Après deux ans de travaux qui l’ont plongée dans le chaos, Marseille inaugure son tramway le 30 juin.
Son tracé, très contesté, privilégie l’hyper centre pour aider la rénovation de certains quartiers.
Au détriment des zones limitrophes.
Ouf! Un million de Marseillais ou de proches résidents, des centaines de commerçants, ainsi que les responsables de la ville vont connaître un énorme soulagement. Le tramway sera inauguré le 30 juin et mis en service le 2 juillet. Plus qu’un simple moyen de transport en commun, il fait partie d’une vaste opération de requalification urbaine. Renaud Muselier, vice-président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, en charge du dossier tramway-métro, l’a répété à chaque étape du chantier: “Il s’agit de redessiner notre ville”. Un travail difficile, qui a plongé Marseille dans le chaos pendant deux ans. “Je ne m’attendais pas à tant de problèmes. Je ne me relancerais pas dans l’aventure si c’était à refaire”, ajoute-t-il. Pour minimiser la gêne, les travaux ont pourtant été attaqués simultanément sur six fronts, mobilisant jusqu’à un millier de personnes.
Le trajet, très critiqué par l’opposition municipale, se concentre dans l’hyper centre ville, sur une zone déjà en grande partie desservie par le métro. Il s’agit pour Marseille de relier son centre ville historique au cœur économique d’Euroméditerranée.
La partie Euroméditerranée-haut de Canebière représente en effet un énorme pari de rénovation urbaine. Hier constitué en grande partie de hangars adossés au port autonome, ce quartier représente l’avenir de la cité, avec quatre milliards d’euros d’investissements, et comme objectifs d’ici 2015 l’arrivée de 12 000 habitants et la création de 20 000 emplois. Bureaux, logements, commerces, espaces publics, musées, tramway, gare TGV, doivent faire de ce quartier le second centre ville de Marseille. Grâce au tram, il sera relié au centre historique par la rue de la République, en pleine rénovation. Les squats y disparaissent peu à peu pour laisser place à des enseignes commerciales nationales et 5 000 logements réhabilités.
Le tram irrigue donc Euroméditerranée à l’ouest, remonte la rue de la République, puis débouche très vite sur la Canebière. L’ex plus belle avenue de Marseille a perdu toute sa superbe et donne des frissons aux touristes qui s’y aventurent la nuit. Les “plans Canebière” ayant tous échoué, la municipalité voit dans le tramway une planche de salut. Trottoirs, voiries, tout est refait parallèlement à la pose des rails. Aux deux premières lignes inaugurées le 30 juin (Noailles / Les Caillols et La Blancarde / Euroméditerranée) s’ajoutera dans trois ans une troisième desserte, longue de cinq kilomètres, toujours dans l’hyper centre. Pour l’instant, les quartiers sud qui sont complètement enclavés, la vallée de l’Huveaune et les quartiers nord paupérisés sont sacrifiés.
Marseille a dû s’endetter pour régler une facture de 818 millions d’euros. Cette somme prend en compte le tramway (468 millions), mais aussi l’extension du métro sur 2 600 m et la création de quatre stations (350 millions), prévue pour 2009. Pour l’instant, le tram ne sera en service que sur 8 km, car une partie des travaux n’a pu être achevée dans les temps en raison d’un problème d’infrastructures de sécurité dans un tunnel. Il circulera à une vitesse maximale de 50 km/h, sauf sur la Canebière où il ne devra pas dépasser 30 km/h. Pour atteindre l’objectif de 20 km/h de vitesse commerciale moyenne, la ville a fait modifier une cinquantaine de carrefours où son passage devient prioritaire, les feux passant automatiquement au vert à son approche grâce à des capteurs qui le localisent à chaque point de son parcours.
Le tramway pourra transporter 3 000 passagers par heure, à raison d’une rame toutes les quatre minutes aux heures de pointe. Les essais conduits depuis quelques semaines permettent aux piétons de se familiariser avec un tram silencieux. “Ce n’est pas facile, car les gens ne nous entendent pas arriver, explique un traminot. Nous devons également faire face au manque de civisme des automobilistes qui, pendant les travaux, ont utilisé les voies comme des parkings et rechignent à ne plus s’y garer.” Le dépôt Saint-Pierre a coûté à lui seul la bagatelle de 41 millions d’euros. En fonction depuis février, il regroupe les ateliers, les bureaux, le poste de commande et le plus grand “peigne” d’Europe (aiguillages pour manœuvres et garage).
