Ne nous y trompons pas, c’est une révolution planétaire à laquelle nous assistons ces derniers temps. La vraie vedette du salon de l’automobile de Genève n’était pas signée Ferrari ou Porsche, mais une petite voiture vendue 1 650 euros et construite par l’Indien Tata. Les premiers 4×4 “made in China” commenceront dans quelques mois à rouler dans l’Hexagone. Et cette semaine, les seuls autocars que vous pourrez découvrir au MAP sont eux aussi chinois. Cette arrivée en ordre dispersé met en lumière deux phénomènes. Le premier est industriel. Malgré leur assurance, les constructeurs du Vieux Continent, qui ont déjà largement délocalisé leur production, se trouvent aujourd’hui devant un défi qu’ils auront bien du mal à relever. Renault, créateur de la Logan, a par exemple annoncé clairement qu’il ne voyait pas comment concurrencer la nouvelle Tata. Sinon en s’associant avec un constructeur indien. Ce qui est valable dans l’automobile s’appliquera-t-il demain à l’autocar? En son temps, le raz de marée du Récréo tchèque d’Irisbus a démontré à sa façon la validité d’une telle hypothèse. Les grandes marques se rassurent en prédisant à leurs nouveaux concurrents une décennie d’adaptation. Les mêmes considéraient souvent les premiers pas d’un King Long en France comme possibles dans cinq ou six ans…
À l’échelle macro-économique, cette offensive industrielle démontre aussi que ces marques peuvent maintenant servir leurs marchés intérieurs avec des produits adaptés aux ressources locales. Se poseront donc très rapidement des problèmes d’énergie et de pollution. Lorsque la population indienne se tournera massivement, et légitimement, vers l’achat d’une voiture “dans ses prix”, qu’en sera-t-il de la qualité de l’air à l’échelle du sous-continent, et du prix du baril de brut en mer du Nord? L’économie occidentale est habituée à capter les richesses pour s’alimenter, elle va sans doute devoir apprendre à partager les pénuries. Paradoxe, c’est la Chine, encore elle, qui pourrait donner l’exemple, en imposant dès 2020, que la moitié des voitures vendues dans le pays roulent à l’électricité. En France, nous avons lancé un Grenelle de l’environnement il y a déjà quelque temps. Où sont les mesures fortes tant promises à l’époque?
