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Meilleurs seconds rôles

S’ils ne défilent pas sur la Croisette pour les 60 ans du Festival, les autocars s’invitent de plus en plus sur les plateaux de tournage. De nouveaux débouchés pour les autocaristes et les collectionneurs de véhicules anciens?

Il y a les autocars qui transportent les invités de la cérémonie des Césars*, et ceux qui roulent des mécaniques sur les plateaux de tournage.

Avec le regain d’intérêt des Français pour les films nostalgiques dont l’action se situe dans les années 50, 60 et même 70, vos autocars de collection rejouent les jeunes premiers. Dans le film Les Choristes qui a fait un tabac en 2004 (8,6 millions d’entrées en France), un superbe Panhard rouge basque datant de 1 950 apparaît dans les scènes finales. Lorsque Gérard Jugnot quitte le pensionnat pour élèves difficiles où il était pion. Jean-Pierre Meynard, le propriétaire de cet autocar de collection carrossé à l’époque par Safra, l’avait loué à l’équipe de production Galatée Films.

Le rôle de sa vie

Le régisseur avait fait le tour des garagistes auvergnats – région de tournage des Choristes – pour trouver un autocar d’après-guerre. Bingo: un garagiste de Haute-Loire connaissait Jean-Pierre Meynard, qui roule en Panhard depuis 35 ans, et est l’heureux propriétaire du vieil autocar devenu star de cinéma.

Pour jouer le rôle de sa vie, le Panhard K173 a été complètement relifté par son propriétaire. “Je l’ai repeint dans ma cour, j’ai posé des plaques d’immatriculation d’époque pour ne pas créer d’anachronisme, j’ai refait les freins et je l’ai emmené par la route sur le lieu du tournage, près de Clermont-Ferrand: 500 km aller-retour. Pour moi, c’était un challenge technique”,, raconte Jean-Pierre Meynard qui tenait le rôle du conducteur dans le film. Mais a été plutôt déçu par le chèque à l’arrivée: à peine 2 000 euros pour deux jours de tournage, alors que cette aventure lui a “coûté plus cher en peinture, en pièces détachées et en carburant!”. Mais au fond, il est très fier d’avoir vu son petit bijou participer à un tel succès dans les salles obscures. Récemment, son autocar est revenu sur scène, sur le petit écran cette fois, dans Le Piano oublié, un téléfilm diffusé le 12 avril sur France 3. Avec Jacques Perrin à son bord.

Succès plus discret pour le Chausson de 1959, le Citroën de 1957 et le Renault Amiot à bord desquels prennent place Nathalie Baye et son jeune protégé dans Michou d’Auber, sorti en février dernier (près de 100 000 entrées à ce jour). C’est l’histoire d’un jeune garçon arabe placé en famille d’accueil dans le Berry profond. L’action se situe en 1961, en pleine guerre d’Algérie. Messaoud est rebaptisé Michou, il devient blond et descend dans le Berry en Chausson rouge carmin! Les véhicules n’en sont pas à leurs premiers travellings puisque leur propriétaire, Alain Gros (ancien patron de Darche & Gros), fait tourner sa collection de 60 autocars anciens sur les plateaux de tournage. Les plus cinéphiles d’entre vous auront peut-être remarqué son Berliet dans Le Passager de l’été, un film de 2006 avec Catherine Frot, Laura Smet et François Berléand. Ou son Isobloc dans le téléfilm Victoire ou la douleur des femmes, en 2000 avec Marie Trintignant. Ou bien encore son beau Saviem dans Moi César de Richard Berry. En 2006, son Mercedes années 70 a pris le chemin des plateaux pour C’est beau une ville la nuit.J’ai failli me fâcher avec Richard Bohringer lorsqu’il l’a mis entre les mains d’un acteur et non pas du conducteur que j’avais dépêché pour le tournage”, raconte-t-il. Assurés pour les tournages, ses véhicules ne peuvent être pas être conduits par n’importe qui!

Des passionnés pas assez gourmands?

