Bobino, la célèbre salle de spectacle parisienne, n’est plus. Totalement transformé, le nouveau Bobin’o a rouvert ses portes en mars, prenant le parti d’éviter les excès de décors et de plumes pour s’éloigner des clichés. Pari gagné.
Bedos, Coluche, Brassens, Nougaro, Renaud… Tous ces artistes se sont produits sur la scène de Bobino, haut lieu du spectacle parisien. Pourtant la salle ferme une première fois ses portes en 1983. Relancée en 1991, transformée en discothèque entre 1987 et 1991, elle appartenait jusqu’alors à Philippe Bouvard. Il vend en avril 2006. La salle passe aux mains de Gérard Louvin, homme de TF1. Il y investit 15 millions d’euros pour réaliser son rêve: faire de Bobino, au bout d’un an de travaux, le numéro un des nuits parisiennes. Le 13 mars 2007, Bobino devient Bobin’o.
Espaces aux lumières tamisées, arabesques géantes du sol au plafond, glaces, marches lumineuses: Bobin’o 2007 affiche clairement sa vocation de cabaret. Défiant les lois de la pesanteur, perchées sur leurs hauts talons, un essaim d’hôtesses accueille chaleureusement les clients. Du sosie de Coccinelle, célèbre travesti des sixties, au clone de Julia Roberts, les décolletés s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Une vingtaine de marches plus tard, au pied d’un bassin surmonté d’un impressionnant gong, les deux battants d’une porte de bronze dévoilent la nouvelle salle. Dans l’esprit du théâtre italien, 450 places se répartissent entre parterre et mezzanine, sous l’imposante et très kitsch boule à facettes. Tables noires design contrastent avec la ligne épurée des chaises gainées de cuir blanc.
Il est 20 heures. Le personnel, attentif, s’active. Les premières coupes de champagne donnent le “la”. Sur scène, un serveur se métamorphose en chanteur russe, une femme – peut-être un homme? – s’improvise diva andalouse. En salle, des magiciens proposent quelques tours, tandis qu’arrivent les entrées: foie gras au yaourt, jambon cru sur toasts grillés, lentilles à la vinaigrette truffée, le tout accompagné d’un gaspacho. Un spectateur, cobaye d’un soir, devient l’assistant d’une magicienne pour quelques facéties. Paola, reine de la nuit aux formes généreuses, investit alors le plateau, caricaturant Brigitte Bardot sur l’air de Coquillages et crustacés. Elle ne sera pas retenue pour le concours de la future Miss France, Geneviève de Fontenay qui surgit peu après, ne dément pas. Nouveaux tours de magie sur scène pour accompagner le parmentier d’épaule d’agneau et le wok de crevettes dans l’assiette. Dernier tableau au rythme des années 30. Entracte.
Les premiers commentaires vont bon train, accompagnés d’un granité à la violette et d’une crème de chèvre frais aux herbes de la garrigue. Quelques minutes d’attente, et c’est la valse des desserts: crème brûlée au gingembre, macaron à la banane, sucettes au chocolat et à la guimauve. Les lumières se font plus faibles, l’orchestre s’installe en mezzanine, le rideau se lève, le maître de cérémonie entre en scène. Il est 22 heures. Place au show.
Sur l’air de J’ai deux amours, Joséphine Baker, plus vraie que nature, descend gracieusement l’escalier lumieux. Moins gracieux mais tout aussi attachant le fameux Juanita Banana d’Henri Salvador ouvre le spectacle sur 22 tableaux qui s’enchaînent à un rythme mené tambour battant par une quarantaine d’artistes. Visite-hommage aux cabarets parisiens: Chez Michou, l’Alcazar, Le Paradis Latin ou encore les Folies Bergère. Audacieux et innovant. Un couple de danseurs de tango évolue lascivement sur l’arrangement subtil d’une chanson du groupe Police. Clin d’œil à Jean-Marie Rivière, le célèbre meneur de revue, fil conducteur du show qui emporte les spectateurs vers des ambiances variées et décalées. Pas de deux hilarant sur un ballet de Tchaïkovski, black botton en noir et blanc, hidalgo vieillissant, harmonie de tambourins, etc.
Il y a aussi toute une galerie de personnages: une Belle au Bois dormant bodybuildée, une surprenante Donna Summer, des Village People sexy… Tradition oblige, un French Cancan revisite les orchestrations d’hier et d’aujourd’hui. Sans oublier les numéros d’équilibristes, de lassos, et une encombrante Nana Mouskouri qui n’a de cesse de vouloir se produire sur scène malgré les réticences affichées du maître de cérémonie. Sympathique et amusant. En 90 minutes, Bobin’o séduit par la qualité de ses chorégraphies, son originalité et sa cuisine inventive. Examen d’entrée réussi dans la nuit parisienne.
Bobino doit son nom à un célèbre clown italien du XIXe siècle, qui créa "La Baraque à Bobino", rue du Maine à Paris où il se produisait en 1812.
La salle est détruite en 1868 pour s’installer rue de la Gaité, qu’elle occupe toujours aujourd’hui. Elle est reconstruite en 1873 et devient "les Folies Bobino". Tout d’abord guinguette dans les années 1880, la salle devient un café-concert, puis un music-hall.
Ouvert du mardi au samedi (en septembre prochain, journée supplémentaire le dimanche), uniquement en dîner, sur demande en déjeuner.
Dîner à 20 h (trois menus identiques comprenant une coupe de champagne et une demi-bouteille par personne, prix variant selon le choix des places et le type de boissons), spectacle à 22 h.
Pas de tarifs groupes, mais les autocaristes bénéficient d’une remise de 10 % sur le montant total.
Une place offerte pour 20 payants, deux pour 40, etc.
Tél.: 08 2000 9000.
Fax: 01 43 27 72 27 – (www.bobino.fr).