Le pôle multimodal de la Blancarde constitue le second gros chantier. Ce qui a été un énorme trou de 110 000 m3, le plus grand jamais creusé à Marseille, devient aujourd’hui le second carrefour névralgique des transports en commun marseillais, avec une gare TER (mais aussi plus tard très probablement TGV), une station de métro, une gare routière, un parking et bien sûr une station de tram où se croisent les deux lignes inaugurées.
Au total, le tramway marseillais a demandé le déplacement de 300 000 m3 de terre, contre par exemple seulement 50 000 m3 pour celui de Lyon. Le tout dans le cœur de la ville, alors que la majorité des tramways construits jusqu’à présent partent de la banlieue pour rejoindre le centre, traversant ainsi des zones nettement moins délicates à éventrer.
Pour habiller les voies en site propre des trams, Marseille a joué la diversité avec tour à tour l’utilisation de gazon, de béton ou encore d’enrobé. Pour la première fois en France, les tramways ne circulent pas systématiquement dans les deux sens du même côté de la chaussée. Sur la Canebière, les rails sont en effet posés le long des trottoirs, avec les voies réservées aux voitures au milieu.
L’inauguration du 30 juin, à laquelle pourrait participer le président Nicolas Sarkozy, ne constitue qu’une étape car le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin l’a promis: “nous prolongerons les lignes de tramway vers la vallée de l’Huveaune (à l’est de Marseille, Ndlr) et les quartiers nord. Nous allons également commencer dès 2008 la construction d’une troisième ligne de tramway”. Les finances de la ville étant exsangues, Jean-Claude Gaudin fera appel à un financement mixte public-privé.
– Mise en service: 2 juillet 2007.
– Investissement: 387 millions d’euros.
– Constructeur: Bombardier.
– 27 stations créées.
– Deux lignes totalisant 11,2 km de tracé.
La mise en service du tramway entraîne le reformatage de 24 des 70 lignes de bus de Marseille. Quatre disparaissent et 20 voient leurs itinéraires modifiés. Le tram permet à la Régie des transports marseillais (RTM) de sortir de son parc une quarantaine de bus et d’économiser sur ce poste six millions d’euros par an. Le tram va prendre des clients au bus et au métro, mais devrait au total permettre à la RTM d’augmenter son activité de près de 10 %.
Fabriqué à Vienne, en Autriche, par Bombardier, le Flexity se démarque avant tout par son esthétique. Habituellement, l’industriel fournit le designer, qui doit se plier aux desiderata des ingénieurs.
Ici, MBD Design a travaillé pour la communauté urbaine de Marseille, cette dernière fixant ensuite un cahier des charges au constructeur. L’agence a été présente tout au long du projet, de l’analyse des offres à la réalisation industrielle.
Bombardier a donc dû composer. Avec par exemple un arrondi important à l’avant, en forme d’étrave. Latéralement, les baies vitrées sont les plus grandes jamais posées sur un tramway. Elles descendent très bas, sans montant central. Les sièges utilisent des matériaux marins (bois, plastique et inox) jamais employés dans le domaine ferroviaire. L’originalité a bien sûr un coût, ou plutôt un surcoût, évalué à 10 % du prix du matériel ferroviaire. Pour le reste, rien que de très classique avec un plancher bas et des bogies conventionnels à essieux. Chaque véhicule comportera cinq modules.
L’inauguration du tram se double d’une première en matière de gestion de réseau. Le tramway marseillais est en effet placé sous la houlette d’un "groupement momentané d’entreprises" (GME) réunissant la Régie des transports marseillais (RTM) et Veolia Transport, qui détache sur place trois cadres chargés de l’exploitation, du marketing et du contrôle de gestion. 185 traminots de la RTM travaillent pour le GME, mais ils conservent leur statut.
Le contrat prévoit que Veolia Transport empochera 49 % des bénéfices… ou assumera 49 % des pertes du tramway.
L’arrivée de Veolia a été vécue comme un début de privatisation par les syndicats de salariés qui, en 2005, ont fait 46 jours de grève pour tenter de s’y opposer. Un record à la RTM.
