Avec les JO d’août 2008, la Chine va mettre un pied sur le podium des plus grandes destinations touristiques. Dès 2010, elle occupera la deuxième place mondiale… et sera peut-être en tête quelques années plus tard. Reportage à Pékin et Shanghaï.
En Chine, tout s’est accéléré. Aujourd’hui, les cyclopousses ne roulent plus que pour les touristes, les vélos sont électriques et les voitures légion (1 000 à 2 000 véhicules gonflent chaque jour un peu plus le parc automobile pékinois). Les quadruples rocades autoroutières autour des grandes villes comme Shanghaï, Pékin, Canton, Chongqing, Chengdu ou Nankin comptabilisent 55 000 km.
Sauf que, dans l’empire du Milieu, le premier kilomètre de ruban d’asphalte a été déroulé voici à peine 18 ans. Une cinquantaine d’aéroports sont en construction, et les ouvertures d’hôtels se comptent à la pelle. Les mégapoles donnent le vertige, les gratte-ciels de Shanghaï jouent des coudes et s’érigent à l’aide d’échafaudages de bambou, certains quartiers abritant plus de 2 800 personnes au km2 tandis que la densité moyenne de l’immense pays ne dépasse pas 133 habitants.
Le grand écart entre riches et pauvres, entre habitants des villes et des campagnes est bien connu, obligeant les paysans à s’exiler, souvent en toute illégalité. Pour absorber cet exode rural, Pékin est en train de raser les hutongs, ces quartiers d’habitation faits d’étroites ruelles et de maisons autour de cours carrées. Un patrimoine en passe de disparaître, sauf un quartier qui semble préservé pour les touristes et se visite encore en rickshaw.
Dans la capitale chinoise comme à Shanghaï, la spéculation immobilière fait rage.
La destruction du vieux Pékin à marche forcée est aussi liée à la préparation des Jeux Olympiques qui auront lieu dans un peu plus d’un an, du 8 au 24 août 2008. L’événement devrait attirer quelques millions de touristes, mais les tour-opérateurs français n’en profiteront pas directement. Seul Voyageurs du Monde a obtenu l’exclusivité pour les individuels auprès de Aristeia Sport Communication (l’agence officielle de billetterie en France). La clientèle groupes sera sans doute “privée” de JO à cause des tarifs pratiqués pendant l’événement et du manque de disponibilités hôtelières à Pékin où les hôtels sont, en général, déjà pleins à craquer. Les TO pourront certes se rattraper plus tard, quand l’élan touristique sera donné et les infrastructures sur pied. La Chine se visite en effet difficilement seul. Avec déjà 22 millions de touristes étrangers recensés en 2006 (dont plus de 400 000 Français), l’empire du Milieu, qui fait partie du top 10 des destinations vendues par les membres du Centre d’études des tour-opérateurs (Ceto), devrait, selon l’Organisation mondiale du tourisme, devenir la deuxième destination mondiale dès 2010 (date de l’expo universelle de Shanghaï). Et ravir le haut du podium à la France en 2020?
Spécialiste de l’Asie chez Voyages Piel, il a créé Oriental Tours en septembre 2001. Associé à un réceptif chinois depuis 2004, il pourrait prochainement s’émanciper.
– Les entreprises étrangères sont obligées de faire une joint-venture pour s’installer en Chine. C’est votre cas?
En effet, en 2004 je me suis associé à un réceptif chinois pour pouvoir travailler sous sa licence.
Je voulais maîtriser l’activité réceptive de mon TO. Nos bureaux installés à Pékin emploient deux personnes, une Chinoise et une Française.
– Cette situation devrait-elle changer prochainement?
Oui, la dernière session du Parlement chinois a décidé de lever les contraintes pour les investisseurs étrangers. Nous devrions bientôt être en mesure de créer notre propre structure en Chine, sans associé chinois. J’aimerais le faire depuis Hong Kong, mais je ne pourrais sans doute pas travailler sur la Chine avec une licence de Hong Kong qui bénéficie d’un statut particulier.
– 11-Septembre, Sras, grippe aviaire… Comment avez-vous traversé ces crises successives depuis le démarrage de votre activité?
Après le choc de 2001, l’année 2002 s’était bien déroulée, puis la crise du Sras a fait chuté notre chiffre d’affaires de 75 %! Depuis 2006 en revanche, l’Asie, et notamment la Chine, sont des destinations refuge. Cette année, nous allons faire six millions d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié en Chine. La destination Asie a vraiment redémarré quand la grippe aviaire est arrivée en France, en mars 2006!
– Vous venez du monde de l’autocar, vos clients sont-ils principalement des autocaristes?
Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Ils représentaient 70 % de ma clientèle au départ, contre un tiers aujourd’hui. Parce que nous développons les circuits à la carte, pour des groupes de six à huit personnes.
Il s’agit souvent de touristes qui se sont connus lors d’un voyage en grand groupe et qui ne veulent plus voyager à 40.
L’Asie se prête bien aux petits groupes: la destination n’est pas très chère, quel que soit le nombre de personnes. Le produit d’entrée est à 700 euros, le panier moyen représente environ 1 700 euros pour un circuit de 13 jours.
