Deuxième volet de notre série consacrée aux enjeux du transport public dans les élections municipales. Cette semaine, Bus & Car donne la parole aux candidats à la mairie de Lyon: Gérard Collomb, maire sortant, et son principal challenger, Dominique Perben, ancien maire de Chalon-sur-Saône et ex-ministre des Transports.
Si l’on en croit les sondages, c’est Gérard Collomb, l’actuel sénateur-maire, qui devrait l’emporter largement en mars face à l’ancien ministre des Transports, Dominique Perben (UMP). À Lyon, les enjeux politiques nationaux semblent marquer le pas sur les réalités locales. D’un côté un candidat sortant qui n’affiche pas vraiment son appartenance au Parti socialiste, de l’autre un ancien membre du gouvernement Villepin qui ne joue pas trop non plus l’étiquette UMP, d’autant moins depuis la chute de popularité de Nicolas Sarkozy… Les dossiers locaux – au premier rang desquels la qualité de vie et la mobilité – n’en sont que plus cruciaux. Surtout lorsque le maire sortant, Gérard Collomb, peut afficher le Vélo’v au bilan de ses réalisations en matière de déplacements doux. Les nouveaux adeptes du vélo en libre-service vont-ils rouler pour l’équipe municipale en place?
– Comment jugez-vous les transports en commun de l’agglomération lyonnaise?
Gérard Collomb: Au cours de mon mandat, nous avons conforté l’offre de transports en commun notamment en site propre (quatre lignes de métro, trois de tramway, sept de trolleybus) avec un maillage dense et un rééquilibrage à l’est. Désormais, avec la troisième ligne de tram, Décines est à 20 minutes du centre ville et beaucoup de jeunes ménages s’y installent sans se couper de l’attractivité du cœur de Lyon.
Autre exemple, le métro prolongé au Carré de soie permet de rejoindre le centre en un quart d’heure. Aujourd’hui, si les “Grands Lyonnais” possèdent plus de voitures, la récente enquête ménages montre qu’ils s’en servent moins: la part de l’automobile est tombée à 47,4 %, une première en France!
Ces nouveaux comportements indiquent aussi une nette progression de la mobilité en transports collectifs urbains: après Paris, Lyon est en tête des agglomérations françaises pour la qualité et l’utilisation des transports collectifs. Si je suis élu, mon objectif est de densifier et de rendre plus efficace l’ensemble du réseau pour fidéliser les nouveaux clients des transports publics.
Dominique Perben: À Lyon, la situation générale de la circulation est très critique. Ce n’est pas une fatalité, mais principalement le résultat de décisions sans cesse reportées en terme de grandes infrastructures. Je pense tout particulièrement au projet du tronçon ouest du périphérique qui est au point mort depuis sept ans… Dans ce contexte, il faut rétablir au plus vite la liberté pour chacun de se déplacer, la mobilité pour tous, et les combiner avec l’amélioration de la qualité environnementale. Il faut donc amplifier le développement des transports en commun. L’agglomération lyonnaise dispose d’un réseau de transport public conséquent, mais qui ne répond pas à ces objectifs. Le périmètre de rayonnement du Sytral (l’autorité organisatrice des transports, Ndlr) est insuffisant, la coordination des différents modes de transport est lacunaire. Certains territoires denses de l’agglomération n’ont bénéficié que de très peu d’investissements ces dernières années, alors que la demande de mobilité, notamment en transport public, se développe.
– Si vous êtes élu, quelles seront vos priorités d’investissements pour les transports collectifs?
G. C.: Nous souhaitons créer des liaisons entre le centre de Lyon et les communes périphériques, mais aussi des liaisons nord-sud. Le projet A7 permettra, par exemple, de relier la Confluence à Gerland (en connexion avec le métro) puis au quartier du Moulin à Vent, et enfin, à Villeurbanne. Le projet A8 desservira la deuxième couronne à l’est. Un vrai maillage du territoire pour ne laisser personne de côté. Pour cela, nous augmenterons l’offre en site propre. Nous avons d’ores et déjà lancé la création d’une nouvelle ligne de tram, T4 (Vénissieux/Feyzin), et deux nouvelles lignes de trolleybus (Caluire et Rillieu). L’enquête publique sur le prolongement de la ligne B du métro jusqu’à Oullins, voire le centre hospitalier de Lyon sud à Pierre Bénite, est en cours. Et depuis septembre 2007, une tarification intermodale a été mise en place pour l’ensemble de l’agglomération.
