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MICHEL EVRARD, PDG DES TRANSPORTS EVRARD

Evrard rejoint le club des centenaires

Les autocaristes qui peuvent souffler les 100 bougies de leur entreprise se comptent sur les doigt des deux mains. Rencontre avec Michel Evrard, dirigeant de la troisième génération des Transports Evrard.

Quelles sont les grandes étapes qui ont marqué la vie de votre entreprise?

– La première grande accélération remonte à 1974, lorsque mon père, Marcel, a fait construire un dépôt de 10 000 m2. Avant, les 25 cars Evrard dormaient sur les parkings de la gare routière de Creil. Pour l’entreprise, cela représentait à l’époque un investissement lourd, l’objectif étant de développer notre activité et la flotte de véhicules.

La deuxième montée en puissance date de 1979, lorsque l’agglomération de Creil a créé un service de transport urbain: nous avons remporté le marché, et la famille Evrard s’est scindée en deux: mon frère Jean-Pierre a pris la direction du Stac (Service de transports de l’agglomération creilloise), je suis resté aux Transports Evrard avec mon père. Deux sociétés distinctes dans lesquelles nous sommes actionnaires à parité. Mon père avait ouvert une agence de voyages en 1985 (adhérente de National Tours Ndlr), mais je la laisse vivoter. Plutôt que de dépenser beaucoup d’argent pour nous implanter en grande surface, je préfère développer ma flotte d’autocars. Aujourd’hui, nous avons 100 ans et 100 véhicules.

Pourquoi délaisser l’activité tourisme?

Cette agence de voyages, nous l’avions créée uniquement pour des raisons fiscales: à l’époque, nous craignions de ne pas pouvoir récupérer la TVA sur nos transports touristiques. Cette crainte ne s’est pas vérifiée, mais nous avons conservé l’agence. Je n’y crois pas vraiment, et mon manque d’intérêt pour cette activité doit être contagieux pour ma responsable d’agence…

Vous avez les autocars dans le sang?

Oui, c’est toute ma vie, je suis né dedans, j’aime le transport. En 1989, j’ai voulu me diversifier un peu en achetant un “un coche d’eau” pour faire du tourisme fluvial et un restaurant flottant sur l’Oise. J’ai fini par revendre la péniche. Le tourisme, ce n’est franchement pas ma tasse de thé. Ouvrir des services de transport pour élèves handicapés comme nous l’avons fait en 2004 me fait davantage vibrer. Pour moi, ces enfants sont une formidable leçon de vie.

Quel est le plus grand succès de votre entreprise?

– Avoir 100 ans! Passer le tournant du siècle nous semblait insurmontable, rentrer dans le club des quelques entreprises centenaires de la profession est notre plus beau succès.

Et quels sont vos projets d’avenir?

Nous n’avons pas d’autres choix que la croissance externe et interne. À Paris (nous avons un bureau sur les Champs Élysées et des véhicules immatriculés 75) et en Île-de-France, nous répondons déjà à 60 appels d’offres pour les transports scolaires occasionnels et la desserte des centres aérés. Nous sommes très présents sur ces marchés depuis sept ans. Maintenant, je veux passer à une nouvelle offensive avec des rachats de PME.

Evrard est-il prêt à passer les frontières de l’Île-de-France et de la Picardie?

Nous avons des pistes hors de nos frontières naturelles et nous sommes prêts à les traverser. Les opportunités sont grandes puisque tellement d’entreprises ont un problème de transmission familiale et se retrouvent à la vente.

Comment faire poids contre la puissance financière des groupes?

Ma force, c’est de pouvoir être très réactif, alors que dans les groupes le processus décisionnel est plus long. Par ailleurs, les chefs d’entreprises familiales préfèrent, dans la mesure du possible, se vendre à une autre PME. Je suis prêt à laisser un dirigeant qui serait à deux ou à trois ans de la retraite aux commandes de son entreprise même si je la rachète. Un argument auquel les autocaristes ne sont pas insensibles.

