Une centaine de participants avaient répondu à l’appel du 13e Printemps de l’autocar, le traditionnel congrès du Snet, qui s’est déroulé en République tchèque du 28 au 31 mars derniers. Un printemps qui a vu éclore un grand plan de communication destiné à donner une nouvelle jeunesse au tourisme en autocar.
Le Snet, pour la 13e édition de son traditionnel “Printemps”, s’est placé dans ce que l’on nomme une démarche pro-active. Travaillant depuis des mois sur le dossier de l’image de l’autocar, Thierry Schidler a, devant un parterre d’autocaristes malheureusement assez peu étoffé, présenté les premières ébauches d’un plan de communication ambitieux. Destinée à inverser une tendance à la baisse illustrée par les propos de Luc Glorieux, le fondateur des salons Busworld (lire en p. 34), cette future campagne devra réhabiliter l’image du tourisme en autocar auprès de sa clientèle présente et future.
Le micro-trottoir réalisé dans les allées du MAP, et projeté en préambule des débats, est révélateur du chemin qui reste à parcourir pour reconquérir le cœur du public: “vieillot’, “des trajets trop longs”, “pas vraiment confortable”, “des sanitaires fermés”, “une offre pas toujours adaptée à la demande”, “manque de sécurité”, “pas cher”, etc. Ceux qui ont décidé de changer de métier peuvent arrêter là.
Avec l’aide d’Irisbus, très impliqué en la personne de Régine Debernis, responsable du design et prospectives, le Snet a pu mettre au point avec l’agence de communication Carlin les premières bases d’une campagne de promotion. Elle dévra réhabiliter l’autocar comme élément porteur des nouvelles valeurs touristiques. Objectif : démontrer aux différents clients potentiels que le car rime avec plaisir, hédonisme, dynamisme, découverte, etc.
S’il est encore trop tôt – pour des raisons de dépôt légal – pour présenter la campagne dans nos colonnes, disons qu’elle est, en effet, séduisante. Sera-t-elle pour autant efficace? La première objection qui vient à l’esprit est celle du coût, évidemment. Le syndicat mise sur la mobilisation de tous, adhérents, prestataires et industriels, pour mettre la main au porte-monnaie. C’est logique, toute cette chaîne d’intérêts est concernée par le devenir du secteur. Mais la faible mobilisation des troupes à l’occasion de ce congrès, l’absence de stratégie commune avec la FNTV, et la propension classique des autocaristes à “éviter” le plus possible les actions communes ne sont pas de bon augure. Il faudra que Thierry Schidler (lire p. 33) fasse œuvre de conviction et de persuasion pour aboutir à ses fins.
Une autre question se pose: doit-on vraiment mettre l’accent sur l’autocar? La communication institutionnelle consiste à faire une promesse au public. Vanter les mérites de l’autocar revient à lui garantir, entre autres, confort, convivialité, et modernisme. Des valeurs en adéquation avec l’image qu’il se fait de lui-même et de ses envies. Tous les autocaristes peuvent-ils jouer ce jeu? Que dire du confort quand les autocars de 12 mètres sont livrés en 55 places? Comment parler de convivialité sans guide accompagnateur et sans formation ad hoc pour les conducteurs de tourisme? Comment vendre le modernisme sans optimiser l’usage de toutes les technologies embarquées, à commencer par les fameuses toilettes, trop souvent fermées? Et comment développer une image neuve de la profession quand les programmes proposés dans les brochures ont si peu évolué ces vingt dernières années? Conscient de ces lacunes, le Snet a promis de s’engager rapidement dans une deuxième phase de réflexion. Cette fois sur le produit touristique lui-même.
En se lançant dans cette réflexion sur l’image du tourisme en autocar, le syndicat a lancé un débat qui doit aboutir à une révolution des mœurs et des habitudes commerciales dans le milieu. Peut-être même faudra-t-il un jour oublier l’autocar pour se concentrer sur les mérites d’un tourisme de groupes dont il ne serait qu’une des composantes. Après tout, les différentes études montrent souvent que les clients oublient totalement la marque ou le type du véhicule dans lequel ils sont montés, pourvu qu’il soit confortable et que le voyage ait été une réussite. Réhabiliter quelque chose qui a mauvaise presse risque de s’avérer plus difficile et plus coûteux que de vanter les mérites réels d’un produit modernisé et plein de qualité. À méditer tout de même.
– Vous lancez votre syndicat dans un vaste projet de promotion de l’image de l’autocar, aurez-vous les moyens de cette ambition?
C’est vrai que cette démarche est particulièrement ambitieuse pour notre syndicat, mais nous avons envie de foncer et de faire enfin bouger les choses. La campagne de promotion que nous préparons depuis des mois demandera des moyens humains et financiers qui dépassent largement nos possibilités. C’est pourquoi nous allons rapidement créer des ateliers de réflexion pour aborder les problèmes les uns après les autres. D’autre part, nous rencontrerons prochainement les constructeurs et les équipementiers pour obtenir des fonds. Nous sommes tous concernés par le devenir du tourisme en autocar, et je pense que nous devrons tous faire les efforts nécessaires pour lui donner un avenir.
