En la mettant à 82 minutes de Paris, le TGV Est pourrait bien faire de la ville de Metz une destination phare de week-end. Nichée dans une région hérissée de châteaux et de fortifications, et parée de quelques joyaux d’architecture, la capitale de la Moselle ne compte pas seulement sur son passé pour tirer son épingle du jeu. La belle inconnue va aussi jouer l’atout de l’art contemporain?
Depuis le 10 juin 2007, le TGV dessert l’est de la France, permettant à une clientèle friande de découvertes de passer par la Lorraine le temps d’un week-end, voire d’une journée. Pour la SNCF, qui a mis en service sa première ligne fonctionnant à une vitesse commerciale de 320 km/h, le succès est incontestable. À tel point que quelques jours seulement après son inauguration, le nouveau TGV n’arrivait pas à satisfaire les demandes.
Pour l’heure, les retombées économiques pour la ville de Metz et sa région sont encore difficiles à appréhender. Aucun bilan n’a pour l’instant été établi par le comité départemental du tourisme. Mais tout de même. 60 % des professionnels du tourisme du département se sont dits satisfaits de l’été 2007. Les hébergements ruraux, de même que les sites touristiques et de loisirs, ont affiché un taux de réservation et de fréquentation supérieur à celui de 2006. S’agissant du profil de la fréquentation par contre, pas d’indices d’un quelconque effet TGV. L’été 2007 aura vu le même type de clientèle que 2006: française d’abord, puis allemande, belge et néerlandaise.
La ville de Metz, d’une extraordinaire diversité architecturale, a tous les atouts en poche pour s’assurer un véritable succès. Déjà riche d’un quartier impérial candidat au patrimoine mondial de l’Unesco et d’une gare néo-romane aux dimensions et aux bas-reliefs impressionnants, elle accueillera au printemps 2009 le Centre Pompidou-Metz, la première décentralisation du célèbre site parisien. Situé dans le quartier de l’Amphithéâtre tout près de la gare, le nouveau musée se développera sur 10 000 m2. Il comprendra, outre les multiples espaces d’exposition, un studio de création pour du spectacle vivant, un auditorium, une librairie boutique et un restaurant cafétéria.
Le bâtiment, conçu par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, se présentera comme une vaste structure modulaire autour d’une flèche centrale de 77 mètres de haut et sous un toit inspiré d’un chapeau chinois. La programmation et le choix des œuvres seront faits en étroite collaboration avec le Centre Pompidou, le directeur du projet, Laurent Le Bon, ayant opté pour des expositions exclusivement temporaires. Plus généralement, le Centre Pompidou-Metz sera la pièce maîtresse d’un ambitieux programme urbain confié à l’architecte urbaniste Nicolas Michelin, comprenant notamment un palais des congrès, un parc de 20 hectares, une médiathèque…
Metz a d’autres attraits pour s’attirer une nouvelle clientèle de visiteurs, et notamment sa situation dans un département prolixe en sites patrimoniaux. Riche de sept “pays touristiques”, la Moselle permet d’appréhender des mondes aussi différents que celui des châteaux – comme celui de Malbrouck ou des ducs de Lorraine –, de la mine, de la faïence ou encore du verre et du cristal (voir ci-dessous).
Sa situation géographique permet aussi une lecture à cœur ouvert des trois dernières guerres. Ceux voulant mettre des images sur la célèbre ligne Maginot pourront découvrir deux sites: l’ouvrage du Hackenberg, qui étend ses galeries sur plus de dix kilomètres sous 160 hectares de forêt, et celui du Simserhof, immense ouvrage d’artillerie de 54 hectares.
La citadelle de Bitche, pour sa part, est un joyau encore méconnu. Forteresse érigée par Vauban de 1681 à 1683 sur les ruines d’un château médiéval, c’est un chef-d’œuvre de l’art militaire, qui fut classé monument historique en 1979. Son fait d’armes le plus glorieux fut sa résistance lors du siège de 1870.
Le parcours-spectacle “La forteresse assiégée”, remarquable par sa conception et sa scénographie, en fait revivre toutes les étapes. Depuis 2004, la citadelle fait l’objet d’une importante rénovation quasiment achevée. Visitée par 70 000 personnes en 2007, elle s’enrichira l’an prochain d’une exposition dédiée à la Seconde Guerre mondiale qui devrait amener la fréquentation (constituée de groupes à 20 %) à une centaine de milliers de personnes. Le Jardin pour la paix, ouvert en 2003 aux pieds de la forteresse et étonnant de créativité, avait déjà accueilli en 2006 près de 40 000 visiteurs.
Qu’attendez-vous de l’arrivée du TGV Est?
Sur Bitche même, je n’attends pas grand-chose en termes de retombées économiques. La ville reste à une heure des gares desservies par le TGV et nos clients ne sont pas Parisiens. Il ne faut pas oublier que nous sommes desservis par les low cost qui arrivent du nord de l’Europe et atterrissent à Baden-Baden, à Hahn… L’arrivée du TGV constitue néanmoins une bonne opportunité pour mieux nous faire connaître. Pour la Moselle en revanche, le TGV est une chance extraordinaire. Il double le nombre de personnes qui se situent à deux heures de chez nous, et qu’on peut chiffrer désormais à 20 millions. C’est plus encore Metz qui tirera son épingle du jeu, notamment après l’ouverture de son Centre Pompidou. Il s’agira néanmoins d’un tourisme urbain, où les déplacements pourront se faire exclusivement à pied.
Quelle politique avez-vous sur Bitche vis-à-vis des groupes?
Bitche fait partie des "plus beaux détours de France", qui concerne les villes entre 2 000 et 20 000 habitants. Rien que dans le périmètre géographique voisin, nous en avons sept. C’est incontestablement un atout touristique majeur pour les groupes. Beaucoup d’entre eux viennent pour des thématiques précises: les fleurs, les fortifications et les citadelles… Pour développer cette clientèle, nous répertorions les autocaristes qui viennent à la citadelle et nous démarchons les plus importants pour leur proposer des programmes sur deux jours: le Jardin pour la paix, le site verrier de Meisenthal, le Musée du cristal de Saint-Louis… Si l’on y ajoute une conférence le soir et du shopping dans l’Outlet Center de Zweibrucken – une zone d’une centaine de magasins d’usine – cela peut donner naissance à un programme très intéressant le temps d’un week-end.
Quels sont vos objectifs’
Notre souhait est d’aller vers plus de qualité et vers une clientèle plus argentée. Nous avons deux millions de personnes qui fréquentent chaque année nos forêts, contre 200 000 qui payent pour visiter un musée. C’est cette dernière catégorie que nous visons, afin de l’amener à 300 000 visiteurs. Il faut bien sûr que derrière, nous offrions un hébergement et des prestations de qualité. Sur Bitche même, nous n’avons pas encore d’hôtel pouvant recevoir les groupes, mais cela devrait changer prochainement. Nous avons une marge de manœuvre très importante, et la chance d’avoir dix étoilés au Michelin sur le département.