À quand votre premier rachat?

En 2008, et ce devrait être dans ma région…

Parcours

1907 Désiré et Marguerite Evrard achètent un fiacre stationné à la gare de Creil.

1921 Taxis et camions remplacent les hippomobiles: ils assurent le transport de charbon la semaine, les excursions en forêt de Chantilly le week-end.

1932 Acquisitions des premiers autocars.

1945 Reprise de l’activité transport de voyageurs, développement des taxis et du transport par autocar.

1967 Marcel Evrard succède à son père Désiré.

1974 Il achète un terrain de 10 000 m2, y construit le dépôt et l’espace commercial de l’entreprise.

1979 Jean-Pierre Evrard prend la direction du service de transport de l’agglomération creilloise tout juste créé. Michel et son père Marcel codirigent les Transports Evrard.

1987 Michel succède à son père.

1999 Ouverture d’un bureau parisien, sur les Champs Élysées.

2007 L’entreprise fête ses 100 ans avec 450 invités, le soir du match de rugby France/Irlande!

Evrard en chiffres

132 salariés dont 101 conducteurs

68 autocars, 6 autobus, 26 minicars

CA 2007 transport: 9 millions d’euros

CA agence de voyages: 700 000 euros

Répartition de l’activité transport:

42 % lignes régulières

22 % lignes scolaires

10 % transport de personnel

26 % tourisme et occasionnel

Les vieux sages du transport

• Cars Faure: 159 ans (Rhône-Alpes, 1848)

• Daniel Meyer: 151 ans (Île-de-France, 1856)

• Autocars Lieutaud: 132 ans (Paca, 1875)

• Autocars Blanc: 123 ans (Paca, 1884)

• Autocars Garnier: 119 ans (Rhône-Alpes, 1888)

• Seyt Autocars: 100 ans (Auvergne, 1907)

• Transports Evrard: 100 ans (Picardie, 1907)

UN CLUB DE CENTENAIRES

Les entreprises familiales seraient deux fois plus rentables que les autres, selon une étude des professeurs des Instituts d’administration des entreprises (IAE) de Paris et de Pau, publiée en 2003. Mais que sait-on des entreprises familiales centenaires? C’est la question que s’est posée Bruno Bizalion, ancien directeur marketing de Marie Brizard. Ce consultant a fait un travail de recensement tous secteurs confondus. Résultat: il existe environ 1 200 sociétés françaises dont le capital est entre les mains d’une même famille depuis plus de 100 ans. Dans le lot, sept entreprises autocaristes.

Bruno Bizalion a ensuite créé un club de centenaires logoté pour valoriser les vieux de la vieille. "Pour entrer dans mon club, il ne suffit pas d’avoir plus de 100 ans. Mes adhérents partagent trois valeurs fondamentales: respect du client (souvent, les clients sont les mêmes de père en fils), passion, adaptation et innovation", explique ce dénicheur de centenaires.

Savez-vous que votre grand âge peut être un argument de communication et un avantage concurrentiel? Ceux qui ont compris le plus vite l’intérêt de se référer au passé sont, comme par hasard, ceux qui ont racheté des entreprises familiales: Maille, "maître moutardier à Dijon depuis 1747" (groupe Unilever), ou les enseignes qui ont fait de leur année de fondation le nom d’un produit, comme 1664 de Kronenbourg (Scottish et Newcastle) et 1848 de Poulain (Cadbury). Alors, à quand "Car Faure, transport d’émotions depuis 1848"? Le doyen des autocaristes pourrait se refaire une jeunesse en évoquant son grand âge.

Contact: Entreprises Françaises Centenaires.

Tél.: 01 45 55 09 83. contact@efc-centenaires.fr

www.efc-centenaires.fr

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Auteur

  • Nathalie Arensonas
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