À l’heure du bilan, les transporteurs privés se félicitent d’avoir su pallier le déficit de trains et redorer l’image de l’autocar.
Il aura fallu attendre le début des négociations tripartites du 21 novembre pour que les usagers des transports commencent à espérer une issue au conflit. Mais ce n’est que le 23 novembre, après neuf jours de grève, que le trafic est revenu à la normale, notamment à la RATP où la base est restée sourde aux appels des syndicats, offrant deux jours de galère supplémentaires aux Franciliens.
Après les actes, place au bilan. Les conséquences économiques du mouvement sont lourdes. Les évaluations les moins pessimistes évoquent une perte quotidienne de 120 millions d’euros, dont l’économie française se serait bien passée. Le chiffre pourrait s’alourdir avec les promesses d’indemnisation des usagers faites par la RATP et la SNCF. Mais dans la morosité des bouchons et la cohue des gares, les transporteurs privés ont été massivement mobilisés pour pallier la désertification des voies ferrées. Près de 2 500 véhicules ont été quotidiennement affrétés par la SNCF, via sa filiale Effia, en province comme en Île-de-France. Certains maires franciliens ont aussi tenté d’organiser des services de navettes pour leurs administrés.
Pour les autocaristes, c’est une manne financière bienvenue en cette période creuse. "L’activité de nos lignes TER routières a été revue à la hausse pour faire face aux grèves. Par ailleurs, Effia nous a affrété une dizaine de véhicules supplémentaires pour assurer un service de transport de substitution, témoigne Jean-Baptiste Maisonneuve, Pdg des Voyages Maisonneuve, en Rhône-Alpes. Cette grève s’est déroulée à une période où notre activité est généralement peu soutenue. Cela nous a permis de répondre efficacement à cette demande exceptionnelle. Au mois de mai, par exemple, nous aurions été plus embêtés. Financièrement, l’opération est plutôt intéressante. Mais il est impossible de profiter de l’effet d’urgence pour pratiquer des tarifs prohibitifs. Ils sont calés sur la grille tarifaire du TER routier".
Le respect des tarifs a été appliqué, malgré une demande soutenue d’Effia. "Nous avons mis à disposition plus de 200 autocars pendant la durée de la grève. Il est arrivé qu’Effia nous en réclame près de 70 d’un coup quand nous ne pouvions en proposer qu’une trentaine. La demande a été bien supérieure à l’offre. L’autocar est devenu une denrée rare", explique Michel Evrard, dirigeant des Transports Evrard, à Creil (Oise). Ainsi, l’autocar a joué le rôle de sauveur des usagers en peine.
Cela peut-il contribuer à améliorer son image? Certains laissés-pour-compte de la SNCF ont vu en lui un moyen de transport moins confortable, long et incapable de s’extraire en temps voulu des embouteillages. "Même si on mettait à disposition des véhicules haut de gamme, l’autocar serait perçu comme un mode de transport dégradé", regrette Jean-Baptiste Maisonneuve. Ce sentiment pessimiste n’est pas partagé par Michel Evrard: "Cela a été profitable pour l’image de la profession. Nous n’avons eu que des remontées positives. Les gens nous remerciaient de leur proposer un moyen de transport. Mais nous n’avons pas opéré de services vers Paris, ce qui nous a permis de ne pas trop souffrir des conditions de circulation et d’offrir un service efficace".
