C’est par les transports publics que la campagne des municipales a vraiment démarré à Nantes. Le candidat du Modem a tenté d’exister en proposant la gratuité. Les deux principaux rivaux, le maire sortant Jean-Marc Ayrault et sa challenger Sophie Jozan en ont vite écarté l’idée.
La proposition a été vite recalée par les deux principaux candidats. En bonne gestionnaire, Sophie Jozan, UMP, défend l’équilibre entre le tramway, les bus en site propre et l’accessibilité de Nantes en voiture. Jean-Marc Ayrault, actuel maire PS, vient de répliquer en proposant de construire plutôt un réseau express de tous les transports publics dans l’aire urbaine. Les deux rivaux précisent pour Bus & Car leurs points de vue sur le transport public dans l’agglomération dont ils briguent le fauteuil de maire.
– Votre concurrent du Modem milite pour la gratuité des transports, que lui répondez-vous?
Jean-Marc Ayrault: Je remarque qu’aucune grande ville d’Europe ne la pratique. Cette proposition n’est pas sérieuse. Elle est même ruineuse. Elle donnerait un coup d’arrêt à nos investissements et à l’amélioration constante de la qualité de l’offre de transport. Nous préférons une large gamme de tarifs ciblés. Nous prévoyons des tarifs spéciaux pour les travailleurs non imposables, les ex-étudiants qui démarrent dans la vie active, et les familles nombreuses.
Sophie Jozan: Nous avons travaillé sur cette option mais lorsque des villes dépassent 150 000 habitants, on bute sur les dépenses d’investissement et de maintenance. Surtout s’il s’agit de tramway. La gratuité nous conduirait à creuser les déficits publics. De plus, elle ne me semble pas le meilleur moyen de responsabiliser les citoyens.
– Comment jugez-vous les transports publics à Nantes et dans son agglomération?
J.-M.A: Notre réseau permet à tous les habitants de se déplacer rapidement, confortablement et à un coût modique. Les efforts, depuis 15 ans, ont permis de développer une offre de transport innovante avec le busway, les navibus et trois lignes de tramway qui nous positionnent à la première place, en France, en nombre de kilomètres offerts. Les transports en commun représentent le premier budget de Nantes Métropole avec 77 millions d’euros en 2007. La fréquentation est en constante augmentation, le vélo progresse, les plans de mobilité séduisent les entreprises, et une offre de bus accessibles aux handicapés a été développée. Le transport public est notre meilleur atout pour assurer un développement durable, un bon cadre de vie, et au final, l’attractivité de notre ville.
S.J.: L’offre de transports publics a bien progressé grâce à Nantes Métropole et à la Région (majorité de droite, Ndlr) qui avait initié avant 2004 la mise en place des TER. Aujourd’hui les efforts doivent porter sur le cadencement des dessertes, les services à maintenir durant les vacances scolaires et dans les quartiers moins bien desservis. L’île de Nantes reste un sujet d’inquiétude, puisque son accessibilité est rendue difficile par sa localisation géographique. La mise en place de la ligne 5 du tramway prolongée sur ce territoire nous semble moins adaptée qu’une ligne de bus.
– Sur quels points entendez-vous marquer la différence droite-gauche dans la politique de transports publics?
J.-M.A: Nantes se veut terre d’innovation et d’expérimentation en matière de transports en commun mais cela n’a pas toujours été chose facile. Faut-il rappeler que la droite était contre le tramway en 1985, que personne ne croyait au fonctionnement des parkings relais quand nous avons inauguré les premiers? Pour nous, c’est un choix politique que de privilégier l’équilibre entre tous les modes de transport en mettant en œuvre un tarification sociale. L’objectif, ce sont des transports publics accessibles à tous.
S.J.: La politique des transports publics n’est ni de droite ni de gauche. Elle doit être responsable, prioritaire et harmonieuse, pour lier qualité des services et gestion des investissements coûteux que représentent les transports en site propre.
– Depuis le retour du tramway, Nantes a développé de façon continue son offre de transport. Faut-il maintenir ce régime?
J.-M.A: Une pause signifierait un recul. Les efforts financiers sont importants, et l’État est défaillant dans l’aide qu’il apporte aux collectivités, mais nous devons continuer. J’ai annoncé un nouveau tramway est-ouest qui passera sur l’Île de Nantes, et la liaison entre la ligne 1 et 2 au nord qui se prolongera par une rocade tramway ouest. D’autres projets sont en cours comme le tram-train entre Nantes et Châteaubriant, le vélo, le covoiturage. Les formules qui marchent (chronobus, bus express, navibus, busway) seront développées. Je propose aussi de travailler immédiatement à la mise en place d’un réseau express regroupant tous les transports publics à l’échelle de l’aire urbaine, avec une carte unique.
S.J.: Pour les six ans à venir, il faut veiller au maintien de la qualité du service. Il faudra aussi diversifier l’offre en créant des radiales et en améliorant l’efficacité et le service des bus.
– Si vous êtes élu, allez-vous favoriser une nouvelle répartition des modes de transports?
J.-M.A: Beaucoup d’investissements ont porté jusqu’ici sur le développement des transports publics mais pas seulement. Il y a eu aussi les vélos en libre-service, l’information en temps réel pour les automobilistes, l’augmentation régulière de la capacité des parkings relais. Il faut maintenant développer l’étoile ferroviaire.
S.J.: Dans les années à venir, il faudra soutenir le tram-train qui avait été initié par la majorité de droite de la Région, et donner une priorité aux transports à la demande pour les personnes âgées et les handicapés. Nous devrons favoriser l’implantation de loueurs de voitures de courte durée en ville, et faciliter les déplacements à vélos avec des aménagements urbains adéquats.
– Faut-il encore diminuer l’usage de l’automobile dans l’agglomération?
J.-M.A: Limiter arbitrairement l’usage de la voiture serait dogmatique. L’espace public doit être partagé. C’est pourquoi nous développons l’offre de parkings en centre ville. Deux nouveaux ponts sont en passe d’être construits, et je veux lancer l’étude pour un troisième. Notre rôle est d’offrir des alternatives, sans contraindre.
S.J.: La problématique est de permettre aux automobilistes d’accéder à l’agglomération pour pouvoir ensuite changer de mode de transports et circuler dans l’hyper-centre en transport public. C’est l’enjeu de l’intermodalité. Il passe par la construction d’un très grand nombre de parkings relais et l’amélioration de l’accessibilité de la gare de Nantes.
– Envisagez-vous d’augmenter la part payée par les usagers pour répondre à la difficile équation financière des transports urbains?
J.-M.A: À Nantes, la participation des usagers rapportée au coût du voyage est la plus faible de France. Cette situation tient à notre vaste gamme d’abonnements et de tarifications sociales pour les scolaires, les étudiants et les salariés. Pour réussir l’équation financière, nous devons développer la fréquentation et gagner de nouveaux usagers. Le problème vient surtout de la baisse régulière des subventions de l’État. Pour les dernières infrastructures, nous avons un manque à gagner de 43 millions d’euros.
S.J.: Il faut conserver un tarif incitant à choisir les transports publics, tout en donnant la capacité à l’autorité organisatrice de renouveler le matériel et d’assurer les frais de fonctionnement. La collectivité doit prendre en charge une part de ces dépenses. Il en va de l’intérêt général et du développement durable.
