Newsletter S'inscrire à notre newsletter

Magazine

MICHEL SALAÜN, PDG DU GROUPE SALAÜN

"Je veux me recentrer sur mon métier de voyagiste"

La stratégie de certaines entreprises ne peut laisser la profession indifférente. Il en est ainsi du Groupe Salaün qui, sans renier son statut d’autocariste, commence à se séparer d’une partie de son transport conventionné au profit de Veolia Transport. Michel Salaün veut asseoir son développement sur le seul tourisme.

Vous avez signé en août dernier un protocole d’accord concernant la cession de la SAS Douguet Autocars. Le métier de voyagiste prend-il chez vous le pas sur celui d’autocariste?

– Ce n’est pas comme cela qu’il faut analyser cette opération. Il y a longtemps que nous nous interrogeons sur la pertinence de conserver au sein de notre groupe une activité liée au transport conventionné. C’est une simple question d’arithmétique: nous réalisons un chiffre d’affaires global de 160 millions d’euros, dont 35 millions dans le transport routier de voyageur (hors agences) et 5 millions avec les services scolaires et les lignes régulières. Or, nous ne souhaitons pas nous développer sur ces derniers créneaux, mais dans le métier de voyagiste et le tourisme en autocar. Cette réflexion ne date pas d’hier, puisque nous avions déjà discuté de cette option avec le groupe Verney en 1999, avant son rachat. En Belgique par exemple, nous avons vendu 12 lignes de transport scolaire à Eurobussing en juillet dernier. Dans le Finistère, les premiers pourparlers avec Veolia Transport datent de 2006, et j’ai finalement décidé cet été de leur céder la SAS Douguet Autocars, après avoir organisé le rachat de National Tours. Installée sur la presqu’île de Crozon, cette filiale réalise 1,2 million d’euros de CA dans le transport conventionné, et sort donc vraiment du cadre de notre stratégie. La reprise devrait être effective début 2008.

Est-ce à dire que vous pourriez envisager la cession de toute votre activité conventionnée?

– C’est tout à fait possible. Si nous voulions nous développer dans cette activité, il fallait que nous procédions à des opérations de croissance externe, ce qui est difficile. En revanche, il ne s’agirait pas alors de vendre une entreprise. Le conventionné fait partie de l’activité de plusieurs de nos sociétés qui resteront au sein du groupe. Précisément, nous pourrions envisager de céder le fonds, c’est-à-dire les contrats en cours avec les autorités organisatrices. Légalement, il faut simplement que “l’économie” des contrats soit respectée, que l’AO soit prévenue et d’accord, et que la vente n’engendre pas de situation de monopole pour l’acheteur. Dans tous les cas, les matériels et le personnel affectés au conventionné sont repris par ce dernier.

Une telle évolution modifierait-elle le fonctionnement de votre groupe?

– Après une pareille vente, il nous faudrait simplement revalider les comptes d’exploitation de chaque société concernée. Mais nous fonctionnons par centres de profits, et le transport conventionné en est un parmi d’autres. Il n’a jamais fait vivre seul le Groupe Salaün, et nous ne réutilisons pas les véhicules scolaires pour une autre activité.

Vous vous lancez dans cette stratégie pour avoir les mains plus libres dans le voyage, quelles sont vos perspectives dans ce domaine?

– C’est vrai qu’une telle cession nous donnerait encore plus de liberté pour nous concentrer sur le tour-opérating et le tourisme en autocar. Par exemple, en agrégeant toutes nos activités de voyagiste, nous sommes dans les dix premiers TO français. L’aérien moyen et long courrier représente déjà à peu près 80 % de notre activité, et ne demande qu’à croître. Pour autant, nous sommes prêts à miser beaucoup sur le tourisme en autocar.

Nos filiales Standing Euro Tours en région parisienne ou Voyages Jouanno en Bretagne ne font par exemple que du tourisme, et sont particulièrement rentables. Nous sommes peut-être le plus grand pourvoyeur de voyages organisés en autocar de l’Hexagone. On peut dire que 33 % des 145 000 personnes qui voyagent grâce à nous le font en autocar. Ce qui représente 18 % de notre volume d’affaires tour-opérating. Nous faisons tourner 70 à 80 autocars de grand tourisme sur huit mois de l’année avec les voyages organisés par notre structure TO.

