Si la fête de Pâques est prétexte à quelques gourmandises chocolatées, l’événement est aussi célébré par les cloches des églises. L’occasion de s’arrêter à Villedieu-les-Poêles, dans la Manche, où s’est installée une des rares fonderies encore en activité.
La cloche est aux villages ce que le pain est aux maisons. Objet coûteux, honoré, voire sacré, elle demeure l’expression vivante d’une civilisation. Son origine est très ancienne. À la Fonderie de cloches de Villedieu-les-Poêles (Manche), non loin du Mont-Saint-Michel, on est fondeur de cloches depuis 1865. L’entreprise Cornille-Havard y perpétue la tradition depuis la fin du Moyen Âge.
Pour faire partager son savoir-faire, la fonderie a souhaité ouvrir ses portes au public, permettant ainsi à chacun d’entrer dans l’univers campanaire fait de décors, de matériaux et de sons. Près de 200 cloches, chacune unique et dont la plus ancienne remonte à 1 610, sont rassemblées dans le jardin attenant à l’entreprise. De la plus monumentale pesant jusqu’à six tonnes et mesurant deux mètres, à la plus petite, haute de dix centimètres. De la plus simple à la plus travaillée, comme celle qui arbore un superbe drapé. On y trouve même celle qu’entendait sainte Thérèse de Lisieux de son Carmel, et dont elle n’appréciait d’ailleurs pas le son…
La visite se poursuit par l’atelier, en activité du lundi au vendredi. Entièrement conçu par Adolphe Havard, ingénieur polytechnicien, l’espace a subi peu de transformations depuis sa création. On utilise encore aujourd’hui le chemin de roulement en bois pour déplacer des pièces de plusieurs tonnes. Le bronze est fondu dans un four à double voûte construit il y a plus d’un siècle. Les outils en cuivre, caractéristiques de Villedieu-les-Poêles, sont toujours là, et les ouvriers reproduisent les mêmes gestes que leurs aînés.
Durant la visite d’une trentaine de minutes, tout – ou presque – est dit sur le processus de fabrication. Plusieurs étapes sont nécessaires. De la fabrication d’un moule, constitué d’argile, de poils de chèvre et de crottin de cheval, au contrôle de la sonorité de la cloche par un analyseur de spectre électronique, en passant par la pose des décors, la coulée, le décochage ou encore la fixation d’accessoires.
Un concert de carillon termine la découverte de la fonderie qui profite du temps pascal pour présenter, jusqu’au 10 mai prochain, une exposition temporaire intitulée “1 000 cloches pour Rome”. Elle rassemble de nombreux dessins humoristiques réalisés entre 1900 et 1980, tout en apportant des réponses aux questions posées sur cette fête religieuse à travers ses traditions.
→ Ouverte de 9 h à 18 h, toute l’année, tous les jours, sur rendez-vous pour les groupes.
→ Visite guidée (comptez 30 minutes environ).
→ Conseil: privilégiez une visite du lundi au vendredi, jours où l’atelier est en activité.
→ Gratuité conducteur et accompagnateur.
→ Dépose du groupe devant la fonderie, puis stationnement de l’autocar à 300 m, soit près de l’office de tourisme (place de la Poste), soit devant l’hôpital.
→ Tél.: 02 33 61 00 56
Fax: 02 33 90 02 99
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En France, la cloche la plus imposante se trouve dans la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Surnommée "la Savoyarde", elle pèse 19 tonnes. Mais la plus grosse du monde se trouve à Moscou en Russie. Fabriquée en 1735, elle pèse près de 200 tonnes et mesure six mètres de haut!
Dès que l’homme sut créer des vases d’argile, il se rendit compte qu’en les heurtant, ceux-ci produisaient un son: la cloche venait de naître. Mais c’est en Chine qu’elle connut son apogée. Des cloches de bronze datées de 1 100 avant J.-C. y ont ainsi été retrouvées.
Elles gagnèrent le monde méditerranéen vers 700 avant J.-C. avant de parvenir en Gaule. C’est l’Église catholique, et en particulier les moines, qui en firent un instrument religieux. Charlemagne ordonne que les prêtres fassent sonner les cloches à certaines heures du jour et de la nuit, puis elles sont aussi utilisées pour informer la population de sinistres ou d’invasions. Aujourd’hui elles interviennent dans les moments exceptionnels et continuent de sonner les heures. Mais du vendredi saint, jour de la mort du Christ, au dimanche de Pâques, les cloches ne sonnent pas. En signe de recueillement avant de célébrer la résurrection. Et la légende raconte que pendant cette période, elles se rendent à Rome pour chercher des œufs qu’elles déposent ensuite à leur retour dans les jardins…
