Rien de vraiment funèbre dans ce musée du Corbillard à Cazes-Mondenard (Tarn-et-Garonne). Si son fondateur est mort en 2006, le lieu n’a pas pour autant fermé "pour cause de décès". Car les pompes funèbres d’antan réjouissent toujours les visiteurs.
Philicorbiens. Sous ce terme étrange et peu courant, se cache une passion: celle des corbillards. Yvan Quercy, aujourd’hui disparu, fut de ceux-là. Cet intérêt lui est venu le jour où, voulant acheter une calèche, on lui proposa d’acquérir un de ces véhicules pour la modique somme de 50 francs (soit 7,62 euros). “Accompagné ce jour-là par un journaliste d’Europe 1, ce dernier fit passer sur les ondes un message signalant qu’un amateur s’intéressait à ce moyen de transport peu ordinaire”, raconte son épouse Mary-France Quercy.
Affluèrent alors de toutes les régions des corbillards offerts par les communes, trop heureuses de pouvoir céder ces voitures condamnées au bois de chauffe. En 1987, il décide de faire découvrir sa collection au grand public, et construit lui-même les locaux qui abriteront son musée du Corbillard et de l’Attelage à Cazes-Mondenard, une commune proche de Moissac, dans le Tarn-et-Garonne. L’initiative est unique en France.
Au premier étage du bâtiment, de nombreux attelages et machines agricoles se partagent la vedette. Il faut monter au second pour découvrir l’étonnante collection de corbillards d’Yvan Quercy, que son épouse et ses enfants continuent d’enrichir chaque année. Une centaine de pièces datant du début du 20e siècle y sont exposées, rangées en ligne, les unes à côté des autres. “Et aucune ne se ressemble”, affirme Mary-France Quercy.
S’y côtoient un corbillard fabriqué avec des roues de charrette, un autre équipé de roues de bicyclette, un troisième en forme de bateau, conçu en tôle, parce que le chemin menant au cimetière de l’église empruntait une petite rivière, un quatrième décoré de plumeaux marquant la catégorie sociale à laquelle appartenait le défunt (plus ils étaient nombreux, plus on était de la bonne société), etc.
La visite est toujours guidée, mais le commentaire ne s’attache pas uniquement à l’histoire de chaque corbillard. “C’est aussi l’occasion de parler du dernier voyage, de démystifier la mort, ajoute Mary-France Quercy. Les visiteurs que nous recevons, et notamment les groupes, ne sont généralement pas avares de questions dans ce domaine”. Au terme du parcours, une dégustation de vins est proposée. Il est même possible de se restaurer dans l’établissement tenu par la famille. Pour rester dans la tradition des “funérailles d’antan” chantées par Brassens.
– Ouvert tous les jours, de 9 h à 20 h, du 1er avril au 30 octobre.
– Visite guidée (1 h environ), suivie d’une dégustation de vins accompagnée de toasts.
– Restaurant d’une centaine de couverts.
– Gratuité conducteur et accompagnateur.
– Parking sur place.
– Tél./fax: 05 63 95 84 02.
Au point de vue étymologique, "corbillard" tire son nom de la ville de Corbeil-Essonnes.
À l’origine, il désignait une sorte de péniche qui faisait la navette entre Corbeil et Paris.
Il a ensuite été employé pour décrire un carrosse bourgeois. Quant à son sens actuel, il date de 1798. L’ancêtre du corbillard naquit au Moyen Âge en Europe, époque où l’on adopta la coutume de construire des sarcophages de plus en plus lourds pour les défunts. Mais l’emploi d’animaux, comme le cheval, était jugé indigne. Il a fallu attendre le 18e siècle pour que se répande la pratique de transporter les défunts à l’aide d’un char hippomobile, lequel prit alors le nom de corbillard. Au 19e siècle, celui-ci connut un véritable essor. Avec les débuts de l’automobile un siècle plus tard, le cheval céda peu à peu sa place au moteur à essence. Selon les historiens, ce fut le 15 janvier 1909 à Chicago que se déroulèrent les premières funérailles utilisant un corbillard motorisé.
