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Otokar: la Turquie selon Fast

Fast Concept Car cultive son image de constructeur français. Mais cela n’empêche pas le Vendéen de céder aux sirènes turques. Avec Otokar, il a trouvé un partenaire de choix.

Si la classe politique européenne n’a pas encore dit oui à l’entrée de la Turquie dans l’Union, en revanche les autocaristes français se sont clairement prononcés en faveur des autocars made in Turkey.

Le mouvement avait été initié discrètement par Mercedes-Benz et Neoman, qui possèdent des usines sur place depuis longtemps. L’engouement pour les véhicules turcs s’est plus clairement affirmé avec Dietrich Carebus et l’importation à succès de la gamme Temsa. À l’origine méfiant, Xavier Ringeard a finalement cédé au charme de l’ex-Empire ottoman. “Je suis longtemps resté sceptique. Mais, lorsque j’ai rencontré l’équipe d’Otokar et découvert la qualité de leurs structures et le niveau de leur process industriel, j’ai été immédiatement séduit”, confie le Pdg de Fast Concept Car. Depuis deux ans, il commercialise des véhicules de la gamme de ce constructeur turc dont l’usine est installée à Sakarya, à 150 km d’Istanbul. À l’image de Temsa, Otokar appartient à un géant industriel et financier local, en l’occurrence le groupe Koc – prononcez “koche” – (voir encadré). Ce qui lui donne une assise financière et des moyens colossaux.

Rien à envier aux Européens

Otokar n’est pas un nouveau venu dans l’industrie automobile turque. Il fut même en 1963 le premier constructeur ottoman travaillant en collaboration avec Magirus Deutz, avant d’être racheté par Koc au début des années 70. Les installations d’Otokar n’ont pas à rougir des usines européennes. La production est parfaitement organisée par ligne, les équipements sont modernes. Otokar prévoit même de se doter d’un bain de trempage cataphorèse en 2008. C’est que tous les moyens ne sont pas exclusivement dédiés à l’autocar. Depuis 1980, Otokar consacre une bonne partie de son activité à la production de véhicules militaires. “C’est une force et à la fois une faiblesse, car il s’agit de marchés très fluctuants, qui dépendent d’appels d’offres forcément incertains. Mais c’est un secteur motivant, qui pousse à l’excellence, notamment au niveau de la production”, explique Alp Can, responsable de l’export. Le constructeur turc possède un des plus importants départements de recherche et développement du secteur. Depuis 2000, Otokar y a investi plus de 250 millions de dollars. “Cela nous a notamment permis de lancer trois nouveaux produits, dont deux pour le marché autocar et autobus”, souligne Alp Can.

De larges ambitions commerciales à l’export

Cette capacité technique a impressionné Xavier Ringeard. “Ils sont capables d’effectuer les calculs et les simulations les plus complexes, notamment sur la distorsion des matériaux ou la réaction des systèmes de suspension. En France, nous ne trouvons pas de cabinet indépendant capable de réaliser cela pour les besoins de notre production”. Il est donc fort possible que dans le futur, la collaboration entre Fast Concept Car et Otokar ne se limite pas à la seule distribution de la gamme du constructeur turc.

Otokar a passé un accord avec le Français pour la commercialisation de ses produits dans l’Hexagone, et dans un premier temps au Benelux. Ceci s’inscrit dans une réflexion stratégique plus globale quant à son développement au-delà de la Turquie. “Nous avons une réelle volonté de nous développer à l’export avec la gamme autocar. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé le Navigo et maintenant le Vectio destinés à répondre aux attentes des marchés occidentaux. La France fait partie de nos priorités. Dans ce contexte, l’association avec Fast nous semblait naturelle”. En 2006, Otokar a déjà réalisé 50 % de son chiffre d’affaires hors des frontières turques. Mais cette proportion est essentiellement le fait de l’activité militaire.

Pour mener à bien sa stratégie d’ouverture, il ne va pas se contenter de s’appuyer sur Fast Concept Car. “Nous allons également travailler avec des distributeurs indépendants. Nous exportons déjà le Navigo en Italie. Des véhicules Otokar roulent en Roumanie, en Grèce, au Liban, en Algérie ou en Bulgarie. Nous comptons également nous développer en Allemagne et en Espagne”, prévient Alp Can.

