Après des années d’incertitudes et de tensions sociales, la SNCM relance une offre croisières conviviale et originale. Mais pourra-t-elle se démarquer de son image un peu ternie de transporteur pour endosser l’habit d’un prestataire de loisirs?
En se diversifiant dans les croisières, la SNCM veut éviter que son navire amiral, le Napoléon Bonaparte, reste à quai durant les périodes creuses, c’est-à-dire en semaine au printemps et à l’automne. Pour amorcer la pompe, l’armateur n’hésite pas à dégriffer son offre, en passant par ABCroisières, qui devrait faire voyager un millier de personnes sur le Napoléon Bonaparte en 2007. Avec un bon rapport qualité / prix et une durée très courte d’une à quatre nuits, la formule pourrait séduire les touristes désireux de découvrir les croisières ou de visiter une ou deux villes méditerranéennes. C’est là le principal atout de “Croisières et découvertes” par rapport aux croisières classiques. Mise en place par la compagnie l’an passé, l’offre n’avait pas eu le succès escompté (3 300 croisièristes seulement) pour cause de conflits sociaux. Mais la filiale de Véolia veut croire ce temps révolu…
Durant toute l’année (hors juillet, août, novembre et décembre), “Croisières et découvertes” se décline selon deux concepts, les voyages et les “nuits de fêtes” (huit sont proposées en tout). Pour ces dernières, le Napoléon Bonaparte ne sort du port de Marseille que pour faire des ronds dans l’eau pendant que ses passagers dansent ou assistent à un spectacle avant de gagner leur cabine. Elles constituent une exclusivité SNCM, avec des thèmes comme la “nuit des célibataires”, la “nuit de la danse” ou encore “fiesta latina”.
L’autre offre de “Croisières et découvertes”ne concerne pas moins de 13 voyages touchant l’Espagne, les Baléares, la Corse, l’Italie, la Sicile et la Tunisie, programmés à l’occasion d’un événement (carnaval de Nice par exemple), ou la découverte de villes comme Barcelone, Rome, Naples ou encore Tunis. L’offre a été conçue en pension complète, boissons comprises. Ici pas de cuisine internationale. Le menu, à la fois copieux et de qualité, s’adapte au thème du voyage. Ainsi, pour la croisière “Movida” (Barcelone), les passagers ont pu déguster du mérou, de l’agneau, de la charcuterie espagnole et boire du Rioja. Seule l’eau était corse…
Le service, bien que très correct, reste cependant plus proche d’une traversée en ferry que d’une croisière. Une ampoule grillée le restera et l’eau servie à table manquera de fraîcheur. Superbe navire, le Napoléon Bonaparte n’offre cependant pas les prestations des véritables villes flottantes armées par les grands croisiéristes, et les spectacles (un par soirée) apparaissent d’un niveau moyen. Pour des raisons de confort et de capacité de la salle de spectacles, la SNCM limite le nombre de croisiéristes à 700, alors que le Napoléon Bonaparte pourrait en transporter 2 500. “Nous ne voulons pas en faire un navire usine”, explique Guy Barbolini, directeur de Ferrytour (la filiale tourisme de la SNCM). Personne ne marche donc sur les pieds de son voisin, que ce soit à la piscine ou sur les ponts. Et surtout, les files d’attente sont pratiquement inexistantes.
Avec “Croisières et découvertes”, la SNCM table pour 2007 sur environ 10 500 passagers. Principalement des seniors ou des groupes. “Nous atteignons nos objectifs en volume, mais le taux élevé de places dégriffées fait chuter le prix moyen”, déplore Guy Barbolini. La SNCM souffre aussi d’un déficit d’image. “Les gens n’associent pas la compagnie à des croisières loisirs, fun, à une ambiance club de vacances, regrette pour sa part le directeur général d’ABCroisières, Patrick Gaudfrin. C’est dommage, car le rapport qualité / prix est excellent. Nous allons d’ailleurs commencer à démarcher les groupes car seule la SNCM propose ce type de croisières très courtes, particulièrement bien adaptées à cette clientèle”.
Guy Barbolini voit dans les autocaristes un bon canal de commercialisation. “Nous avons déjà embarqué des cars, notamment de Sabardu. Le concept « Croisières et découvertes » s’adapte bien aux clients des autocaristes. Reste à le faire connaître et à motiver nos forces de vente qui n’ont pas l’habitude de ces produits”. Ferrytour va intensifier pour cela sa communication et multiplier les campagnes de promotion par mail et dans la presse professionnelle.
→ Mis en service en 1996.
→ 172 m de long, 30 m de large, 11 ponts, pour une vitesse de 23,8 nœuds.
→ 539 cabines.
→ 4 restaurants.
→ 1 centre de conférences de 300 places.
→ 1 salle de spectacle de 400 places.
→ 1 discothèque.
→ 1 piscine couverte avec 3 jacuzzis.
• Une réduction de 10 % est appliquée pour les groupes.
• La SNCM prête une oreille favorable aux autocaristes désirant garer gratuitement leurs cars sur les ponts des navires. Mais ils ne peuvent pas s’en servir pour des excursions.
La SNCM n’est décidément pas un croisiériste comme les autres. Alors que la croisière "Movida" prévoyait un départ de Barcelone le 22 mai à 19 h, le navire a bifurqué à la sortie du port pour rejoindre les quais dédiés au fret et charger… des voitures neuves. Les heures s’écoulant sans que personne ne daigne expliquer cette immobilisation prolongée, une certaine tension a gâché cette dernière soirée. Finalement, aux alentours de minuit, le commandant a fait une intervention au micro expliquant la situation et promettant de rattraper le retard durant la nuit.
Données deux heures plus tôt, ces informations auraient calmé l’inquiétude des passagers. Le Napoléon Bonaparte a finalement libéré ses passagers à Marseille avec 1 h 30 de retard.
