Le geste de Jean-Pierre Bremond nous endeuille tous. Rien ne viendra atténuer, sauf peut-être le temps, la peine de sa famille et de ses amis proches. Aucun mot de réconfort ne peut vraiment combler l’abîme de la tristesse qu’ils éprouvent aujourd’hui. Personne n’est légitime pour s’interroger sur les raisons profondes qui poussent un homme à un tel acte. Elles n’appartiennent qu’à lui, elles cimentent sa solitude et rendent irréversible sa décision. Il les emporte en refusant de les partager.
C’est en revanche la révélation de cette solitude qui doit nous interpeller. Comment un homme si investi dans la vie associative de sa profession, un patron à l’écoute de ses employés et un individu agréable et chaleureux en société, peut-il être si seul qu’il en arrive à cette extrémité? Lequel d’entre nous, qui l’avons cotoyé dans un cadre professionnel, s’est interrogé sur l’homme qui se tenait là, devant lui? Pourquoi avançait-il, quelles étaient ses joies, ses angoisses, ses regrets?
Le travail, le syndicalisme, le business, les mondanités, nous noyons souvent notre humanité dans ce fleuve. Imbus de notre importance et du rôle que nous jouons, nous oublions la chaleur d’une rencontre, le plaisir de la discussion, le partage du savoir et des sentiments.
Il faut que l’un d’entre nous décide un jour de lui-même de s’asseoir sur la rive, pour que soit révélée notre futilité. Les discours qui viennent ensuite prennent pour nous une valeur expiatoire.
Pour toutes les bonnes raisons du monde, nous sommes peut-être restés fermés aux signes qui nous étaient adressés. Il nous faudra continuer à vivre avec ce sentiment d’avoir failli à nos devoirs d’êtres humains. Un drame se jouait devant nos yeux que nous n’avons pas vu.
