La cité nordiste fait la chasse à la grisaille avec un bus à haut niveau de service de grand standing. La Stibus, filiale de Transdev, est le second réseau à imposer le label Busway avec, en plus des Crealis, le BHNS à la sauce Irisbus.
Il paraît que les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors. À Maubeuge, ils l’ont également sur leur réseau urbain. Depuis le 18 décembre, Stibus (Transdev) exploite 20 Crealis d’Irisbus sur la ligne 51. Ce bus à haut niveau de service bénéficie du label Busway de Transdev, à l’image de Nantes, où le Busway est considéré comme la ligne 4 du tramway.
Pour le moment, le BHNS de Stibus roule sur un axe qui traverse la communauté de communes du Val de Sambre d’est en ouest, sur 14 km, dont 8 km en site propre, avec 14 stations. Il est en service pour plus de la moitié de la population et circule là où se concentrent les trois-quarts des déplacements. La ligne 51 dessert tous les pôles majeurs: trois lycées, deux collèges, la future université et bientôt l’hôpital.
La mise en place de ce transport en commun en site propre ne s’est pas décidée en quelques mois. C’est un vieux projet, dont les premières études avaient été lancées en 1993. La pertinence des différents modes a été observée: tramway, trolley bus et BHNS. C’est finalement ce dernier qui a été retenu, pour des raisons pragmatiques et économiques. L’ensemble de la communauté de communes ne totalise que 120 000 habitants. Et Maubeuge, sa ville principale, n’en abrite que 35 000. Autant dire qu’un tramway aurait eu de grandes difficultés à faire sa route. Pour autant, le BHNS de Maubeuge n’a pas été réalisé chichement. Afin de concevoir le parcours, deux ponts ont été réalisés pour enjamber la Sambre, tous les arrêts de la ligne 51 ont été changés et dotés d’un système d’informations en temps réel. Les trottoirs ont été réaménagés pour faciliter l’accostage des véhicules et assurer une accessibilité optimale, sans oublier l’achat de 20 Crealis d’Irisbus. Le coût total de l’opération se monte à 70 millions d’euros. Cette enveloppe a été en partie garnie par le Feder (le Fonds de développement européen régional devrait attribuer 11 à 12 millions d’euros) et par le département et la région à hauteur de 5 millions d’euros. À l’époque de Jean-Claude Gayssot, l’État s’était engagé sur 10 millions d’euros. Mais après la coupure des crédits en faveur des TCSP décidée en 2004 (sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin), le BHNS de Maubeuge n’a finalement bénéficié d’aucun subside étatique. C’est le fruit du versement transport qui a permis de s’acquitter des factures. Depuis 1998, son taux est passé de 1 à 1,4… et le retard du lancement des travaux, qui n’ont finalement commencé qu’en 2007 (!), a laissé suffisamment de temps pour remplir les caisses.
La mise en place du BHNS s’impose presque comme une obligation pour Stibus. Historiquement, le réseau était essentiellement tourné vers les scolaires, qui bénéficiaient de la gratuité offerte par le conseil général du Nord. Stibus vendait les abonnements au département, chargé de les distribuer aux élèves. Un système qui pèse pour la moitié des recettes. “Mais le département souhaite se désengager vis-à-vis des lycéens, et redonner cela à la région. Or, le conseil régional semble moins partant pour garantir la gratuité des transports pour les élèves”, concède Pierre Duroux, directeur de Stibus. Pour ne pas voir baisser la fréquentation du réseau (10 millions de voyages par an avec les scolaires), il devient impératif de se montrer plus attractif. “Nous avons donc réorienté notre offre avec le BHNS. L’accessibilité nous permet d’attirer les personnes du troisième âge, et l’amélioration globale de la qualité devrait parler aux salariés”, poursuit le directeur. Cette course à la qualité devrait se poursuivre jusqu’en 2011. À cette échéance, les lignes 52 et 53 répondront aux mêmes critères que la 51, et le renouvellement du parc aura continué. “Aujourd’hui, nous avons un réseau à deux vitesses. La clientèle nous pousse à une harmonisation vers le haut. C’est le signe que les efforts ne passent pas inaperçus”, analyse Pierre Duroux. Après plus de deux mois de mises en service, le Busway de Maubeuge a su séduire la clientèle. La fréquentation du réseau est stable, malgré la diminution des gratuités offerte aux scolaires. Aujourd’hui, la capacité de la ligne 51 est de 1 100 passagers par heure. Si le besoin s’en faisait sentir, elle pourrait doubler. “Mais nous souhaitons rester pragmatiques dans notre approche. Il faut garder raison et proposer un service qui corresponde aux besoins de notre périmètre de transport urbain”, poursuit Pierre Duroux.
