les retrouverons pas en 2007. Je pense que le marché va revenir au niveau déjà élevé qu’il connaissait précédemment. Il faut garder à l’esprit qu’immatriculer plus de 3 000 autocars par an reste exceptionnel”. Mais, les avis sont partagés. Du côté de Fast Concept Car, on estime qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos d’Euro 3.“Les transporteurs changent leurs pratiques d’achat. Ils préfèrent miser sur un parc jeune, quitte à payer des mensualités plus importantes. Ils se rattrapent sur le poste entretien qui diminue naturellement avec des véhicules récents. C’est cette nouvelle façon de gérer son parc qui influe sur l’augmentation des immatriculations. Je pense que cette situation est durable”, affirme Xavier Ringeard, Pdg du constructeur vendéen.
Le marché français de l’autocar n’a rien de bancal. En 2006, tous les types de véhicules ont trouvé leur compte dans l’embellie. Les immatriculations se partagent à peu de choses près en trois tiers: scolaire, interurbain / mixtes et tourisme.
Le marché de l’autocar scolaire continue de se porter au mieux. La cure de rajeunissement des parcs imposée par les limites d’âges édictées par les départements continue de porter ses fruits. “La spécialisation des véhicules s’est vraiment imposée dans le transport scolaire. La phase de renouvellement bat encore son plein”, affirme Xavier Ringeard. Cinq constructeurs sont présents sur ce juteux marché. Mais ils ne sont que quatre (Irisbus, Fast Concept Car, Mercedes et Dietrich Temsa) à être en mesure d’en partager les bénéfices. L’Eco 3 de Scania ne trouve décidément pas sa place dans l’Hexagone. Les problèmes rencontrés par Hispano n’ont pas permis au Suédois de collectionner les bons points. Il a perdu l’opportunité de jouer dans la cour des grands au profit du tandem franco-turc Dietrich / Temsa, dont le Box s’est rapidement imposé dans le paysage. Avec son véhicule, il est même en passe de faire entrer dans les mœurs l’aménagement en cinq places de front. “Près de 60 % de nos autocars scolaires sont vendus dans cette configuration. Le plus surprenant, c’est que nos clients ne limitent pas leur exploitation à la tournée des écoles et collèges. Ils les réutilisent le week-end”, souligne Georges Schiellein. Il reste encore de la marge pour que ce type de véhicule se banalise. En 2006, ils n’ont représenté que 8,4 % du marché scolaire. Tant qu’Irisbus et Mercedes resteront opposés à cette configuration, elle restera une niche.
Le marché des autocars interurbains et mixtes reste conforme à ses habitudes et pèse le plus lourd avec plus de 35 % des immatriculations. La présence de tous les constructeurs explique la prédominance de ce créneau. Il bénéficie également de l’habitude qu’ont les autocaristes français d’utiliser les véhicules pour différents types de missions. D’où ce besoin de mixité.
Et les autocars de tourisme? N’en déplaise aux idées reçues, en France, pays où le tourisme en autocar n’est pas roi, il s’immatricule plus de 1 000 véhicules de ce type. Ce que les statistiques des immatriculations ne révèlent pas, c’est le niveau d’équipement des autocars. C’est sur ce plan que l’Hexagone peut rougir des pratiques de ses voisins européens. Même en grand tourisme, la maxi capacité reste de rigueur, l’espacement entre les sièges est minimal, et l’équipement optionnel souvent famélique.
L’année 2006 de l’autocar ressemble aux précédentes quant à la domination d’Irisbus. Le Dauphin reprend même du poil de la bête avec 43,1 % de parts de marché et plus de 1 500 immatriculations. Pour trouver du mouvement, il faut regarder de part et d’autre du podium. Mercedes ne semble plus en mesure de compter sur sa seule bonne étoile. Avec Setra, au sein d’Evobus, le constructeur allemand garde sa deuxième place. Mais si l’on se concentre sur les marques, les positions changent.
Le nouveau dauphin d’Irisbus s’appelle Dietrich Temsa. Pierre Reinhart, président de Dietrich Carebus, n’a pas réussi son audacieux pari des 15 % de parts de marché. Il a plafonné à 10,6 %, ce qui lui permet tout de même de surclasser aisément Fast Concept Car et Mercedes, respectivement à la troisième et quatrième place. La suite du classement montre une légère érosion de Van Hool, qui perd en pénétration et en volume. Le constructeur belge, comme Scania et Volvo, ne profite pas de la croissance du marché.
Les deux géants suédois confirment leurs difficultés à s’imposer dans nos frontières. Pour le Griffon, la première année pleine depuis la réintégration au sein de Scania France n’est pas un succès. Quant à Volvo, les espoirs fondés sur l’image de Renault V.I. pour l’après-vente ne porte visiblement pas ses fruits.
Du côté des heureux, on trouve VDL Bova. Depuis le rachat du constructeur du Futura et du Magiq par le groupe néerlandais, les points positifs ne cessent de s’accumuler. En deux ans, le nombre d’immatriculations a été doublé. VDL Bova a bénéficié de l’ajout dans son catalogue des véhicules des autres marques du groupe (Jonckheere et Berkoff) et du succès visiblement inépuisable du Futura, immatriculé à 186 exemplaires.
Le marché de l’autobus n’a pas, comme pour l’autocar, bénéficié d’un effet Euro 4 ou chronotachygraphe. Les réseaux avaient, pour des raisons politico-environnementales, anticipé les commandes de matériel Euro 4. La bonne tenue du marché urbain ne s’explique pas plus par les échéances électorales. Les prochaines municipales sont prévues pour 2008. “Il y a en France une vraie politique volontariste d’amélioration de l’offre de transport urbain. Cela se traduit par un important renouvellement de véhicules et par la création de lignes. C’est ce qui permet au marché de se maintenir à plus de 1 200 immatriculations”, note Jean-Claude Chauvel, dont les équipes ont une nouvelle fois trusté le marché.
Irisbus a réussi à améliorer sa performance de 2005, et réalise plus de trois-quarts des immatriculations d’autobus (75,6 %). Mercedes reste deuxième avec 14,7 %. Les autres se partagent les miettes. Scania devra attendre 2007 pour profiter de son succès dans le dernier appel d’offres RATP.
Irisbus ne boudera pas son plaisir. Pour la première fois, en 2006, il est donc leader sur tous les créneaux du marché. Avec 30 % de pénétration, il a détrôné Mercedes sur le plan des minis, qui passe de 28,8 % à 22,5 % de parts de marché et se trouve même dépassé par Renault (22,6 %). “C’est le résultat d’une réorganisation en interne avec la mise en poste de vendeurs supplémentaires spécifiquement dédiés aux minis”, confie Jean-Claude Chauvel. Le leadership d’Irisbus est encore net lorsqu’on inclut les ventes aux administrations. “Les 315 Daily vendus à la gendarmerie et les 20 livrés au ministère de la Défense ne sont malheureusement pas immatriculés”, déplore-t-il. Visiblement l’appétit vient en mangeant.
