La SNCM veut ouvrir la Corse à une clientèle de week-end. Une idée alléchante pour les groupes car les sites les plus intéressants de l’île se prêtent parfaitement à des escapades de deux-trois jours, abordées à partir d’un port.
La SNCM veut drainer en Corse une nouvelle clientèle d’avant et d’après saison. Via sa filiale Ferrytour, elle propose des courts séjours d’un week-end, voire même d’une journée au départ de Nice en NGV, à la place de la traditionnelle semaine plus difficile à “caser”. Plusieurs packs incluant la traversée et une à deux nuits d’hôtel existent pour les particuliers depuis ce printemps.
Mais la SNCM peut décliner des prestations comparables pour les groupes. Le client qui opte pour Marseille choisit librement son port d’arrivée et aussi de départ. “La SNCM veut ainsi proposer une offre peu onéreuse, souple et simple”, explique un responsable commercial de la compagnie. Mai-juin et septembre-octobre constituent les périodes idéales, avec une préférence pour l’avant-saison, quand la population et les professionnels du tourisme ne sont pas encore épuisés ou lassés par la forte fréquentation estivale. Le raisonnement vaut également sur les navires de la SNCM, avec une disponibilité du personnel et une qualité de restauration qui tranchent sur l’été.
L’île de Beauté se prête à ce type de tourisme de spots, car elle possède des sites splendides, facilement accessibles par mer, mais enclavés au niveau routier. Ferrytour a poussé le détail jusqu’à constituer un “carnet de voyage” extrêmement bien fait, découpant la Corse en huit zones, avec des cartes, des présentations historiques et touristiques, une localisation des hôtels sélectionnés et des sites, des adresses pour pratiquer certaines activités comme la plongée ou la marche. Il ne s’agit donc pas de visiter la Corse, mais une zone bien précise pour y passer deux jours. Parmi les nombreuses possibilités, deux se distinguent: la région de Porto et le Sud.
La région de Porto ne possède pas la renommée de Porto-Vecchio. Il s’agit pourtant d’une des parties les plus paradisiaques de l’île. Profond de onze kilomètres, le golfe est classé au Patrimoine mondial de l’humanité. Ce n’est que justice tant le spectacle des falaises de granit rouge plongeant dans une mer d’un bleu intense fascine. Porto n’est pas accessible directement par car-ferries, il faut donc débarquer à Ajaccio ou Calvi, puis faire le voyage par la route. Dans les deux cas, les paysages traversés seront somptueux, malgré les virages incessants.
Une fois sur place, la première visite sera pour les calenches de Piana. La route très étroite conduisant au village de Piana traverse sur deux kilomètres un chaos minéral formé de roches de granit rouge orange, aux formes plus torturées les unes que les autres, dominant verticalement la mer. De Porto, ne pas manquer également de prendre un bateau pour aller découvrir le golfe de Girolata et la réserve naturelle de Scandola accessible uniquement par la mer. Il s’agit d’une excursion d’une journée relativement chère – une quarantaine d’euros par personne – mais à ne rater sous aucun prétexte. La presqu’île et ses fonds sous-marins ont été littéralement chiffonnés par une ancienne activité volcanique, le vent et la Méditerranée. Une mer turquoise baigne les roches déchiquetées. La côte alterne grottes, failles, pitons où s’accrochent une végétation particulière composée de myrtes, lentisques, cistes… Avec un peu de chance, on peut y apercevoir des dauphins.
Mais le golfe de Porto ne peut se résumer à sa côte. À une poignée de kilomètres du village, les gorges de la Spelunca forment un canyon qu’un chemin pédestre rend accessible. Il démarre sous un pont situé à l’ouest d’Ota. Toujours plus à l’ouest, mais cette fois un peu plus loin de la mer, la route monte à l’assaut de la montagne. Passé Évisa, le visiteur pénètre dans la forêt d’Aïtone, l’une des plus belles de Corse avec ses immenses pins laricio pouvant dépasser 50 mètres de haut, et ses rivières dont les méandres forment des piscines naturelles. Il ne faut pas repartir de Corse sans s’être trempé au moins une fois dans une de ces rivières. Optez pour les cascades d’Aïtone, situées à quatre kilomètre au nord d’Évisa. Le torrent forme ici une succession de cascades et de piscines.
Le grand Sud corse possède trois pôles biens distincts: Porto-Vecchio pour son coté “jet set”, Bonifacio, et l’Alta Rocca avec notamment ses fameuses aiguilles de Bavella. Le bateau accoste à Porto-Vecchio, dont les alentours abritent quelques-unes des plus belles plages de Corse. Mais le sable blanc, les eaux dignes des Caraïbes et le petit côté Saint-Tropez corse entraînent malheureusement des abus de prix. L’hospitalité corse fait ici souvent place à la chasse au touriste, activité visiblement très rentable.
Aussi, à condition de ne pas rechigner devant les virages, mieux vaut gagner l’intérieur, avec pour commencer le massif de l’Ospedale. La rivière qui longe la route permet une baignade ou une halte rafraîchissantes, avant le gros morceau de cette journée, les aiguilles de Bavella. Ses sept pics déchiquetés dominent une forêt exceptionnelle et facilement accessible à pied à partir du col de Bavella. On admire des pins laricio, des cèdres, des sapins sur le tronc desquels on aperçoit parfois un cousin du pivert, le pic rouge.
Pour le second jour dans le sud, Bonifacio constitue une destination incontournable. Il s’agit sans doute de la plus belle ville de Corse, exilée au bout d’un plateau aride. Le cadre est tout simplement exceptionnel. Bonifacio surplombe d’impressionnantes falaises en calcaire blanc, hautes de 70 mètres. Des Grecs et des Romains, il ne reste plus de vestiges. En revanche, les Génois ont laissé leur empreinte sur ce site qui verrouillait le détroit des bouches de Bonifacio et a, en conséquence, subi de nombreux sièges.
Bâtie à partie de 833 par le conte de Toscane, Bonifacio a conservé son caractère médiéval en dépit des restaurants et des magasins pour touristes. Après une promenade sur les remparts, le visiteur peut faire la classique mais intéressante excursion en bateau le long des falaises et dans les grottes que la nature y a creusé. À moins qu’il ne préfère pratiquer la plongée dans une des calanques où il pourra contempler des fonds splendides, riches de gorgones et parfois même de corail. La réserve naturelle des îles Lavezzi, à quelques minutes de bateau de Bonifacio, mérite à elle seule une journée, avec le célèbre site de “Mérouville”.