Quelques zones d’ombres viennent tout de même ternir le tableau. Une partie de la population assez sinistrée de Maubeuge (le taux de chômage est supérieur à 25 %) et les conducteurs de Stibus, ont apparemment le sentiment que 70 millions pour le BHNS… c’est beaucoup trop! Et que cette enveloppe aurait pu être mise à profit autrement. Ainsi, depuis le lancement des Crealis sur le réseau, Stibus fait face à une vague de vandalisme inédite: véhicules tagués, Abribus saccagés, écrans LCD d’information volés… Du côté des conducteurs, l’inauguration officielle du 18 décembre a failli être annulée en raison d’un conflit avec ces derniers qui déploraient l’absence de volet social pour accompagner le développement de transport. Le tribunal administratif a finalement donné gain de cause à Stibus. Mais ce conflit a constitué un frein à la communication autour de l’inauguration. Visiblement, pour les conducteurs de Stibus, rouler avec des véhicules neufs, climatisés, plus silencieux et plus confortables, sur un parcours protégé et un asphalte refait ne vaut rien comparé à une augmentation de salaire.
Sur son site propre, le BHNS de Maubeuge ne bénéficie pas de la priorité aux feux.
Les exploitants ont plutôt opté pour le principe de la régularité. Le système, développé par Ineo, fonctionne avec l’information voyageur et l’exploitation.
Les feux ne passent pas systématiquement à l’arrivée des Crealis, mais uniquement si le véhicule est en retard sur son horaire prévu. En revanche, lorsqu’il est en avance, le feu reste au rouge et laisse la voie libre pour les automobiles.
"Cette solution permet d’obtenir une vitesse commerciale constante, avec un bon impact sur la consommation", explique un responsable d’exploitation.
Maubeuge ne sera pas la seule ville à mettre le BHNS à l’honneur. Ce mode d’exploitation va être dopé par le Grenelle de l’Environnement.
Dans le cadre des appels à projets sites propres de provinces, qui prévoient six milliards d’investissements pour la période de 2011-2013, près de 134 km de BHNS devraient voir le jour.
À Antibes, dès 2015, une ligne de 6,5 km et 14 stations reliera la gare au Technopole de Sophia Antipolis.
À Bordeaux, le réseau de tramway sera épaulé de quatre lignes de BHNS pour un montant de 40 millions d’euros.
En 2012, le BHNS pourra presque monter les plus célèbres marches du monde. Cannes promet une ligne de 11 km et 26 stations, du Cannet à La Napoule en passant par le Palais des festivals.
Du côté de Lille, deux projets de lignes sont lancés pour des longueurs respectives de 13,5 et 7 km et des mises en service prévues en 2012 et 2013.
À Lorient, le BHNS de 5 km se divisera en deux branches, dès 2014 pour rejoindre le sud-ouest et le nord-ouest de l’agglomération.
Le BHNS Messins reliera avec deux lignes les quartiers sociaux au centre-ville. Le site propre intégral devrait faire 15,3 km pour 39 stations. La mise en service est prévue en 2013.
Nîmes entrera dans l’arène du BHNS en décembre 2010 avec une première ligne de 6 km et 14 stations.
Perpignan aura un BHNS opérationnel dans le premier semestre 2012. Il regroupera 40 stations réparties sur axe nord-sud de 10 km.
Rennes ne prolongera pas la ligne A du Val. C’est un BHNS de 3 km qui desservira à l’automne 2011 la commune de Chantepie au sud-est de l’agglomération.
Le BHNS de Saint-Brieuc (21 stations sur 8 km) devra partir à la reconquête de l’espace public et lutter contre la monte de l’utilisation de la voiture.
La Réunion n’a pas résisté aux sirènes du BHNS. À Saint-Paul, la ligne de 15 km avec ses 35 stations permettra dès 2010 de désenclaver les quartiers défavorisés.
Toulouse voit le BHNS en rose avec une ligne de 5 km et 7 stations pour un investissement de 25 millions d’euros.
Enfin, à Tours, le BHNS de 11 km sera opérationnel dès cette année et devrait se préparer à l’arrivée du tramway prévue pour 2010.
Pour leur BHNS, les responsables de Stibus ne se sont pas montrés pingres. Les Crealis d’Irisbus représentent un surcoût de 25 % par rapport à un Citelis standard. Il faut dire qu’ils n’ont pas lésiné sur les équipements: norme EEV, rampe électrique, écrans TFT, filtre à particule, vitrage athermique et surbaissé
Ce n’est pourtant pas, sur le plan de la carrosserie extérieure, le modèle le plus abouti de Crealis. La face avant reste celle du Citelis, seule la climatisation a été insérée dans un bloc harmonieux qui offre une forme arrondie. "Nous aurions pu nous contenter de Citelis. Mais, il nous semblait essentiel que ces véhicules ne passent pas inaperçus. Ils devaient se distinguer du lot. Cela explique également cette découpe particulière", explique Pierre Duroux. Le parc de Stibus compte aujourd’hui 20 Crealis dont deux articulés. L’arrivée de ces nouveaux véhicules a fait baisser la moyenne d’âge de la flotte de 11,3 à 5 ans. Cinq Crealis supplémentaires viendront compléter le parc d’ici à la fin de l’année.