Il nous reste à améliorer l’offre de transport intermodale et multimodale. La cinquième gare de Lyon dédiée aux autocars interurbains sera opérationnelle en 2009. Voici un exemple concret de nos efforts pour interconnecter tous les bassins de vie de l’aire métropolitaine. Le Réseau express de l’aire urbaine lyonnaise (REAL), le RER lyonnais, va lancer des dessertes ferroviaires cadencées, avec des parking relais en gare pour permettre à ceux qui habitent à 30 kilomètres de Lyon d’y laisser leur véhicule. Le succès des 17 parcs relais – tous utilisés à plein – nous conforte dans cette voie.
Enfin, l’association Auto-partage propose un service de location de voiture avec accès dans les parkings de la presqu’île. C’est aussi une piste intéressante. Personnellement, je réfléchis à la possibilité de vendre ma voiture pour en louer une les week-ends, cela revient moins cher.
D. P.: J’aurai l’occasion prochainement de présenter de manière détaillée mon programme relatif aux déplacements, et naturellement son volet central: les transports en commun. Je donnerai la priorité au métro, synonyme de qualité de vie, de ponctualité, de rapidité mais aussi de développement urbain et économique. Il n’est pas anodin de constater que les grandes métropoles européennes ont systématiquement choisi le métro, plutôt que le tramway…
– Si le financement des transports urbains doit évoluer, quelles pistes préconisez-vous?
G. C.: Concernant le péage urbain, je me suis clairement exprimé sur ce sujet: je ne préconise pas ce mode de financement pour les transports. Compte tenu du désengagement de l’État, il est vrai qu’il y a urgence à réformer le système de financement. L’une des pistes les plus intéressantes actuellement à l’étude pourrait être la décentralisation des amendes de stationnement. Cela permettrait à la collectivité de fixer librement leur montant, d’organiser plus efficacement leur recouvrement, et de récupérer le produit des amendes pour l’affecter aux transports collectifs.
D. P.: Donner la priorité aux transports publics urbains signifie clairement qu’il faut leur affecter de nouvelles ressources. En la matière, seule la combinaison modulée de différents dispositifs comme le péage urbain mais d’autres encore (par exemple un pourcentage de la TIPP, une taxation sur les plus-values foncières, le produit des amendes de radars) rendent cette approche possible. Je défends l’idée que chaque agglomération doit pouvoir moduler ces modes de financement en puisant dans une véritable panoplie de ressources mises à disposition par le législateur.
C’est cette approche qui permettra de coller véritablement aux besoins mis en évidence dans le PDU, et sur lequel je compte d’ailleurs retravailler si je suis élu.
– Après Vélo’v, quels autres modes de déplacement doux voulez-vous promouvoir?
G. C.: Vélo’v est déjà une belle idée dont nous pouvons légitimement être fiers. Pour l’engouement qu’il a suscité auprès des Lyonnais d’abord, mais aussi pour son développement dans bien d’autres villes françaises. Mais Vélo’v est la partie la plus médiatisée de notre plan en faveur du vélo, il ne faut pas oublier les efforts d’aménagement de pistes cyclables. Plus de 30 km sécurisés ont été réalisés ces dernières années, et il est prévu de poursuivre avec 150 km de plus. Vélo’v n’est pas non plus le seul promoteur des déplacements doux. L’aménagement de cinq kilomètres entièrement dédiés à la promenade sur les berges du Rhône est aussi une belle réalisation. Dans le même esprit, nous allons lancer le projet “Rives de Saône”. Il s’agit de rendre les fleuves aux Lyonnais. Notre volonté est d’aménager une “ville mobile durable”.
D. P.: J’aurai prochainement l’occasion de détailler notre dispositif expérimental de location de voitures électriques sans permis.
– Que pensez-vous du service garanti dans les transports publics?
G. C.: Comme tous les usagers des transports, je n’apprécie pas les perturbations. Mais le droit de grève existe, et il est fondamental. Au lieu de m’interroger sur un service minimum dans les transports en commun, je préfère privilégier l’écoute et le dialogue social. C’est moins radical, mais tout aussi efficace.
D. P.: En tant qu’ancien ministre des Transports, j’ai eu l’occasion d’aborder le sujet et je le connais particulièrement bien… Le service garanti dans les transports collectifs qui a été acté par la loi est un bon dispositif car il permet de combiner deux notions qui se sont jusqu’à présent opposées: l’exercice du droit de grève et la continuité du service public.