– Quels sont les circuits les plus vendus?
Les Français sont frileux, ils achètent principalement le combiné Shanghaï-Pékin. Pourtant nous programmons les provinces du Yunnan, le Sichuan, la Mongolie intérieure. Pour bien vendre la Chine qui fait la taille de l’Europe, il faudrait le faire à l’Américaine: par grandes régions. Cela fait 20 ans que les TO proposent les mêmes circuits, et comme il y a peu de touristes qui reviennent dans le pays, les autres provinces chinoises restent confidentielles. Seul le Tibet résonne dans l’esprit des touristes français! À cause du Dalaï Lama.
Propos recueillis par N.A.
Shanghaï signifie “la ville au-dessus de la mer”. Le site de cette cité portuaire de la mer de Chine servit de repaire aux pirates japonais sous la dynastie des Tsing du XVIIe au XIXe siècles. Aujourd’hui reliée au port de commerce par un pont de 35 km, c’est une mégapole de 18 millions d’habitants. Dévoreuse d’espace et de temps – un récent article du China Daily titrait: “On m’a volé mon sommeil!”, tant les habitants travaillent en pratiquant parfois plusieurs métiers – Shanghaï rêve d’être aussi riche que Hong Kong, aussi propre que Singapour, aussi dynamique que Taipei, sa voisine taïwanaise, et peut-être un jour aussi grande que Tokyo.
Contrairement à Pékin ou Nankin, deux villes au passé impérial, le fil de son histoire se noue au début du XXe siècle et de ses folles années. La vieille ville a conservé son architecture Art déco, où s’emmêlent rues et ruelles. La concession française a été rénovée et regorge de bars et restaurants à la mode.
Ce mot anglo-indien désigne un quai sur une berge boueuse.
Cette promenade le long de la rivière Huangpu est le symbole de la ville portuaire. Bordée des plus belles façades du Shanghaï des années 30, c’est la balade favorite des habitants de la ville… et des touristes qui déambulent avec des brochettes de fruits caramélisés vendues dans les guérites qui longent le Bund.
Le bouddhisme a été interdit sous plusieurs dynasties chinoises. Aujourd’hui, c’est la religion la plus répandue en Chine. Baignée par une odeur entêtante d’encens que les fidèles font brûler par brassées entières, la visite des jardins et des différents bâtiments du temple ne peut manquer le passage devant le précieux bouddha de jade, que les touristes voient à la queue leu leu.
Du haut de ses 421 mètres, c’est encore la tour la plus haute de Shanghaï. L’un de nos compatriotes, Alain Robert, n’a pas résisté à l’appel des cimes et a escaladé ses 87 étages, illégalement, en habit de Spiderman! Cela a valu à ce grimpeur urbain cinq jours de prison dans les geôles chinoises, et une expulsion.
Un jardin chinois classique qui s’étend sur deux hectares, au cœur de la vieille ville de Shanghaï. Dessiné au XVIe siècle, sur ordre du mandarin Pan Yun Duan, gouverneur de la province du Sichuan pour honorer ses parents, il a longtemps été un jardin privé avant d’être ouvert à la visite. Comme tous les jardins de lettrés, il représente le monde en miniature: les ruisseaux symbolisent les fleuves, les rocs les montagnes, les portes circulaires évoquent l’harmonie de l’univers. L’ensemble doit favoriser la méditation et la contemplation. Superbe au printemps avec les magnolias en fleurs.
Puisque chaque pays du monde a sa Venise, la Chine n’a pas échappé à la tradition. À 60 km au sud-ouest de Shanghaï, cette ville bâtie sur les rives du lac Taihu et sur le passage du Grand Canal est cernée par les eaux, et parcourue de petits canaux enjambés par des ponts de pierre. Conservée dans son jus, ce qui contraste avec la fièvre urbanistique de Shanghaï, Tongli constitue une belle halte, loin du bruit et de la pollution.
Présentée comme une cité-jardin traversée elle aussi par des canaux, elle s’est transformée en une ville industrielle spécialisée dans l’électronique. C’est ici, à environ 30 km de Shanghaï, que sont fabriquées la plupart des souris d’ordinateur. Les grandes entreprises étrangères y utilisent une main d’œuvre dix fois moins coûteuse qu’en Occident. Elles bénéficiaient jusqu’à présent de déductions d’impôt mais ce privilège vient de disparaître.
Les visiteurs ne s’attarderont pas sur les souris d’ordinateur, mais profiteront des jardins, éparpillés ça et là dans la ville, et qui comptent parmi les plus beaux de Chine. Au XVIe siècle, Sutzou était la première productrice de soie de l’empire du Milieu. On peut encore visiter la manufacture, voir la manipulation des vers à soie, les filatures et les produits finis dans l’immense magasin qui ponctue la visite.
– passeport valable au minimum six mois avant la date de retour.
– visa obligatoire.
– La monnaie est le yuan.
100 yuans = 10 euros.
– Le change est possible dans les hôtels, les banques, les aéroports.
