Dans la campagne présidentielle, l’autocar est partout. Pas dans les débats ni dans les propositions des candidats, mais sur la route des meetings, chargé de militants.
Rarement l’autocar aura été aussi présent au journal télévisé. Ce n’est pas en raison d’une succession d’accidents dramatiques, mais dans les reportages consacrés aux meetings des candidats qu’il multiplie les apparitions furtives. Ce véhicule est en effet un des moyens de transport privilégiés des militants ou sympathisants durant la campagne. Pour autant, on n’a pas assisté à une ruée vers l’autocar, et il est difficile de parler de marché à saisir pour les autocaristes. Plusieurs raisons à cela. L’organisation des déplacements n’est pas gérée par les QG de campagne des différents candidats. Ce sont en général les fédérations départementales, ou les responsables de circonscriptions qui traitent le dossier au coup par coup. Leurs contacts avec les autocaristes ressemblent à ceux de n’importe quel groupe: demande de devis et recherche du meilleur prix. Pour les transporteurs, cela s’apparente tout de même à un “petit” bonus quinquennal.
Le meeting donné par Nicolas Sarkozy à Lille, fin mars, a permis à Bus & Car de se plonger dans le bain d’un transport de militants.
Au départ de Douai, deux autocars de l’entreprise Dupas et Lebeda ont été affrétés pour aller supporter et écouter “Sarko” ou Nicolas selon le militant rencontré. Avant même de prendre place dans “le bus” (la différence entre un autobus et un car reste vague pour un militant), les discussions commencent. Peu d’échanges sur le programme politique du candidat mais beaucoup d’anecdotes. Les passagers racontent la dernière fois où ils l’ont aperçu “en vrai”, échangent des photos prises avec leur téléphone portable, débattent de son allure lors de son dernier passage au 20 h… “La mobilisation est un succès. Nous avons même dû faire appel aux Voyages Lolli pour affréter un véhicule à la dernière minute, tellement on avait de monde. Le week-end précédent, nous avons distribué plus de 20 000 tracts appelant à ce déplacement. Nous avons reçu 145 inscriptions”, se réjouit Bruno Bufquin, délégué de la XVIIe circonscription, et militant depuis 1988 (à l’époque au RPR).
Avant le départ pour Lille, il s’occupe de regrouper ses troupes dans les autocars, barde les véhicules d’affiches de campagne, et donne les dernières consignes. Le pointage terminé, le convoi peut prendre la route. À l’intérieur, le niveau du débat ne s’est guère élevé. Les problématiques de la vie privée prennent nettement le pas sur les conversations politiques. Bruno Bufquin est là pour rappeler les motivations du déplacement. Il fait le tour des passagers pour leur proposer de se joindre à une après-midi de distribution de tracts le samedi suivant. Il faut être nombreux pour montrer que dans le Nord, les militants et sympathisants UMP sont actifs. “Tous les participants n’ont pas leur carte du parti. Il y a 60 % de militants dans les trois bus. Quand je propose de venir « tracter », j’en profite également pour savoir s’il sont inscrits à l’UMP ou pas. Si ce n’est pas le cas, je leur suggère d’adhérer. Mais il ne faut pas trop insister. Certains viennent par curiosité: il ne faut pas les presser sous prétexte qu’ils sont bloqués dans un véhicule”, explique le délégué UMP, déjà expérimenté en matière de militantisme en autocar.
Le trajet entre Douai et Lille prend plus d’une heure, à cause des embouteillages à l’entrée de la métropole nordiste. Il est 18 h 30 passé, Nicolas Sarkozy a commencé son discours. Les passagers du premier autocar, parti plus tôt, sont déjà sur les lieux. “Ne nous attendez pas. Rentrez les premiers, vous nous raconterez”. Le délégué est aux anges, le Grand Palais est comble, il y aurait près de 13 000 personnes, dont près de 1 000 venues en autocar. “Plus de 17 véhicules ont été affrétés dans tout le département”.
L’impatience commence à se faire sentir. L’heure tourne, et c’est un bon tiers du discours qui va être manqué. La prose du candidat constituera la nourriture des débats du retour. “Généralement, le car se transforme en forum de discussion. Chacun commente ce qui a été dit par Sarko”.
Enfin, le conducteur stoppe son véhicule. Bruno Bufquin a juste le temps de préciser le point de rendez-vous pour le retour. Les voyageurs se ruent déjà vers le Grand Palais pour écouter le prêche de celui que quelques-uns considèrent comme leur nouveau messie.
