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“La bataille du Grand Paris”

Le STIF se rebiffe

Les usagers du RER A saturé sont mécontents et ils le disent.

Nicolas Sarkozy apparaît en sauveur prêt "à reprendre la main sur ce dossier". Quelle réalité se cache derrière tous ces effets de manche autour des transports d’Île-de-France?

"Des gens qui n’ont rien fait pendant vingt ans devraient se montrer modestes quand ils nous donnent des leçons de conduite. Nous avons investi en deux ans dans les transports de la région plus que l’État en deux décennies." Jean-Paul Huchon, président de la région Île-de-France et du Syndicat des transports régional (Stif), ne décolère pas devant les journalistes le 21 mai. La veille, entre deux visites d’entreprises orléanaises, le président de la République a pris fait et cause pour les usagers du RER A. Ces derniers avaient lancé une semaine plus tôt une pétition pour dénoncer la saturation constante de cette ligne. "Je ne laisserai pas les passagers otages de situations inacceptables de lignes de RER saturées, prévient-il alors. Si l’État doit reprendre la main, l’État la reprendra".

"L’État est arrogant, mais impuissant"

Une déclaration en totale contradiction avec les principes de la loi de décentralisation de 2004, qui donnait tout pouvoir au Stif pour l’organisation des transports de la région capitale. Une loi que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait fait voter lui-même.

Il n’en faudra pas davantage pour irriter Jean-Paul Huchon: "Si l’État veut reprendre la main, qu’il le fasse, lance le président du Stif. Après tout, il est toujours le principal actionnaire de la RATP et de la SNCF. Mais il ne mettra pas un sous, il n’en a plus. L’État est arrogant, mais impuissant." Et de détailler une longue liste d’inaugurations et de lancements prévus avant l’été, en pointant du doigt la faible participation de l’État dans chaque projet.

Pour sa part, le président de la République ne reste pas inactif après sa petite phrase. Le 25 mai, il présidait à l’Élysée une réunion justement consacrée au Grand Paris. Aux côtés de quelques ministres triés sur le volet, étaient invités le préfet de la région Île-de-France, le patron de la RATP, Pierre Mongin et celui de la SNCF, Guillaume Pepy. Bref, une réunion d’état-major. Et l’offensive est bel et bien commencée, puisque le président a ânonné au lendemain du 25 mai que "la RATP contribuerait bien à un plan de modernisation du RER A, à hauteur de 250 millions d’euros".

En embuscade

Roger Karoutchi, président du groupe Majorité présidentielle au Conseil régional et secrétaire d’État chargé des relations avec le parlement, est lui aussi entré dans la bataille. Grand rival de Jean-Paul Huchon, le 25 mai, il jugeait même "stérile" la polémique entre la région et la RATP, réclamant le lancement d’un grand emprunt de deux milliards d’euros pour financer un plan d’urgence des transports. Selon lui, il est possible "de renouveler le parc de matériel roulant du RER A en cinq ans pour un milliard d’euros".

Toujours aussi critique, Roger Karoutchi propose aussi une nouvelle répartition des tâches entre la SNCF et la RATP. "L’opérateur ferroviaire pourrait, selon lui, reprendre la gestion totale du RER, pendant que la RATP se chargerait exclusivement du métro et des autobus, y compris ceux des transporteurs privés réunis au sein d’Optile." L’homme ne cache pas son intention de mettre en place "une entreprise unique de transports publics en Île-de-France", et s’interroge ouvertement sur la pertinence d’un retour de l’État au sein du Stif.

"Mous du genou!"

Dans cette guerre qui a commencé sur les quais du RER A, le Stif se retranche justement derrière le contrat signé il y a deux mois avec la RATP. "La régie a refusé, malgré notre insistance, de mettre la ligne A dans ses priorités, explique Jean-Paul Huchon. Elle s’est toutefois engagée à augmenter la fréquence des trains à 30 rames par heure. Nous n’en sommes aujourd’hui qu’à 24, pourquoi?" Peu convaincu par l’emploi de rames à double étage (le flux de voyageurs prendrait trop de temps dans chaque gare), le président du Stif, remonté, rappelle qu’il est le donneur d’ordres: "J’entends en ce moment un bruit de fond sur le fait que les patrons de la SNCF et de la RATP sont des cadors, assène-t-il. Alors que nous, les élus, serions des mous du genou! Il faut que cela cesse, sinon je mettrai sur la place publique tous les dysfonctionnements enregistrés au sein de ces deux entreprises. Nous donnons chaque année à la RATP 2,9 milliards d’euros pour qu’elle effectue un service clairement défini. Et nous avons été généreux. Lors de notre prochaine rencontre avec Pierre Mongin, son Pdg, je veux qu’il nous propose des solutions pour le RER A, sinon, il y aura des pénalités."

Pourquoi une telle polémique?

Ces différentes passes d’armes ne sont que les prémices de la lutte qui va opposer les élus territoriaux – en majorité de gauche – aux représentants de l’État dans les discussions qui auront lieu autour du projet du Grand Paris (voir B&C No 808). Le transport de voyageurs, enjeu politique majeur dans un contexte de forte croissance du nombre de passagers, sera de tous les débats. Jean-Paul Huchon, qui a quelques cartes en main, s’en tient lui à son rôle de président du Stif: "Pour améliorer les services dans la région, nous demandons juste à l’État qu’il nous donne le droit d’augmenter le Versement transport, qu’il nous rende le Farif (Fonds d’aménagement de la région Île-de-France, ndlr), qu’il nous donne la possibilité de lever une taxe sur les poids lourds, et que nous puissions utiliser la rente foncière pour les infrastructures de transport." Les 4 ou 500 millions d’euros annuels que tout cela représente ne sont pas innocents. Ils correspondent par exemple aux frais de remboursement d’un emprunt contracté par le Stif pour financer la globalité des grands projets qui sommeillent dans ses cartons.

Le berger à la bergère

Le 27 mai, Jean-Paul Huchon a d’ailleurs fini par reprendre la main en dévoilant ses intentions, et le montant de ses besoins. "Je propose de mettre en œuvre un projet de 17 milliards d’euros pour les dix ans à venir, à la mesure des défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés, a-t-il lancé. Au-delà des 7 milliards d’euros nécessaires pour pallier les difficultés actuelles des différents réseaux, ce sont les crédits indispensables à la réalisation du contrat de projets (signé avec l’État en mars 2007, ndlr) et du plan Banlieues qu’il faut mobiliser. Ce sont aussi de grands projets qu’il faut financer, le prolongement du tramway des Maréchaux vers l’Est, et celui du RER E (Eole) à l’Ouest ou encore les travaux de la future rocade ferrée Arc Express, par exemple". Et d’inviter finalement à une réunion le maire de Paris, les présidents de Conseils généraux, les représentants des sociétés nationales SNCF, RATP et RFF, avec les ministres concernés. "Je demande à l’État une contribution à la hauteur des enjeux", a-t-il ajouté. On attend les prochains épisodes avec impatience.

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