– Les cartes de crédit internationales sont acceptées.
– + 6 h en été, – 7 h en hiver.
– Dans le nord-est de la Chine l’hiver est rigoureux, l’été particulièrement chaud.
– Dans le sud-est, le climat est plus tempéré, mais le taux d’humidité est important, surtout en été.
– Les meilleures saisons pour visiter toutes les régions: l’automne et le printemps.
– Pas de vaccin obligatoire.
– Le mandarin est utilisé dans toute la Chine où sont également parlées 55 autres langues locales.
– L’anglais n’est répandu que dans les hôtels, restaurants et établissements en contact avec les touristes.
– 220 volts.
– Les hôtels fournissent souvent des adaptateurs avec deux fiches plates.
– vers la France:
00 33 + no du corespondant (sans le 0).
– vers la Chine:
00 86 + no du correspondant.
En dehors du nouveau train qui relie Pékin à Lhassa (Tibet), on peut prendre de nuit le train de luxe entre Shanghaï et Pékin, avec un bon dîner à bord. Une belle expérience ferroviaire, à préférer à un vol intérieur.
Si Shanghaï n’a qu’une centaine d’années, il faut aller à Pékin pour voir une ville vieille de 1 000 ans. La capitale de la Chine abrite 14 millions d’habitants, 33 sites classés au patrimoine de l’Unesco parmi lesquels la fameuse Cité Interdite, où les touristes retrouvent les images rêvées de la Chine impériale. La place Tien An Men évoque, elle, la révolution de 1989 écrasée par les chars de l’Armée populaire.
Parfait exemple de l’architecture Ming, tout en rondeurs, c’est le site le plus photographié de Pékin.
Les empereurs y célébraient des rites solennels destinés à favoriser les moissons, à obtenir la clémence divine et à endosser la responsabilité des péchés du peuple.
Bon an mal an, 120 millions de touristes chinois visitent chaque année ce palais impérial couleur pourpre. Une marée humaine surprenante et fascinante: un concentré de toutes les minorités ethniques chinoises. La construction de la Cité Interdite fut ordonnée par Yongle, troisième empereur Ming, et réalisée entre 1407 et 1420. Son accès était interdit au peuple à l’époque des grands empereurs chinois. 24 empereurs de la dynastie Ming et Ching et leurs concubines se sont succédé dans ce palais, véritable ville dans la ville. Il s’étend en effet sur 1 km2 et conserve dans son musée les trésors impériaux de la civilisation chinoise ancienne.
En été, pour échapper aux fortes chaleurs de la ville, c’est la promenade préférée des familles pékinoises. Elles n’ont qu’un seul enfant – "Les petits empereurs" – du fait de la politique démographique imposée depuis 1979. Son immense parc est occupé aux trois quarts par le lac Qunming. C’était autrefois la résidence d’été des empereurs, divisée en appartements, temples, bâtiments officiels et palais. À voir au bord du lac, le bateau de marbre, caprice de l’impératrice Tseu Hi à la fin du XIXe siècle.
La plus grande place publique du monde (44 hectares). C’est ici, devant la porte Céleste de la Cité Interdite qui n’était alors qu’une ruelle, que Mao Zedong a proclamé la création de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949. Au centre se trouve son mausolée. Cinquante ans plus tard, le 4 juin 1989, les manifestations d’étudiants, d’intellectuels et d’ouvriers chinois dénonçant la corruption et demandant des réformes démocratiques ont été écrasées par l’armée dans un bain de sang.
Ce serait, dit-on, la seule réalisation humaine visible à l’œil nu depuis la lune! Elle ondule sur 6 700 kilomètres, de la mer Jaune jusqu’au désert de Gobi. Sa construction remonte à 2 500 ans (au temps du premier empereur de la dynastie des Qin) pour préserver la Chine des assauts des nomades d’Asie centrale. Ce qui n’a pas empêché les hordes de Gengis Khan de rentrer en Chine. Aujourd’hui, elle est livrée à de nouveaux envahisseurs. La majorité des touristes se lancent à l’assaut de la Grande Muraille depuis Badaling, à 70 km de Pékin, là où elle a été restaurée dans les années 80. À ce véritable Disneyland sans charme, on peut préférer pousser l’excursion jusqu’à Mutianyu, 30 km plus loin. Un bon compromis entre accessibilité et foule.
Douze empereurs sont enterrés sur ce site entouré d’un mur de 40 km, au pied des monts Tianshou. Les tombeaux sont desservis par une voie commune, l’allée des Esprits, surnommée "la Voie sacrée". Des statues d’animaux (lions, éléphants, chameaux, chevaux) sculptées dans le marbre bordent la voie.
Ce site hôtelier géré par la chaîne Kempiski est une expérience architecturale, à deux pas de la Grande Muraille.
Douze architectes asiatiques et des designers dont Philippe Starck, ont construit et aménagé de grandes villas hôtelières autour d’un restaurant et d’un spa avec vue et accès privé sur la Grande Muraille. Perché à 1 000 mètres d’altitude, le site a reçu un prix spécial à la Biennale d’architecture de Venise 2002.
