Pour aider les personnes à mobilité réduite à voyager, un jeune handicapé a testé l’accessibilité des sites de quelques départements. Résultat: les guides touristiques Globe Roller, qui passent tous les lieux d’accueil à la moulinette… d’un fauteuil roulant.
“La meilleure façon de savoir si votre site est accessible, c’est de le faire visiter par une personne handicapée”. Dans son fauteuil roulant électrique, Jonathan Dupire, 25 ans, sait de quoi il parle. Depuis son enfance, il a eu la chance de pouvoir voyager en France et dans le monde, en famille ou avec des amis. “Nos voyages se passaient bien, raconte-t-il, mais bien souvent, des propriétaires nous assuraient que leur hôtel ou leur camping était accessible, et en fait il ne l’était pas.”
C’est donc pour partager son goût du voyage et aider d’autres personnes handicapées qu’il monte, il y a quatre ans, l’association Globe Roller.
Objectif: tester tous les sites touristiques d’un département pour éditer un guide indiquant leur degré d’accessibilité.
Le projet séduit et glane une belle moisson d’aides et de subventions à hauteur de 25 000 euros. Si bien qu’à l’été 2004, le fauteuil roulant s’élance! “Ma famille habitant Cahors, j’ai commencé par le Lot”, explique le “globe roller”, alors étudiant en administration économique et sociale. Assisté de deux personnes valides, Jonathan Dupire installe son QG dans un gîte rural 100 % accessible au centre du département. Après une prise de contact téléphonique, il débarque avec son équipe dans tous les hôtels, restaurants, campings… “Globalement, nous regardons si le fauteuil peut aller partout, mais nous avons une grille très précise, propre à chaque type de lieu, permettant d’évaluer un maximum de critères d’accessibilité: l’absence de marches, la pente du terrain, sa nature… Dans les restaurants, nous distinguons l’accessibilité de la salle et celle des toilettes, car beaucoup d’établissements n’ont pas les deux”.
Dans l’ensemble, l’accueil est plutôt bon, malgré les surprises: “Beaucoup de propriétaires pensent leur établissement accessible, mais lorsque je suis là, avec mon fauteuil devant des marches, ils réalisent qu’il y a un problème. C’est toujours l’occasion de discuter des transformations à envisager, et certains me recontactent après avoir fait des travaux.” Le guide du Lot est achevé à l’été 2005. Viennent ensuite ceux du Morbihan et du Tarn. Aujourd’hui, la Gironde est en cours, et grâce à l’aide d’un autre handicapé, l’Aveyron et le Tarn-et-Garonne passeront cet été à la moulinette de l’accessibilité.
Même si le tour de France est loin d’être bouclé, un premier état de lieux peut déjà être fait. “Dans l’ensemble, en dehors des meublés, environ un tiers des établissements sont accessibles”, indique Jonathan Dupire. Le chiffre recouvre cependant de grandes disparités. Sur les trois premiers départements testés, le Morbihan arrive en tête, suivi du Lot et du Tarn. Un résultat “normal” selon l’auteur des guides, du fait de la forte fréquentation touristique du département breton.
On note aussi de grosses différences selon le type de site. Un bon point aux campings, dont la moitié environ est accessible sur tous les départements. “Ce n’est pas mal du tout! Dans un camping, il suffit que le fauteuil puisse pénétrer sur le terrain et dans les sanitaires… Bien sûr, il faut avoir sa tente; si l’on veut se loger dans un chalet ou un bungalow, c’est plus compliqué”.
Deuxièmes sur le podium: les restaurants. Les PMR peuvent accéder à 75 % des salles dans le Morbihan, à 50 % dans le Lot et le Tarn. Mais s’ils veulent aller aux toilettes, les choses se gâtent: ce n’est possible que dans 25 % des établissements du Morbihan et dans 18 % dans le Lot et le Tarn. Ensuite viennent les hôtels, avec 60 % de sites accessibles dans le Morbihan, et seulement 25 % dans le Lot et le Tarn. Enfin, le gros point noir: les meublés. L’équipe des guides Globe Roller a visité de nombreux gîtes ruraux et chambres d’hôtes. Seuls 25 % d’entre eux sont accessibles dans le Morbihan et environ 3 % dans le Lot, où dominent les vieilles maisons en pierre à étage.
Pour rendre tous ces lieux accessibles, le montant des investissements nécessaires est très variable. “Faire un plan incliné dans un hôtel n’est pas le plus compliqué, indique Jonathan Dupire. En revanche, casser un bâtiment pour refaire une salle de bains, c’est beaucoup plus cher. De façon générale, il est toujours plus onéreux de faire des transformations que de prévoir l’accessibilité dès le départ”. La volonté politique semble également déterminante: “Si le Lot est plus avancé que le Tarn, c’est que les institutions sont plus mobilisées”.
Et les transports? Pour sillonner des départements très ruraux comme le Lot et le Tarn dépourvus de transports en commun accessibles, l’équipe s’est fait prêter puis a loué un véhicule de type Kangoo, aménagé spécialement pour que le fauteuil roulant puisse y rentrer.
Mais pour le guide actuellement en préparation dédié à la Gironde, c’est tout autre chose. “À Bordeaux, nous nous déplaçons en tramway, et nous prenons les quelques lignes de bus accessibles. Le tram est extrêmement pratique puisqu’on y accède à même le quai. Dans les bus, le conducteur n’a qu’à appuyer sur un bouton, sans se déplacer, pour faire descendre la rampe hydraulique. C’est très bien, mais toutes les lignes ne sont pas encore équipées. Malgré tout, j’ai rencontré les élus locaux qui m’ont assuré qu’ils allaient renouveler peu à peu le parc de bus.”
Pense-t-il que la loi pour “l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées” votée en 2005 pourra être appliquée en 2015? “Il faudra du temps, c’est sûr, surtout dans l’interurbain. Mais à Bordeaux en tout cas, il y a une réelle volonté politique et une bonne concertation.” Jonathan Dupire habite lui-même la cité girondine, dans un appartement totalement domotisé d’où, grâce au réseau de tram, il peut aller seul “à peu près partout”.
Mais toutes les grandes villes ne peuvent lui offrir la même autonomie, à commencer par la capitale: “J’ai eu la chance d’avoir des amis sportifs qui m’ont fait découvrir les joies du métro parisien en portant mon fauteuil ou en me faisant prendre les escalators sur deux roues. Mais quand nous ferons le guide de Paris, il faudra s’accrocher!”.
Le projet Globe Roller prévoit en effet de couvrir rapidement l’ensemble des départements. Pour la diffusion, après une période de balbutiement, un contrat vient d’être conclu avec les éditions des Barkhanes qui diffusent déjà des guides touristiques. Dès l’été 2009, le Globe Roller du Lot et ceux des autres départements seront donc disponibles dans toutes les librairies ainsi que sur un site internet en chantier
En attendant, l’association diffuse elle-même les guides: Le Globe Roller, 341 cours de la Libération, résidence Le Nobel, 33400 Talence ou:
