Je me pose une question: Éric Woerth, notre ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, “victime d’un complot médiatique”, sera-t-il décoré de la Légion d’honneur pour mener jusqu’au bout la réforme des retraites? Et, si c’est le cas, qui s’occupera de son dossier? Non, ne riez pas, c’est important, parce que celui qui sera à l’origine de cette demande devra sans doute un jour s’expliquer. Toute cette histoire vous paraît grotesque? Au fond, je partage votre avis. Nous sommes légion à savoir comment se déroule la distribution des récompenses dans les ministères. C’est plutôt la forme qui m’ennuie, justement parce que nous avons tous le mode d’emploi. Dans ce feuilleton,ce sont les multiples négations, dénégations, acceptations et finalement aveux de fautes vénielles qui donnent à cette petite histoire de pouvoir et d’argent une tournure “d’affaire”. Pourquoi ne pas dire d’emblée qu’une partie des médailles est chaque année distribuée par stratégie: amitié, clientélisme ou intérêt? Tout le monde aurait souri, conforté dans ses certitudes, l’intéressé aurait battu sa coulpe et… fin de l’épisode. Étonnant, mais c’est un peu comme les enfants qui nient avoir ouvert le placard à confitures alors qu’ils ont la commissure des lèvres sucrée. Au lieu de cela, cette stupide histoire dure, et installe justement dans l’Hexagone une impression écœurante de “déconfiture” de l’État. Rappelons tout de même que la Légion d’honneur a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte, et qu’elle récompense depuis ses origines les éminents mérites militaires ou civils rendus à la Nation. Parfois, je me demande ce qu’auraient pensé de ce triste épisode les “grognards” de la Garde impériale, hachés menu à Waterloo. Ils refusèrent de reculer, entre autres, parce qu’ils arboraient tous ou presque cette breloque acquise au mérite sur d’autres champs de bataille. Tout est sans doute une question de décence ou d’honneur… des notions d’un autre âge, semble-t-il. Mais j’ai dû prendre un coup de vieux.