Le marché du cinéma est très ponctuel, très aléatoire et ne rapporte pas grand chose”, finit par lâcher Alain Gros. Mais sa danseuse lui coûte cher, alors pour l’entretenir et payer les passages aux Mines, l’ancien autocariste tente tout de même de percer au cinéma. Il a exposé un Delahaye décapotable de 1949 au dernier Mondial de l’automobile. Et surtout, il s’est constitué un portefeuille de correspondants dans le milieu du cinéma en se rapprochant d’une compagnie de remisage à La Défense, souvent contactée par les régisseurs lorsqu’ils ont besoin de véhicules d’un genre particulier. Sur son carnet de commandes, beaucoup de noms de réalisateurs et des demandes parfois “hallucinantes”: “Un régisseur a besoin pour un prochain tournage de Christophe Barratier (auteur des Choristes Ndlr) de deux cars d’avant-guerre à capot avant, presque introuvable. On m’a aussi récemment demandé un car des années 50 à livrer sur un plateau de tournage, en trois jours, en Grèce!”. La production a fini par trouver un véhicule sur place, c’était plus simple… et moins cher.

Les passionnés et les collectionneurs d’autocars ne sont pas (assez?) gourmands lorsqu’ils travaillent avec les professionnels du cinéma. En tout cas, beaucoup moins que la RATP (lire notre article p. 20). Si Alain Gros a établi une grille de tarifs précis à la journée ou au forfait, en fonction du lieu de tournage, du mode de transport (porte-char ou non), de la préparation du véhicule, et du salaire du conducteur, d’autres propriétaires de véhicules anciens n’ont pas la même rigueur. Au risque de se faire avoir par les réalisateurs.

Dans Saint Ange, un film de Pascal Laugier tourné en 2004 avec Virginie Ledoyen et Lou Doillon, Nicolas Tellier, un autre passionné d’autocar, a conduit son propre Chausson millésime 1959 sur le tournage. On le devine, en blouse et casquette grises, au volant, conduisant des enfants dans un orphelinat hanté… “Un navet qui n’a jamais marché, mais ces trois jours de tournage m’ont permis de payer un an de hangar!” Soit près de 900 euros pour 40 minutes de film. Il a fait transporter son autocar sur un porte-char jusqu’au lieu de tournage dans l’Oise, et ne l’a pas lâché d’une semelle. “Il faut toujours l’avoir à l’œil, sinon ils sont capables de vous repeindre le véhicule pour les besoins du film!”

"C’est la mémoire de l’entreprise qui revit"

Tant que ça nous couvre le salaire du conducteur, le passage aux Mines et les frais de transport, on est partants”, témoigne pour sa part Jean-Baptiste Maisonneuve, Pdg de Voyages Maisonneuve. Il a loué un vieux Setra 140 pour le tournage d’Un crime au paradis, en 2001. Lucienne (Josiane Balasko) veut tuer son mari Jojo (Jacques Villeret) avec du taupicide… et dans une courte scène, l’autocar coupe la route des acteurs. Une journée de tournage et quelques centaines d’euros à la clé. “Cela nous fait plaisir de voir nos vieux cars à l’écran, c’est la mémoire de l’entreprise qui revit le temps du film”, observe Jean-Baptiste Maisonneuve.

Hubert Auran, spécialisé dans la location de véhicules anciens (camions de pompiers, ambulances, corbillards, autocars, fourgons de police, etc.), pour le cinéma et les films publicitaires ne le voit pas de cet œil-là. “Il y a beaucoup de concurrence déloyale, des collectionneurs qui cassent les prix. Je fais de la publicité dans l’annuaire du cinéma Belfaille, je fais ce métier depuis 40 ans et je vois le marché se scléroser!”, s’énerve ce professionnel.

Pour l’édition 2007 des Césars à Paris, les autocars de la Savac faisaient la navette entre le théâtre du Châtelet, le Fouquet’s et la rue Royale où se déroulait la manifestation.

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Auteur

  • Nathalie Arensonas
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