Place aux jeunes! Tel pourrait être le credo de la nouvelle opération lancée par Bus & Car et ses partenaires. Pendant trois jours, douze chefs d’entreprise de moins de 40 ans ont pu s’interroger sur leur avenir professionnel.
Ils ont tous moins de quarante ans, et dirigent déjà leur entreprise ou sont en passe d’en prendre les rênes. Qu’attendent-ils de ce métier? Quelles sont leurs inquiétudes sur l’avenir? Comment perçoivent-ils leur rôle dans cette profession? Autant de questions qui ont interpellé la rédaction de Bus & Car et ses partenaires Dietrich Carebus, Lambert Location, et Prestige Equipement. Organisées du 5 au 7 juillet, les premières Rencontres Jeunes Dirigeants ont voulu permettre aux intéressés de trouver eux-mêmes réponses à ces questions. Et les aider à forger leurs armes pour prendre en main leur avenir et celui de leur entreprise. Le cadre reposant du domaine du Château des Sept Tours, en Indre-et-Loire, un temps plutôt clément et un subtil mélange d’activités ludiques, culturelles et professionnelles, ont concouru à la réussite de l’opération.
Depuis sept ans, le Club Managers s’attache à cerner les grandes évolutions du secteur. Il fait appel à l’expérience des professionnels invités pour analyser les incidences des réglementions ou des évolutions sociétales sur le fonctionnement des entreprises.
A contrario, cette nouvelle manifestation se propose de valoriser la démarche personnelle. Il s’agit d’aider chaque jeune dirigeant à prendre toute sa place au sein de son entreprise. En travaillant sur les problématiques du métier bien sûr. Deux thématiques avaient ainsi été retenues: “Comment asseoir sa stature de chef d’entreprise à l’occasion des appels d’offres?”, et “Rebondir sur la gestion de crise”. Animées par Eric Ritter, consultant et chercheur détaché de l’École nationale des Ponts et Chaussées, les tables rondes organisées ont répondu à toutes les attentes.
Les deux sujets abordés auront en fait servi de point de départ à un ensemble de réflexions sur le devenir de la profession. Chacun des participants s’interrogeant sur “les axes de développement futurs” du transport de voyageurs en général, et de son entreprise en particulier.
Si les réponses diffèrent, la confrontation des expériences et des idées semble avoir enrichi tous les participants. Tous, ou presque, font partie de la troisième ou quatrième génération de transporteurs. “Le transport de voyageurs a réinventé la féodalité, exprime un des invités, nous transmettons nos entreprises avec un nom inscrit sur les véhicules comme un blason, et aussi tout le poids sentimental que cela implique”. Pourtant, l’évolution des marchés fait que cette nouvelle vague de chefs d’entreprise ne peut profiter que d’une part minime de l’expérience de ses pères. Il leur faut aujourd’hui réinventer un modèle économique durable. Le challenge est lourd. À leur façon, les Rencontres Jeunes Dirigeants se proposent de contribuer à ce travail.
De la troisième génération de transporteurs, Stéphanie entre dans l’entreprise de 80 autocars en 1997, un BTS Transport en poche. Elle travaille aujourd’hui en harmonie avec son père, qui lui laisse prendre progressivement les rênes de l’entreprise.
Entreprise indépendante de la presqu’île du Cotentin, Collas Voyages, dont 85 % du chiffre d’affaires dépend du transport scolaire et périscolaire, joue gros l’année prochaine. Tous ses services seront en effet soumis à une procédure d’appel d’offres.
– Avez-vous obtenu quelques réponses aux questions que vous vous posez quotidiennement en tant que chef d’entreprise?
Les discussions avec les autres transporteurs ont été très positives, notamment sur la problématique des appels d’offres, un sujet qui me tient particulièrement à cœur en ce moment. Et puis, je cherche toujours des réponses concernant l’amélioration de la structure de mon entreprise.
Comment, par exemple, optimiser chaque poste et motiver les troupes? La confrontation des expériences est ici très enrichissante.
– Auriez-vous des attentes particulières pour une future édition des Rencontres Jeunes Dirigeants?
Je cherche toujours le meilleur moyen de fixer des objectifs et de les tenir en entreprise, en échappant au cercle vicieux de la surcharge de travail. Et puis, j’aimerais beaucoup discuter des calculs de coût de revient, découvrir comment travaillent mes collègues sur ce sujet pour améliorer notre fonctionnement.
