Le 21 septembre 2001, l’usine AZF explose, rasant du même coup le dépôt de bus trentenaire de Langlade. Sept ans après, 800 salariés du réseau urbain Tisséo, mécaniciens, carrossiers, conducteurs de bus ou administratifs, ont réintégré un site moderne et économe de 12 hectares. Visite guidée.
Pour arriver au dépôt de bus de Langlade en venant du sud de Toulouse, il faut longer l’ancienne usine AZF où, sept ans après l’explosion du site industriel, commencent à s’ériger les bâtiments high-tech du futur Cancéropôle. Pour rejoindre le parking du personnel de 435 places, presque entièrement rempli, il faut traverser le ballet des bus Tisséo rentrant au dépôt. Un peu plus loin, face à celui des autobus, d’une capacité de 390 véhicules, équipé de 110 “grappes” de rechargement GNV, le bâtiment offre un toit à la courbe élégante. Un mur antibruit le protège des nuisances sonores de la voie ferrée et de la rocade toute proche. La disposition des ateliers en enfilade gêne les agents de maintenance, contraints de s’y déplacer à bicyclette…
“Avec deux hectares d’espaces verts, dont un bassin de rétention d’eau de 1 700 m2, le site est beaucoup plus aéré que le précédent”, fait remarquer Alain Bensoussan, coordonnateur environnement de Tisséo, qui nous fait visiter les lieux avec Brigitte Panchout, responsable sécurité-environnement. “Ce sont les mêmes métiers de carrosserie, de peinture, de mécanique que sur l’ancien site, mais avec beaucoup de progrès en termes de confort et de sécurité”, souligne-t-elle.
Tout au bout, en face du bloc de béton gris du compresseur GNV, le bâtiment A abrite la carrosserie, la sellerie et la cabine peinture. Jean-Claude Vaissières, responsable du secteur, et salarié Tisséo depuis trente-trois ans, montre avec satisfaction les équipements ultramodernes: “Nous avons des cabines de peinture plus spacieuses, passées de 16 à 24 mètres, une cabine polyester (pour les découpes de polyester et de fibres de verre de la carrosserie) avec une aspiration des poussières par le sol.” Dans l’atelier, quatre bacs permettent de trier les déchets (pots vides, aérosols, diluants souillés, filtres de cabines…) qui sont ensuite vidés dans les bennes situées à l’extérieur. Des bacs pour les néons, les accumulateurs et les piles, équipent les ateliers voisins de maintenance des bus. Ici, le tri est généralisé. “Cette année, 70 personnes représentatives des différents métiers de l’entreprise participeront à une demi-journée de sensibilisation à l’environnement, notamment à la gestion, au tri et à la valorisation des déchets”, souligne Brigitte Panchout. Si le tri a été soigné, les économies d’énergie ne sont pas au rendez-vous. “Les syndicats avaient demandé moins de néons et plus de lumière naturelle, rappelle Marc Fanjeau, responsable d’équipe organes (la rénovation des pièces démontées), élu CGT au CHSCT et salarié Tisséo depuis trente-quatre ans. Or la réserve et les locaux pneumatiques n’ont pas de vue sur l’extérieur. La lumière y est allumée toute la journée.” Tout comme dans les ateliers, où de larges ouvertures dans le toit ont pourtant été pratiquées.
À l’autre extrémité du bâtiment, près de la partie administrative accueillant les ressources humaines, le comité d’entreprise et la direction des bus, les conducteurs viennent faire le plein de diesel ou de diester. 190 bus diesel, dont 41 à la norme Euro IV et 149 certifiés Euro III, s’approvisionnent ici. 79 autres, plus anciens (norme Euro II), roulent au diester, qui n’a plus le vent en poupe chez Tisséo (lire l’interview p. 47). “Nous avons 29 bus au GNV, mais leur nombre devrait grossir dans les années à venir”, indique David Gasquet, ingénieur méthode maintenance. Le site de Langlade a une capacité de 110 bus GNV.
À quelques mètres des pompes, la station de lavage bus ne montre rien de sa modernité. Ici, l’eau de pluie est récupérée dans des cuves enterrées. Elle est entièrement recyclée. “Même sans pluie, nous bénéficions de quinze jours d’autonomie de lavage”, indiquait l’architecte au moment de l’inauguration. Le réseau d’eau de la ville complète si nécessaire. “Nous sommes de gros consommateurs d’eau pour nettoyer les bus, explique la responsable sécurité-environnement. On pourrait consommer deux millions de litres par an, mais nous avons fait le choix de recycler les eaux en circuit fermé.” Les véhicules sont lavés chaque jour, puis l’eau est retraitée dans une station de recyclage interne. Les produits de lavage biodégradables facilitent le retraitement bactériologique.
