Elle s’appelle OùRA comme "Où vous voulez aller en Rhône-Alpes". La carte à puce a l’ambition de devenir le titre de transport unique dans une région qui compte 32 réseaux différents. Un vrai défi pour l’intermodalité.
La multiplicité des titres de transport est un handicap au développement de l’intermodalité. Outre l’absence de simplicité pour les voyageurs qui doivent acheter un ticket différent pour chaque réseau, elle est un frein à l’élaboration et à la distribution par les multiples exploitants d’une tarification commune.
Ce constat sur la nécessité d’instaurer un titre de transport unique en Rhône-Alpes date d’avant 2000. Elle repose, en outre, sur l’idée que 30 à 40 % des utilisateurs des TER poursuivent ou proviennent d’un réseau de transport en commun urbain. Une statistique nationale qui doit être adaptée, sachant que cette part est d’autant plus forte que la densité de population, et donc de transport, est élevée.
Dans un autre ordre d’idée, la part des utilisateurs en provenance ou à destination de transports interurbains est de 3 à 4 %. Il convient donc de faciliter les flux de voyageurs d’un mode vers un autre, d’un système de transport vers un autre. Dans cette optique, c’est la signature d’une convention, le 6 février 2004, entre le conseil régional de Rhône-Alpes et la SNCF, pour une durée de six ans, qui a été la pierre fondatrice de l’édifice OùRA. Celui-ci peut compter, pour toute cette durée, sur un investissement de 25 millions d’euros (consenti pour un tiers par la SNCF et pour deux tiers par la collectivité territoriale).
Le transporteur supportera la conception et la réalisation des outils logiciels ainsi que la formation des personnels. La collectivité territoriale prendra en charge l’achat des valideurs de cartes, les frais de leur implantation, et l’adaptation des outils de distribution et de contrôle. Pour la répartition des recettes aux différents exploitants, il n’est pas prévu, pour l’instant, de frais de gestion perçus par le système vendeur, en fonction des points de vente. La convention prévoit l’attribution des revenus réciproques, selon une grille tarifaire, avec en principe des parts fixes correspondant aux réseaux de transports urbains, et une part variable en fonction du kilométrage ferroviaire.
Le véritable coup d’envoi du système a été donné le 1er décembre 2005, à Grenoble, par Louis Gallois alors président de la SNCF. Celui-ci inaugure alors la mise en service du premier déploiement de la carte multimodale OùRA. Les voyageurs réguliers du réseau régional TER Rhône-Alpes sont désormais dotés de cette carte magnétique, sur laquelle ils “chargent” les titres de transport des réseaux qu’ils empuntent. Sur le bassin grenoblois, les utilisateurs peuvent donc prendre le réseau de transports de la Semitag (tramway et bus), ainsi que les TER de la SNCF. Après une première phase de promotion et d’information, le système a été adopté.
Plus d’un an après son lancement, environ 6 000 clients – sur un potentiel global estimé à 8 000 – le pratiquent. Environ la moitié d’entre eux sont multimodaux. Les utilisateurs disposent même de deux espaces OùRA qui ont été installés dans les gares de Grenoble et de Lyon Perrache. Faisant office de laboratoires, ces guichets servent à la confection des cartes, au conseil et à la promotion, ainsi qu’à un éventuel service après-vente. Ils jouent un rôle important dans l’information du public sur les transports locaux et ont vocation à devenir des vitrines de la multimodalité.
Depuis décembre 2006, le conseil général du Rhône a rejoint OùRA à travers trois lignes routières de rabattement, sur les gares de Villefranche-sur-Saône et de Vienne, respectivement exploitées par les Courriers Rhodaniens et les Cars Maisonneuve. Mais la plus importante étape d’OùRA interviendra vraisemblablement à la rentrée prochaine, avec l’adhésion de deux autorités organisatrices d’importance, le Sytral (communauté urbaine de Lyon) et le CTAV (ville de Valence). Les enjeux en terme de fréquentation sont estimés dix fois plus importants que sur Grenoble, une étape décisive donc.
L’arrivée du Sytral avait été un temps annoncée pour ce printemps, mais des problèmes techniques de dernière minute ont mis du temps à se régler. Et certains ne le seront toujours pas en septembre. Par exemple, il ne sera pas encore possible de “charger“ sur la carte OùRA l’ensemble de la tarification TCL, comme les tickets à l’unité. Seule sera validable l’offre d’abonnement. Sur les 32 autorités organisatrices de transport recensées dans la région, 17 ont d’ores et déjà signé la charte OùRA. Mais il est toujours question de recueillir l’adhésion du plus grand nombre. Car, à l’issue de l’actuelle convention, les 264 gares du réseau TER et les 250 autocars TER seront concernés. Sur ce périmètre, 520 guichets et 200 automates régionaux seront adaptés à la nouvelle billettique unique. Environ un millier de valideurs sont en cours d’installation dans les gares, et 250 à bord des autocars. Enfin, tous les agents de contrôle SNCF seront munis d’un outil spécifique nommé Accelio.
Les promoteurs du système mettent en avant plusieurs de ses avantages. À l’attention des transporteurs, il permet de connaître, à travers l’utilisation de la carte, le comportement des utilisateurs de manière très précise en termes de déplacements.
“C’est un outil d’analyse très important pour l’adaptation du service à la demande, ou pour la mise en place d’une tarification voire le déclenchement d’opérations de promotion, constate Christine Martin, responsable du centre OùRA de Lyon. Nous pouvons envisager des actions très ciblées en fonction des comportements constatés. Ceci nous permet de passer d’un traitement global du transport en commun à une gestion plus personnalisée, d’où une meilleure reconnaissance perçue par l’utilisateur”.
À l’attention des clients, les possibilités sont aussi nombreuses. “Nous envisageons d’inclure dans OùRA des services connexes au transport, tels que les sociétés de parking ou des systèmes complémentaires du dernier tronçon comme le Vélo’v”, explique également Christine Martin. Encore faudra-t-il que les sociétés en question présentent des systèmes de gestion compatibles, et s’adaptent à la charte OùRA. Cela n’a pas été le cas, comme prévu pourtant, avec le système Vélo’v qui déferle sur l’agglomération lyonnaise et pour lequel il existe une implication tarifaire via le Sytral. Au dernier moment, la validation n’a pas été possible. De toutes les expériences de concept multimodal en cours sur les différentes régions françaises (Ile-de-France, Aquitaine, Centre, Bretagne…), Rhône-Alpes présente sans doute le plus abouti, celui qui fournit le maximum de services à même de rendre le transport en commun plus attractif.
Mais dans le même temps, sa mise en place risque de pâtir des complexités inhérentes à la multiplicité des acteurs auxquels OùRA s’adresse. Sans compter avec la frilosité de certaines autorités organisatrices, qui avec un système mettant en avant une organisation commune, ont un peu la sensation de disparaître. OùRA n’est pas au bout de sa course d’obstacles.
– Un réseau régional TER (trains et autocars).
– 8 réseaux d’autocars départementaux.
– 23 réseaux urbains (bus, métros, tramways).
– Définition: support multiservices dans le domaine des transports, incluant des facilités annexes: parking, vélos…
– Présentation: carte à puce, d’un format et d’un aspect similaires aux cartes bancaires.
– Validité: 5 ans.
– Lecture: optique.