À 33 ans, François est l’héritier du Groupe Piot, une entreprise emblématique de l’est de la France. En 2001, après de brillantes études scientifiques, il prend la relève d’un père à la forte personnalité alors que le groupe, qui exploite 900 autocars, se porte mal. La transition se fait dans la douleur, les trois quarts de l’activité transport devant être vendus à Transdev. Aujourd’hui, avec 300 véhicules et 39 agences de voyages, le jeune dirigeant envisage l’avenir avec une certaine sérénité, mais aussi quelques interrogations.
– Qu’attendiez-vous de cette opération lorsque vous avez répondu positivement à l’invitation de Bus & Car?
J’étais très curieux, car c’est le premier séminaire de transporteurs auquel je participe. En fait, je suis très surpris par la qualité des échanges et je constate que nous sommes tous confrontés à la même recherche de stratégies et de réponses.
La question qui me taraude en permanence est la suivante: comment gagner de l’argent alors que nous ne maîtrisons pas les coûts? La masse salariale est déterminée par les accords passés au niveau de la FNTV.
Nous n’avons que peu de marge à faire sur le coût des véhicules et des carburants. Quant aux contrats que nous passons avec les collectivités, nous ne sommes évidemment pas maîtres des tarifs. Enfin, peu de clients, quels qu’ils soient, sont vraiment sensibles aux arguments qualitatifs, le dernier levier sur lequel nous pouvons agir.
En fait, nous n’avons pas toujours l’impression d’être des chefs d’entreprise à part entière.
– Des rencontres comme celles-ci peuvent-elles contribuer à vous ouvrir des pistes?
Je milite en effet pour que les transporteurs accroissent leur coopération, et je suis sûr que des décisions importantes de ce type peuvent être prises dans un cadre comme celui-ci. Et puis, j’aimerais que soient abordées des problématiques de management moins liées au métier lui-même, ce qui pourrait se faire ici.
Thomas Périer
Cars Périer:
“J’ai fait une partie de ma formation au sein d’un groupe, ce qui m’a totalement décomplexé à leur sujet. Il faut utiliser les mêmes moyens qu’eux pour les battre, et je sais que c’est possible.”
Henri Hureaux
Pdg de Regnault Tourisme:
“Quelle image donne-t-on à nos clients avec des variations de prix constatées pour un même produit, parfois au sein de la même entreprise en fonction du moment?”
Durant les trois jours des Rencontres Jeunes Dirigeants, les participants ont été transportés dans le dernier-né de Temsa, l’autocar de grand tourisme Diamond.
Le paintball développe à la fois la combativité, le sens de la compétition et l’esprit d’équipe. Trois valeurs bien utiles à tous les jeunes dirigeants confrontés à un métier difficile. Pour l’anecdote, les Verts se sont montrés les plus redoutables…
Après l’effort des tables rondes, le réconfort d’un rayon de soleil au bord de la piscine du domaine du Château des Sept Tours.
Le comité départemental du tourisme de Touraine a apporté son soutien à l’opération en permettant aux jeunes dirigeants de visiter le château d’Amboise sous un jour peu connu des touristes. Après avoir arpenté salles et tours habituellement fermées, tous les invités purent déguster en petit comité quelques vins de Touraine de grande qualité.
Pierrick Burban
Pdg des Autocars Menguy-Burban:
“Nous sommes confrontés chaque jour à la complexité des contrats de travail. Et puis, la responsabilité pénale du dirigeant est à la fois disproportionnée et dure à porter. C’est une source d’angoisse permanente.”
Pierre Annequin
Cars Annequin:
“J’ai fait mes armes chez Faure, et c’est là que j’ai compris comment les employés voient le fils d’un patron. C’est pour cette raison que j’ai souhaité me former ailleurs.”
Ils ne s’arrêtent jamais. Après quelques heures de débats et une épuisante compétition de paintball, les jeunes dirigeants continuent de confronter leurs expériences professionnelles autour d’un verre. Au cœur de leurs préoccupations: l’avenir de leurs entreprises.
Invité par le Comité départemental du tourisme de Touraine dans un des meilleurs restaurants troglodytiques d’Amboise, les transporteurs, les partenaires de l’opération et l’équipe de Bus & Car méditent déjà sur la prochaine édition des Rencontres Jeunes Dirigeants.
Dominique Bedhom
Hesdin Voyages:
“Les dossiers d’appels d’offres deviennent de plus en plus complexes, trop parfois pour des entreprises de petite taille.”
Pierre-Jean Rochette
Autocars Rochette:
“Le transport de voyageurs est devenu une pure affaire de stratégie. Il faut donc avoir une vision globale de son métier et des possibilités de son entreprise.”
