Le 27 septembre, les six groupes de travail du Grenelle de l’environnement ont présenté leurs conclusions. Parmi leurs 119 propositions, un plan volontariste pour le transport public que le Gart évalue à 43,5 milliards d’euros.
Délais tenus: deux mois et demi, 1 000 heures de débat. Les six groupes de travail du Grenelle de l’environnement ont remis le 27 septembre un rapport de 1 000 pages sous forme de clé USB au ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables Jean-Louis Borloo, et à sa secrétaire d’État à l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.
Aux Français de s’exprimer maintenant: ces recommandations sont soumises à un débat public sur internet et dans les régions, avant la table ronde du Grenelle proprement dit, les 25 et 26 octobre, et l’arbitrage final du président de la République sur une vingtaine de propositions.
Dans le domaine des transports, les experts préconisent de ramener d’ici à 2020 les émissions du secteur à leur niveau de 1990. Celles-ci représentent 25 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, et elles ont augmenté de 22 % depuis 1990. Pour atteindre cet objectif, ils font les recommandations suivantes:
– réduire la vitesse maximale autorisée de 10 km/h sur routes et autoroutes. Elle passerait à 120 km/h sur autoroutes, 100 km/h sur voies express, et 80 km/h sur nationales et départementales;
– légaliser le péage urbain;
– créer une écopastille annuelle pour pénaliser les voitures les plus polluantes émettant plus de 140 g de CO2 au km, et représentant environ la moitié des ventes de véhicules neufs en France (grosses berlines, monospace et 4×4);
– doubler le nombre de kilomètres de tramways et de couloirs de bus;
– développer le vélo et la marche à pied;
– instaurer un code de la rue;
– rétablir le vrai coût du transport aérien, notamment avec une taxe sur le kérosène des vols domestiques concurrents du train;
– porter le fret non routier de 14 % aujourd’hui à 25 % du fret total en quinze ans.
En revanche, le groupe de travail transport n’a pas trouvé de consensus sur une taxe kilométrique pour les poids lourds.
Reste la question du coût de ces mesures. Mi-septembre, Jean-Louis Borloo a donc confié aux élus du transport réunis au sein du Gart une mission d’évaluation des investissements nécessaires pour réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports urbains et périurbains à l’horizon 2020. Dans sa copie remise début octobre, le Gart chiffre à 43,5 milliards ce besoin de financement. Et dans un scénario "au fil de l’eau", les autorités organisatrices prévoient un trafic de 49 milliards de voyageurs/kilomètre à l’horizon 2020. Avec des moyens supplémentaires pour développer l’offre, elles estiment qu’elles pourraient atteindre un trafic proche de 60 milliards de voyageurs/kilomètre, soit 11 milliards de voyageurs/ kilomètre supplémentaire. L’enjeu maintenant est de passer du consensus scientifique sur le climat à une action collective. L’idée du péage kilométrique pour les poids lourds, par exemple, suscite toujours une levée de boucliers des professionnels du transport de marchandises (TLF notamment).
Quant à la portée internationale du Grenelle, la France qui va présider l’Union européenne à partir de juillet 2008 profitera-t-elle de l’occasion pour donner à ce brainstorming scientifique et citoyen une dimension européenne?