Qu’est-ce qui vous permet d’être aussi optimiste quant à l’avenir du tourisme en autocar?

– C’est notamment la réussite de notre concept Royal Class qui me laisse entrevoir d’excellentes potentialités de cette activité. Nous sommes d’abord partis du principe que nous vendions un service et pas un prix. Ensuite, nous pensons que pour que les gens aient envie de voyager dans nos autocars, il faut leur proposer un confort se rapprochant de la “business class” aérienne. Nous avons donc réduit le nombre de passagers par véhicule. Dans un 12,80 m, nous installons 40 personnes, ils sont 44 dans un 14 m classique et 64 dans un double-étage de 14 m. Autant dire que le confort prime. En plus, nous fournissons des accessoires: plaids, coussins repose-nuque, bouteille d’eau, etc. Et cela fonctionne. À terme, nous pensons ne plus commercialiser que du Royal Class.

Votre clientèle sera-t-elle toujours prête à accepter les surcoûts engendrés par l’extension de ce concept à toute votre production?

– Par expérience, je sais qu’un client est toujours prêt à payer un peu plus cher lorsqu’il est bien traité. C’est d’autant plus vrai que nous n’arrêtons pas notre service global au seul confort du véhicule. Nous travaillons aussi beaucoup sur les transferts de nos clients dans nos véhicules de neuf places. Notre but est qu’ils passent le moins de temps possible en navette, et que le car ne fasse pas de ramassage en porte à porte.

Compte tenu de notre position géographique, nous allons d’ailleurs investir à terme dans la création de véritables “hubs” à Nantes et à Rennes. Il s’agira de disposer d’un local agréable pour attendre que tous les passagers soient réunis, avec des journaux, des hôtesses, du café et un parking sécurisé pour les voitures des clients. Un système “normal” pour l’aérien, qui doit le devenir aussi dans le tourisme en autocar. C’est un projet qui mobilise déjà nos énergies.

Vous étoffez régulièrement votre réseau d’agences. Visez-vous une couverture nationale?

– Le Groupe Salaün possède aujourd’hui en propre 35 agences, quinze agences National Tours et six points de vente en Belgique. Parallèlement, nous avons 24 partenaires Salaün répartis sur 26 départements, et 40 partenaires National Tours. Nous couvrons pour l’instant le Grand Ouest. L’an prochain, nous développerons les partenariats Salaün dans l’Est et le Nord, et National Tours plutôt dans la vallée du Rhône. Dans tous les cas, nous misons sur des espaces d’accueil agréables, avec une qualité de réception digne des grandes enseignes.

Le tourisme en autocar aurait du mal à se vendre en agences de voyages traditionnelles, et vous ne semblez pas partager cette opinion, pourquoi?

– Parce que mon expérience me prouve le contraire. Avec du dynamisme, un bon concept et quelques efforts de présentation, l’autocar devient un produit comme les autres. Dans l’Est de la France, nous avons mis en place un partenariat important avec les agences Carlson Wagon Lit Voyages. Aujourd’hui, 25 % des produits Salaün vendus par elles sont des voyages en autocar. Ce qui démontre bien qu’ils ne sont pas condamnés à rester dans les seuls points de vente autocaristes, et surtout qu’ils possèdent encore une forte capacité de développement.

Marque déposée par le groupe Salaün.

LE GROUPE SALAÜN EN CHIFFRES

– Salaün Autocars possède 5 filiales qui exploitent un total de 330 véhicules.

– Salaün Evasion possède 35 agences de voyages en propre, plus 15 agences National Tours et 7 points de vente en Belgique. Un total auquel il faut ajouter 64 agences partenaires de l’une ou l’autre marque.

– Le chiffre d’affaires 2007 du groupe s’élève à 160 millions d’euros, dont 35 millions en transport hors agences et 5 millions en transport conventionné.

– 145 000 personnes voyagent chaque année avec Salaün Evasion, dont 33 % en autocar.

Retour au sommaire

Auteur

  • Pierre Cossard
Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format