Montgenèvre, la doyenne des stations de ski françaises, fête son centenaire. Une longévité qui ne dispense pas le village des Hautes-Alpes de préparer l'avenir en investissant pour augmenter sa capacité d'accueil.
La plus italienne des stations françaises souffle ses 100 bougies. La Doyenne, comme on la surnomme, a organisé son premier concours international de ski en 1907, devenant pionnière de la discipline dans l'Hexagone. Une distinction qui n'était pas le seul fruit du hasard. Dès la fin du XIXe siècle, la région de Briançon avait été élue par un certain lieutenant Monnier pour expérimenter en montagne, à des fins militaires, ce qu'on appelait alors les “patins norvégiens”. La compétition de 1907 fit ensuite la notoriété des Hautes-Alpes comme destination de sports d'hiver. Et dans les années 30 et 40, Montgenèvre devint le repaire d'altitude de Jean Gabin, Colette, Jean Cocteau, Paul-Émile Victor ou Mistinguett.
Aujourd'hui, peu de people sur les pistes, même si la station dispose de plus de 100 kilomètres de domaine skiable, lui-même partie intégrante de la célèbre Via Lattea (6e domaine skiable mondial avec 400 kilomètres de pistes), à cheval sur la France et l'Italie.
Mais Montgenèvre surfe avec une saison de retard sur l'effet des Jeux Olympiques d'hiver de Turin 2006. “L'événement nous a tout d'abord valu une baisse importante de fréquentation, explique Pierre Kovacic, directeur de l'office du tourisme. La neige avait mis un peu de temps à arriver, et nos clients habituels ont eu peur que les Jeux ne rendent difficile l'accès à la station. En revanche, cet hiver nous connaissons un excellent taux de remplissage. En début de saison, nous avons eu un bon enneigement par rapport à d'autres stations françaises, et les reportages des 200 journalistes du monde entier hébergés à Montgenèvre pendant les JO ont fait la promotion de notre station.” La commune ne ménage pas ses efforts pour donner un second souffle à son développement. En décembre 2004, elle a inauguré une “Maison de village” flambant neuve, dotée d'un auditorium de 350 places (tout le fond de la scène est une large baie vitrée ouverte sur les massifs montagneux), d'un cinéma de 250 places, ou encore d'une halte-garderie. Le bâtiment abritera aussi très prochainement un musée consacré à l'histoire du lieu.
Fin 2006, deux autres réalisations ont vu le jour. La RN 94 qui traversait et défigurait le village a été déviée, ou plutôt enfouie sous terre, ce qui a permis de réaliser une promenade. Et la construction d'une passerelle pour les skieurs, reliant directement le domaine du Chalvet au télésiège du tremplin, a amélioré la communication entre les deux parties du domaines skiable.
“Ces aménagements s'inscrivent dans notre plan de modification de l'urbanisme de Montgenèvre. Nous voulons en faire une station sans voitures où les piétons seront rois”.
Voie d'accès des poids lourds vers l'Italie et le tunnel du Fréjus, la transformation de Montgenèvre en station sans voitures risque d'être tout de même difficile…
Quant au second volet de la stratégie de développement, “il consiste à renforcer notre capacité d'accueil, poursuit le directeur de l'office du tourisme. Montgenèvre possède un parc de 5 000 lits au total, ce qui est plutôt modeste. Nous voulons donc donner la priorité à un hébergement plus haut de gamme, pour pouvoir être référencés par les tour-opérateurs”.
Première traduction: dès le printemps 2007, la première tranche du Hameau de l'obélisque sortira de terre. Un programme immobilier de haut standing qui veut privilégier l'esprit village. Il offrira surtout 2 000 lits supplémentaires à la station. Un hôtel trois étoiles de 40 chambres doit aussi ouvrir ses portes à l'hiver 2008. “Notre offre pour les groupes sera accrue, affirme Pierre Kovacic. Nous disposons déjà d'une grosse structure, le village-club du Soleil, d'une capacité de 700 lits. Nous avons aussi un hôtel de quarante chambres et une résidence de tourisme avec une quarantaine d'appartements. Enfin, La Rafale, un chalet spécialisé dans l'accueil des groupes avec une centaine de lits, propose des formules tout inclus. Avec le Hameau de l'obélisque, nous aurons une formidable bouffée d'oxygène.”
La station n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Elle doit inaugurer dans quelques mois “l'espace partenaire”, qui réunira dans un seul bâtiment tous les services dédiés à la neige. Et pour l'été, Montgenèvre est l'une des rares stations françaises – avec Megève, Chamonix, Courchevel, Avoriaz, les Gets et Méribel – à transformer ses pistes de ski en parcours de golf. Un 18 trous transfrontalier avec l'Italie offre ses greens aux amoureux de la balle blanche.
– Office du tourisme de Montgenèvre: 04 92 21 52 52
– Office du tourisme de Serre-Chevalier: 04 92 24 98 98
Dès l'hiver 2008, Montgenèvre prendra les eaux. L'ouverture d'un centre thermoludique au Monêtier-les-Bains (situé à 15 km), ajoutera une offre thermale à l'éventail des activités de la station. Eté comme hiver.
Le Monêtier est l'une des trois communes de Serre-Chevalier, toute proche. Comme son nom l'indique, elle a toujours été baignée par des sources d'eau chaude. Les Romains s'étaient ingéniés à les valoriser, mais elles avaient ensuite été laissées à l'abandon. Ce n'est qu'en 1993 que la municipalité décida de les réexploiter. Elle fit réaliser deux forages à 180 mètres de profondeur permettant de capter l'eau à 44,7o C, et ouvrit en décembre 1999 un établissement pilote pour tester l'intérêt du public.
Avec 60 000 entrées par an, le succès a été au rendez-vous. Les élus ont donc décidé de faire construire un établissement de plus grande envergure, apte à apporter à la vallée une activité en dehors des mois traditionnels d'affluence.
Les Grands Bains seront implantés en lieu et place de l'actuel établissement pilote. Un bâtiment d'une surface de 4 000 m2, en bordure d'un plan d'eau, proposera à la clientèle de nombreuses activités.
À l'extérieur, un bassin de 330 m2, accessible été comme hiver, proposera des jets paraboliques, une grotte cascade, une rivière à courant et un jacuzzi. À l'intérieur, dans un hall entièrement vitré, un bassin de 310 m2 alimenté en eau chaude naturelle (34o à 37o C) comprendra un parcours de massage sous l'eau, des lits bouillonnants, des douches colonnes immergées, etc. Autour du bassin seront créés des ateliers avec un hammam, un bain d'eau salée, une grotte minérale et une autre musicale, et un espace pour enfants. Les étages disposeront de lieux plus intimes, de saunas et d'équipements de soins et de remise en forme.
La capacité d'accueil sera de 500 personnes.
D'un montant de 12 millions d'euros, le projet est financé à 50 % par la commune, à 30 % par la région, le reste provenant des crédits européens, des fonds du conseil général et de l'État.
