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INTERVIEW: FABIENNE KELLER, maire UMP, et ROLAND RIES, candidat PS

Strasbourg: le retour du "père" du tramway?

Le tandem Fabienne Keller-Robert Grossmann joue sa place à Strasbourg. Le socialiste Roland Ries, ancien bras droit de Catherine Trautmann et "père" du tramway, semble en effet en bonne voie pour lui reprendre le fauteuil qu’il a déjà occupé pendant l’intermède de la "grande Catherine" au ministère de la Culture.

Dans la capitale alsacienne, la campagne donne lieu à une guerre de tranchées mais finalement, les lignes sont assez proches, y compris sur le thème des transports urbains. En 2001, le tramway new look et sa forte médiatisation n’ont pas suffi à remettre en selle l’équipe socialiste, fragilisée par des luttes intestines. Sept ans après, en dépit de leurs divergences affichées, les deux principaux candidats, l’UMP Fabienne Keller et le socialiste Roland Ries, se rejoignent sur la nécessité de développer le tramway et le vélo face à l’engorgement automobile.

Depuis le début des années 90, le succès du tram ne s’est pas démenti et tour à tour, gauche et droite ont assuré son développement. Avec les extensions en cours de réalisation, le réseau atteindra en 2008 près de 54 km (contre 600 km avant son démantèlement dans les années 60). Le vélo lui, peut se targuer de 500 km de pistes cyclables. Le point noir restant la saturation du réseau routier pour accéder au centre ville, deux projets lourds de transport public doivent aussi voir le jour: un tramway sur pneus annoncé par le conseil général et un tram-train voulu par la région. Mais les enjeux financiers retardent leur réalisation.

Quels sont vos projets pour les transports publics?

Fabienne Keller: Nous voulons privilégier les modes de transport doux. Depuis trois ans, nous avons associé les habitants à nos réflexions sur le thème de l’éco-mobilité, pour une ville plus agréable à vivre. Il n’y a encore rien de visible, mais nous avons aussi lancé un grand débat sur l’intermodalité. Nous mettons à disposition des entreprises des outils pour encourager cette démarche: par exemple, un club qui compte déjà une trentaine de membres, administrations et grandes sociétés, avec des plans de déplacements. Strasbourg est en pointe grâce au tramway, mais l’objectif, c’est de faire évoluer les comportements sur toute la chaîne de déplacements.

Roland Ries: Je me réjouis que nos successeurs aient repris le projet du tramway et réalisé 13 km supplémentaires de lignes. À l’origine, Robert Grossmann (co-listier de Fabienne Keller à la mairie, Ndlr) était hostile à l’idée d’un tram. Le problème, c’est que l’équipe sortante considère tous les modes de transport à égalité: dans ces conditions, la voiture sera toujours privilégiée. Je raisonnerai plutôt en zones de pertinence des modes de transport. Il faut orienter les choix modaux, faciliter les modes les plus appropriés selon les zones. Lorsque nous étions aux commandes de Strasbourg, nous avions réduit la place de l’automobile en ville. L’équipe actuelle a développé des voieries nouvelles. L’entrée de la Robertsau en est le parfait contre-exemple: c’est un vrai plat de nouilles!

Je suis partisan des modes alternatifs à l’usage privatif de la voiture. Ma cible n’est pas l’automobile, mais un certain usage de l’automobile. Il faut promouvoir le covoiturage, le transport à la demande associé au vélo. Les accès routiers à la ville sont saturés. Pourquoi ne pas favoriser ceux qui pratiquent le covoiturage avec des passages réservés ou des facilités de stationnement? L’émiettement des autorités organisatrices est également dommageable à une vision cohérente de l’offre de transport. Je suis favorable à une structure de planification des investissements à l’échelle régionale. Et également à une solution de partenariat public-privé pour financer des grandes infrastructures de transport.

Tramway et tram-train resteront-ils vos priorités pour le bassin de transport de l’agglomération?

F. K.: Nous avons poursuivi le développement du tram, mais l’intermodalité reste à travailler. Avec le pôle multimodal de la nouvelle gare TGV, nous étions en première ligne avec la SNCF et RFF. Cela semblait compliqué, mais l’effet est très positif pour l’ensemble des modes de transport. Nous poursuivrons les extensions du tram vers le Zénith, la Robertsau et Illkirch. Vers Kehl (la ville allemande frontalière, Ndlr) se pose le choix du tram ou du tram-train. Il faudra mener la réflexion avec le pays de Bade dans le cadre de l’eurodistrict.

Il existe également un maillage ferroviaire intéressant qui reste peu exploité dans la communauté urbaine. Il faut négocier avec la région pour réactiver et moderniser certaines gares. À l’entrée ouest de l’agglomération, le tracé du tram sur pneus (un projet du conseil général, Ndlr) n’est pas encore arrêté, mais il serait envisageable d’avoir une gare intermodale et une tarification intégrée avec le tram.

R.R.: La priorité des priorités, c’est le tram-train. Il faudra le prolonger au-delà de l’Esplanade vers Kehl et Offenbourg (en Allemagne). Son avantage est double: il est économique car il utilise les réseaux SNCF et DB, et il apporte une solution aux problème des pénétrantes urbaines. La réponse de mes adversaires politiques, c’est le Grand Contournement Ouest: c’est une mauvaise réponse à un vrai problème. Il ne règle pas la question de la pénétration urbaine. Ensuite, il faudra desservir Eckbolsheim et le Zénith. En attendant la prolongation de la ligne A depuis Hautepierre, les accès routiers vont être saturés. Mais ils ont voulu ouvrir le Zénith avant les élections…

Quelle place accordez-vous au vélo en ville?

F. K.: Nous avons lancé un grand débat sur le sujet du vélo. “Vélib” est à la mode, mais Strasbourg est dans un autre équilibre que Paris ou Lyon. Tous les jours, il y a déjà 1 500 cyclistes en mouvement place de la Gare. Il ne s’agit pas de créer un libre-service qui remplace les vélos personnels. Il faut éviter de phagocyter “Vélocation”, notre service de location de bicyclettes urbaines, et additionner du service. Nous avons modernisé les parkings voitures et installons des emplacements à vélo dans les plus grands. Chaque fois qu’on crée un outil comme cela, il est rapidement saturé. L’intermodalité, c’est aussi nos “vélos parcs” positionnés aux principales stations de tram et de bus pour un rabattement de proximité.

D’autre part, nous réfléchissons aussi à un système de Batobus.

R. R.: Le “tandem” annonce la réalisation de 450 km de pistes cyclables mais il y en avait déjà 400 sur le territoire de la communauté urbaine à mon départ de la mairie en 2000.

Je propose trois axes pour promouvoir le vélo: accentuer la sécurité, en développant le site propre; lutter contre le vol en multipliant les parkings sécurisés; et favoriser une culture vélo. Ce mode de déplacement ne doit pas être le parent pauvre. Il peut servir au quotidien pour aller travailler.

Avec “Vélib”, Paris a réalisé une opération forte de promotion. Le tandem n’a pas choisi cette solution. Pourtant, l’usage partagé du vélo est une solution d’avenir. Les modalités pratiques m’importent peu, c’est le résultat qui compte.

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Auteur

  • Conrad Freeling
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