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En voiture, monsieur le président

Les chefs d’État sont rarement transportés comme le commun des mortels. Pour preuve l’étonnante collection du Musée des voitures présidentielles, dans un château en Bourgogne. Un cortège où défile la petite et la grande histoire.

Tout petit, Olivier Delafon dessinait des voitures, collectionnait les Dinky Toys et s’endormait en rêvant qu’il conduisait une Facel Vega. Une passion qui ne l’a jamais quitté, et qu’il a pu – enfin – concrétiser en septembre 1993 en inaugurant son musée des voitures de chefs d’État, à Sauvigny-le-Bois (à six kilomètres d’Avallon) dans l’Yonne. Loin de l’agitation urbaine, en pleine campagne verdoyante.

“Je voulais être dessinateur de voitures, mais on m’en a dissuadé, raconte-t-il. Je suis devenu employé de bureau , puis assistant photographe, steward chez Air France et j’ai terminé ma carrière dans la finance aux États-Unis”. Durant toutes ces années, Olivier Delafon ne rate jamais les ventes publiques de belles voitures, et épluche toutes les petites annonces, à la recherche de bonnes affaires. Et il en trouve. Une véritable collection est constituée, et trouve sa place au château de Montjalin, domaine qu’il acquiert en 1986.

La Simca du Général sauvée de la casse

Un bâtiment spécifique est construit pour accueillir les différents modèles. “En 1993, lors des deux Journées du patrimoine, j’ai décidé de présenter ma collection au public, raconte Olivier Delafon. Je m’attendais à recevoir au mieux 500 visiteurs, ils ont été près de 2 500, je n’en revenais pas. C’est ce jour-là que j’ai décidé de créer un musée.”

Mais plutôt que d’ouvrir un énième musée automobile, le collectionneur a une idée. Au gré de ses acquisitions, il s’est doté de trois véhicules ayant appartenu à des chefs d’État: de Gaulle, Kennedy et Eisenhower. Les voitures de ces deux derniers ont été achetées aux États-Unis (90 000 dollars, par exemple, pour celle du jeune président américain assassiné à Dallas au Texas). Quant à la Simca du Général, elle rouillait parmi d’autres, quelque part en France. Et si “l’ami d’un ami” ne l’avait pas prévenu à temps, elle serait peut-être partie à la casse. “Dès que j’ai été contacté, je me suis rendu sur place, elle était effectivement bien là”, se souvient-il. Olivier Delafon a trouvé son thème de collection: les voitures présidentielles, faisant de son musée le seul en son genre en France et en Europe.

Le site accueille aujourd’hui 15 000 visiteurs par an – dont une bonne part de groupes – séduits par ce cortège où chacune des voitures évoque un président et parfois, une page d’histoire.

La DS 23 de Giscard immatriculée 691

C’est le podium blindé derrière lequel le général de Gaulle (encore lui) faisait ses discours qui accueille les visiteurs. L’homme d’État français est d’ailleurs à l’honneur cette année avec une exposition temporaire présentée jusqu’à fin 2007. Six voitures ont été prêtées pour l’occasion, comme la fameuse DS 19 impactée de neuf balles lors de l’attentat du Petit-Clamart en août 1962, ou la Renault Frégate rallongée afin d’être adaptée à la taille du général. Elles sont exposées en fin de parcours, tandis que le musée présente une quinzaine d’autres voitures, toutes en état de marche.

Derrière la Mercedes de 1956 du président de la république turque, surgit la DS 23 de Valéry Giscard d’Estaing portant l’immatriculation 691, une superstition du président qui était sorti indemne d’un accident de voiture dont la plaque portait ces trois chiffres. Juste à côté, l’imposante Lincoln Towcar de l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny. L’Afrique toujours, avec la Chrysler d’Omar Bongo du Gabon qui fut retrouvée en 1990 en Bourgogne, abandonnée. Exposée dans l’état, elle contraste avec sa voisine, une Citroën CX Prestige blindée de 1979 qui semble sortir d’une station de lavage.

Deux pas plus loin, une Cadillac Fleetwood Limousine de 1957, peinte tout en noir jusqu’aux pare-chocs. Son occupant, un richissime émir d’Abou Dhabi, craignait tellement les attentats que pare-brise et vitres sont aussi épais que ceux utilisés aujourd’hui pour l’Airbus A 380.

La Lincoln dans laquelle John Kennedy s’écroula

L’imposante Chrysler de 1953 de Dwight Eisenhower est également blindée, sans ostentation, mais avec des portes équipées de housses spéciales cachant armes de poing et fusils automatiques. La Lincoln Continental Special de son successeur, J.F. Kennedy, semble plus anonyme. Ses formes plus légères. Pourtant, c’est sur le cuir de ses sièges que le jeune président américain s’écroula, le 22 novembre 1963 à Dallas. À côté, la Cadillac qui transporta Jacky, John Kennedy Jr (surnommé John-John) et Caroline lors de ses funérailles.

De l’autre côté du rideau de fer, on découvre la Zil 114 du président bulgare Todor Jivkov, qui a été entièrement construite à la main, et la Citroën rallongée d’Erich Honecker, l’ancien dirigeant de la RDA. L’URSS avait, elle aussi, un faible pour les véhicules de la marque Zil. Haute et longue, celle de Léonid Brejnev arbore une calandre presque menaçante tant elle est massive. La voiture est blanche comme l’exigeait le Kremlin à l’époque.

Retour en France avec la Citroën CX Prestige de Jacques Chaban-Delmas et Louis Mermaz, présidents de l’Assemblée nationale, fabriquée à quelques centaines d’exemplaires. Plus discrète, la fameuse Peugeot 604 GTI de François Mitterrand, utilisée jusqu’en 1987. Ne cherchez pas une caractéristique particulière, elle n’en a pas, si ce n’est la peinture bleu-gris qu’affectionnait le président. Rien à voir avec la massive Vivastella du constructeur français Renault, aux formes arrondies de 1937, utilisée à titre privé et officiel par le maréchal Pétain. Mais c’est à bord d’une belle Américaine, une Cadillac, qu’il se rendit aux troupes alliées en avril 1945.

La présentation de ces modèles uniques est complétée par de nombreux articles de journaux, affiches, et photos d’époque. On y voit notamment la Scarab – voiture aux formes arrondies évoquant la mythique Coccinelle de Volkswagen – offerte à de Gaulle par Eisenhower en 1944, Jean-Paul II avec sa papamobile, ou encore la Facel Vega HK 500 accidentée dans laquelle Albert Camus trouva la mort.

D’autres "bijoux" en attente

La collection de voitures présidentielles ne s’arrête pas là. D’autres “bijoux” – en provenance de Belgique et de Malte – attendent d’être restaurés dans les bâtiments mitoyens. Avant de quitter les lieux, nostalgie oblige, un dernier coup d’œil à la vitrine des Dinky Toys, désormais devenus collector. Les petits jouets d’hier d’Olivier Delafon sont aujourd’hui devenus grands. A-t-il déjà pris une option sur l’une des voitures de Jacques Chirac?

Pratique

– Ouvert toute l’année, tous les jours de 9 h à 19 h.

– Visite libre et guidée pour les groupes (sur réservation).

– Gratuité conducteur.

– Stationnement à 150 m de l’entrée du musée.

– Tél.: 03 86 34 46 42. Fax: 03 86 31 66 83. www.voitures-presidentielles.com

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Auteur

  • Catherine Mautalent, Daniel Staquet
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