Scania se montre intarissable sur ses ambitions internationales. Tout en refusant de parler chiffres, il dit s’intéresser à presque tous les marchés. Pourtant, Stephan Pettersson reconnaît que l’Europe – France et Allemagne en tête – reste son premier enjeu.
Scania a longtemps privilégié l’Europe pour assurer son développement. Est-ce toujours d’actualité?
– Nous visons également les autres marchés mondiaux. Il est difficile aujourd’hui de ne pas s’intéresser au fantastique potentiel qu’offre la Chine. Même si nous ne souhaitons pas l’aborder comme bon nombre de nos concurrents au travers de joint ventures. Cela pousse à jouer cartes sur table, car il y a toujours le risque de se faire voler sa technologie.
Justement, comment abordez-vous le marché chinois?
– Nous visons le créneau du haut de gamme, car c’est celui qui génère des marges intéressantes. La Chine reste encore largement un marché où la différence se fait sur le prix, et ce n’est pas dans la politique de Scania de jouer cette carte. Pour viser le haut de gamme, nous travaillons avec Higer, un carrossier local à qui nous vendons des châssis. Cette collaboration a débuté en 2006. Elle doit nous permettre de vendre des véhicules en Chine et dans les pays voisins. En nous contentant de vendre des châssis, nous nous protégeons. Il est possible d’en copier le design, mais pas la technologie. Nous avons également signé au mois de juin un accord de partenariat avec le carrossier chinois Jiangsu Alfa Bus. Il prévoit une collaboration pour la production et la commercialisation d’autobus. Dans un premier temps nous avons livrés 25 châssis équipés du moteur Euro 4 de 9 litres. Mais le marché chinois n’est pas le seul centre d’intérêt en Asie. Nous avons récemment reçu une commande record de 500 autobus par la plus importante compagnie de transport public de Singapour.
Êtes-vous également attiré par le second géant asiatique: l’Inde?
– Le potentiel y est également énorme. Mais le terrain est déjà bien occupé par des géants industriels locaux. Nous sommes en train d’étudier la meilleure stratégie pour pénétrer ce marché. C’est déjà fait dans le domaine du camion avec le revendeur Toubrou & Larsen. Il pourrait y avoir une extension vers l’autobus, d’autant plus que les réseaux routiers et les transports urbains sont en pleine modernisation. Nous pourrions aussi développer une offre intéressante pour le créneau du transport régional haut de gamme. Mais pour percer réellement le marché indien, nous serons forcés de passer à la vitesse supérieure. Cela signifie implanter une usine sur place et utiliser des sous-traitants locaux. C’est certainement la seule solution pour être réellement compétitif.
L’Amérique du Sud reste-t-elle une des terres promises de Scania?
– Nous avons traditionnellement eu des bons résultats sur ce continent. Nous sommes depuis de nombreuses années sur le marché brésilien, qui continue sa croissance. Notre offre de châssis répond bien aux besoins des autocars de grande distance, un important marché au Brésil. Ce pays pourrait également offrir de bons débouchés pour notre technologie éthanol. L’Amérique du Sud, c’est également le Bus Rapid Transit. Nous sommes présents dans ce créneau à Bogotta, où nous proposons des véhicules de 15 m en trois essieux et des articulés.
Vous ne comptez pas développer une offre spécifique à ce type de transports, notamment avec des modèles plus longs?
– Nous ne sommes pas persuadés que la recherche de grandes longueurs soit systématiquement la solution idéale. Dans un véhicule articulé, les passagers occupent peu l’espace dans les articulations. Je pense qu’en rapport efficacité / prix, il vaut mieux miser sur du 15 m en trois essieux que sur un véhicule avec une double articulation. Le BRT est avant tout une organisation de transport, le fait de ne pas proposer de véhicules spécifiques ne me semble pas pénalisant.
Scania est un des rares constructeurs occidentaux implantés en Russie. Comment y évolue votre position?
– Le marché russe connaît une tendance très positive. La demande s’oriente vers des véhicules de plus grande qualité, ce qui nous profite naturellement. Notre usine de Saint- Petersbourg, où nous produisons des véhicules de la gamme Omni, principalement pour le marché local, continue de voir son activité croître. En 2006, nous avions enregistré 60 % de commandes en plus pour atteindre les 400 unités. Pour faire face à cette évolution positive, nous prévoyons de construire une seconde usine en Russie.
Pensez-vous que le marché européen puisse vous offrir des perspectives de croissance?
– L’Europe reste un marché essentiel pour Scania. Il est stable, important, et nous y avons encore de bonnes perspectives de croissance. Notamment sur les deux principaux pays que sont l’Allemagne et la France. Nous devons accentuer nos efforts sur ces deux marchés où nos résultats ne sont pas encore en adéquation avec le poids de Scania à l’échelle mondiale de l’industrie de l’autocar et de l’autobus.
– Parts de marché en France: 1,5 %
– Sites de production: 4
– Production mondiale (véhicules et châssis): 5 937
– Pays où le constructeur est commercialisé: 22