Le Navigo version française

Pour s’attaquer au marché français, le tandem Otokar / Fast Concept Car ne se contente pas d’importer telle quelle la gamme du constructeur. Les premières adaptations apparaissent au niveau de la motorisation. Réglementation européenne oblige, les Navigo destinés à la France sont dotés de série d’une motorisation Cummins Euro 4. Ce motoriste a fait le choix du SCR pour satisfaire aux exigences de la nouvelle norme. Cela va quelque peu à contresens de la politique de Fast Concept Car, qui s’était rapproché de Man pour le Scoler 3, notamment pour profiter de l’EGR et ainsi ne pas utiliser d’additif. “Le Navigo a été développé par Otokar avant le début de notre collaboration, il utilisait depuis l’origine une motorisation Cummins. Il n’a pas été possible d’imposer le moteur Man pour la version Euro 4”, souligne Xavier Ringeard.

S’adapter sans perdre le savoir-faire turc

L’autre différence majeure tient à la capacité des versions du Navigo: 29 + 1 en 7,10 m, et 33 + 1 en 7,70 m, soit à chaque fois deux places supplémentaires. “Cela correspond aux attentes du marché. Mais la version confort propose une capacité moindre pour améliorer l’espacement entre les sièges”, précise Xavier Ringeard. Le Vendéen n’a pas souhaité aller plus loin dans les modifications du produit, pour ne pas casser la dynamique et le savoir-faire de son partenaire turc. “Otokar fabrique le Navigo depuis plus de quatre ans. Ils ont une chaîne rodée d’où sortent plus de 1 000 exemplaires par an. Il aurait été risqué de perturber les lignes de production pour des modifications portant sur quelques dizaines de véhicules”, explique Xavier Ringeard.

Le premier-né du couple s’appelle Vectio

Le contexte et les rapports entre les deux partenaires n’a pas été le même avec le Vectio. Ce midicar, qui devrait être homologué au mois de juin, est le premier-né du couple Otokar / Fast Concept Car.

Nous y avons travaillé ensemble. C’est un réel développement commun, où chaque industriel a su tirer parti du savoir-faire et des connaissance de l’autre”, insiste Xavier Ringeard. C’est sur le plan de la motorisation que cette collaboration se concrétise. Cette fois, Xavier Ringeard a réussi à imposer une motorisation Man et l’EGR. “Nous restons persuadés qu’il s’agit immanquablement de la technologie d’avenir”.

Le Vectio est aussi un midicar proposé en deux longueurs: 9,10 m et 9,80 m, offrant 39 ou 43 places. Il bénéficie d’un design assez remarquable, avec notamment une face avant épurée, aux lignes saillantes. “Nous sommes désormais en mesure de couvrir tous les besoins en matière de midicar. Le Vectio existera dans un premier temps en version autocar. Un modèle sub-urbain sera produit pour les dom-tom, et nous envisageons également le développement d’un modèle autobus”, annonce Xavier Ringeard.

Les premières livraisons sont prévues pour le mois de septembre. En 2007, Fast Concept Car compte immatriculer une centaine de véhicules produits par Otokar. “Le Vectio ne pourra être livré que sur quatre mois. En année pleine, je table sur 150 unités”, promet Xavier Ringeard, qui semble bien parti pour apprécier de plus en plus les saveurs ottomanes.

Koc: un poids lourd turc

Otokar n’est pas un constructeur isolé. Il est une des filiales de l’impressionnant et omnipotent groupe turc Koc. Il affichait en 2006 un chiffre d’affaires (non consolidé) de 52 milliards de dollars.

Koc regroupe plus de 120 entreprises et emploie plus de 90 000 personnes. Un tiers de ses revenus est réalisé à l’export.

Il est présent dans sept principaux secteurs: l’automobile, la moyenne et grande distribution, l’équipement de la maison, la finance, l’énergie, l’informatique et le tourisme.

Dans l’automobile, il a établi des joint-ventures avec Ford, Fiat et Iveco. Avec le propriétaire d’Irisbus, Koc est associé au sein d’Otoyol. En tout, Koc exploite cinq usines dédiées à la production de voitures, camions ou autocars. Celle d’Otokar est la seule que le groupe possède à 100 %.

Koc ne se contente pas de faire profiter ses partenaires occidentaux d’une main-d’œuvre bon marché. Le groupe turc se targue de leur apporter aussi son ingénierie et son savoir-faire industriel. Dans le domaine du tourisme enfin, Koc est propriétaire de la chaîne hôtelière Divan, qui compte sept établissements dans toute la Turquie.

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Auteur

  • David Reibenberg
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