L’eau de la nappe phréatique qui passe dessous est également soignée. Il est impératif pour Tisséo d’éviter les infiltrations en cas de déversement accidentel de produits toxiques. À partir de 2004, le terrain a été longuement dépollué et débarrassé des hydrocarbures, des mâchefers et des produits phytosanitaires datant de l’époque où il était utilisé par AZF et la SNPE (société nationale des poudres et explosifs). Une étanchéité parfaite a été prévue, grâce à 20 cm de béton dans les ateliers, des enrobés pour les parkings et, pour les espaces verts, un géotextile et un treillis métallique à 30 cm de profondeur. “La procédure de surveillance des sols est très stricte, souligne Brigitte Panchout. Et nous effectuons un contrôle rigoureux de la nappe phréatique deux fois par an, en amont et en aval du site, pour vérifier si notre activité a un impact.” Des contrôles de l’air et du bruit sont également réalisés.
Autre souci de l’entreprise, la santé des salariés. Pascale Labatut, ingénieur agronome en stage chez Tisséo, est chargé de remplacer les produits toxiques par des produits biologiques. “Le premier poste traité par cette démarche a concerné les solvants, explique la responsable sécurité-environnement. Nous en consommions 4 000 litres par an en 2005. Presque plus aujourd’hui.” Quatre fontaines de dégraissage biologique permettent aux mécaniciens de nettoyer la graisse des pièces sans solvant. Ces fontaines sont constituées d’un bac de 100 litres de tensio-actifs, d’une brossette reliée à un tuyau permettant de faire couler le produit. À la sortie, le liquide souillé est filtré par des bactéries qui dégradent les graisses. “Cela a créé beaucoup de réticences chez les utilisateurs au début”, se souvient Alain Bensoussan. “On a donc commencé par de grandes phases de tests des produits et de l’ergonomie des postes, poursuit Brigitte Panchout. On a passé du temps à expliquer et à convaincre, avec l’aide du prestataire, du médecin du travail et des fiches de données sécurité (FDS). Aujourd’hui, le message est passé. Tous les opérateurs savent qu’ils ne reviendront plus aux solvants.” Deux nouvelles fontaines seront installées en 2009 et les autres remplacées, dans le cadre d’un nouvel appel d’offres. Il reste toutefois des solvants à l’atelier carrosserie, faute d’avoir pu les remplacer par des produits écologiques aussi efficaces.
Des premiers pas vers un développement durable plutôt prometteurs puisque Stéphane Coppey, président de Tisséo, est un Vert.
– Vous êtes élu Vert, donc sensible aux questions d’environnement. Pensez-vous que Tisséo-SMTC soit allé assez loin dans le sens du développement durable?
Le nouveau dépôt de bus de Langlade, inauguré en janvier 2008, respecte les nouvelles normes en termes de conception haute qualité environnementale: récupération d’eau de pluie pour le lavage des bus, traitement thermique des bâtiments pour éviter un trop grand ensoleillement, traitement phonique par rapport à la voie ferrée. Mais il aurait pu aller plus loin, par exemple avec des panneaux solaires sur le toit. Lorsque le SMTC travaillait sur le projet de nouveau dépôt en 2003-2004, j’avais demandé de prévoir une possibilité de production sur place de GNV à partir des boues de station d’épuration, mais cela n’a pas été retenu. Aujourd’hui, j’espère le raccordement de la décharge de Montech avec le réseau de gaz naturel géré par Gaz du Sud-Ouest, pour qu’on puisse leur acheter du biogaz. Lille a réussi à créer une centrale de production de biogaz à côté du dépôt de bus.
– Quels choix faites-vous en terme de carburants écologiques?
Nous allons développer le GNV. Le SMTC vient de lancer un appel d’offres pour l’achat de 15 à 40 bus de ce type par an sur trois années.
Nous achetons aussi des bus diesel aux normes Euro IV.
En revanche, nous n’allons pas développer les biocarburants de première génération.
Je voudrais aussi valoriser davantage la conduite économe chez les conducteurs.
La réduction de la consommation n’est pas encore un critère de bonne conduite pris en compte pour les Bus d’or qui seront remis au salon Transports Publics, mais il devrait l’être d’ici à deux ans.
– Tisséo va-t-il s’engager dans une démarche de certification environnementale?
Aujourd’hui, nous avons mis en place des critères environnementaux dans nos marchés de fournitures, mais il n’y a pas encore de démarche globale engagée. Nous avons un objectif de certification Iso 14 001 d’ici à trois ans, pour systématiser les démarches d’économie d’eau, d’énergie, de tri et de valorisation des déchets.
Dans le cadre de la réorganisation (qui vise à fusionner la régie Tisséo Réseau urbain avec le SMTC), nous allons créer une direction de la qualité sécurité et environnement.
* Il est le nouveau président du syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération toulousaine Tisséo-SMTC. Il a été élu le 29 avril dernier, conformément à un accord électoral passé avec le nouveau maire PS de Toulouse, Pierre Cohen. Conseiller municipal Vert de Balma, ville de la banlieue toulousaine, c’est un spécialiste des transports publics, supporter de la première heure de la régie publique des transports.