– Votre projet met surtout l’accent sur l’autocar. Ne faudrait-il pas travailler d’abord à la modernisation des produits touristiques conçus par les autocaristes?
C’est vrai que nous devons peut-être apprendre d’abord à faire des produits autrement. Pour mener à bien ce chantier, nous avons décidé dès cette année d’intégrer les réceptifs dans nos ateliers de réflexion. De même, nous travaillerons avec l’AFT-Iftim à l’amélioration des formations proposées, car elles ne correspondent plus à nos besoins. Mon objectif est simple: dans le courant de l’année, les autocaristes doivent mettre en œuvre une refonte de leur production pour mieux coller aux attentes de leur clientèle actuelle ou future. Dès 2009, nous lançons notre campagne de promotion du tourisme en autocar. Si elle n’est pas finalisée sur tous les plans, elle agira de toute façon comme un moteur.
– Avez-vous chiffré les besoins financiers nécessaires pour lancer cette campagne?
Nous aurons d’abord besoin de toutes les bonnes volontés qui ont pris conscience des dangers que court ce secteur du tourisme.
Il n’y a aujourd’hui guère plus d’une centaine d’entreprises qui commercialisent de façon significative des voyages à la place.
Elles doivent se mobiliser au même titre que les autres acteurs concernés. Il en va de même de tous les adhérents du Snet.
Ce congrès est certes une réussite, mais nous aurions dû être plus nombreux encore. Il y a un manque de mobilisation assez net. Il faut que le processus de désaffection des professionnels pour l’action de groupe s’inverse. Au niveau financier, nous avons chiffré les besoins à environ un million d’euros. Nous comptons sur les industriels bien sûr, mais il faudra que les adhérents du Snet acceptent aussi de payer un supplément de cotisation. Enfin, je regrette que nous n’ayons pas pu trouver de terrain d’entente avec la FNTV, nous aurions disposé immédiatement de moyens plus conséquents.
Fort de sa longue expérience du tourisme en autocar comme créateur de Busworld Courtrai, Luc Glorieux a publié en 1999 un ouvrage intitulé: "L’avenir de l’autocar de l’avenir". Observateur privilégié du secteur, il brosse aujourd’hui un portrait alarmant de cette activité en se fondant notamment sur les chiffres belges. Certes, ce qui est valable chez notre voisin ne l’est peut-être pas dans l’Hexagone. La Belgique dispose cependant de données chiffrées totalement inexistantes en France. Ce qui, en soi, est révélateur du désintérêt administratif pour ce secteur, comme du manque de mobilisation de la profession. Ne pas connaître les chiffres de son activité est sans doute un moyen de ne pas se faire peur…
"Les autocaristes belges ont perdu entre un tiers et la moitié de leur clientèle en dix ans, attaque d’emblée Luc Glorieux. Pendant le même temps, le nombre de mediors (50 à 65 ans, les seniors ayant de 65 à 80 ans, Ndlr) n’a cessé de croître. Ce qui revient à dire que plus notre clientèle potentielle augmente, plus elle tourne le dos au car".
"Vendons-nous le bon produit au bon public, s’interroge-t-il? Une génération court aujourd’hui sur dix ans au niveau des mentalités. Pourtant, nos produits touristiques n’ont pas changé au même rythme. Nos clients ont beaucoup plus de destinations à leur portée grâce aux low cost. Le car n’est plus celui qui offre le meilleur rapport qualité/prix, et le TGV nous concurrence directement sur les destinations proches".
Pendant ce temps, l’autocar s’est vu attribué une image d’insécurité, de transport scolaire, d’accidents, de pollueur, et de vecteur d’encombrement dans les embouteillages. "Et nous ne faisons rien!", s’insurge Luc Glorieux. "Nous sommes le seul moyen de transport adapté au tourisme culturel. Et nous sommes aussi les seuls à pouvoir développer les voyages à thèmes comme ils le méritent. Pourtant, nous sous-employons les moyens technologiques dont nous équipons les véhicules, et nous négligeons l’importance d’avoir un personnel qualifié et connaissant parfaitement la psychologie des groupes. Nous ne développons pas assez les combinés autocar + avion, qui correspondent beaucoup mieux aux attentes de notre nouvelle clientèle. Nous ne suivons pas non plus d’assez près les évolutions d’internet. Les produits touristiques en autocar ont trop souvent vingt ans de retard. Ils ne sont adaptés ni aux mediors, ni aux seniors".
La leçon est sévère, malgré toute la bonhomie de Luc Glorieux. "Les autocaristes attachent trop d’importance à l’autocar, conclut-il. Alors qu’ils devraient d’abord se préoccuper des clients et de leurs attentes. Les programmes doivent être complètement repensés. Et cet exercice devra se renouveler au moins tous les dix ans". Pour lancer cette dynamique en Belgique, la Fédération belge des exploitants d’autobus et d’autocars (FBAA) a créé un laboratoire chargé de travailler sur tous ces sujets. En attendant le prochain ouvrage sur l’avenir de l’autocar.
