Découvrir Paris et ses monuments dans un autocar, tout en déjeunant ou en dînant à bord, voilà ce que propose Resto’Bus. Un concept unique en France dont la recette allie un maître d’hôtel, un traiteur et un autocariste.
Prenez un autocar de tourisme, équipez l’arrière de chaque siège d’une tablette pour y déposer un plateau-repas, mettez à disposition un serveur, un conducteur, un guide, puis enrobez le tout d’une balade commentée d’environ trois heures. Ça se déguste à Paris, et c’est la recette du Resto’Bus lancée en mai par Christophe Sebile, un auto-entrepreneur de 39 ans.
Le tourisme? Un secteur qu’il ne connaît qu’à travers ses voyages. L’autocar? Un univers qui ne lui est pas familier. La restauration? Là, Christophe en sait davantage. Voilà plus de vingt ans qu’il œuvre comme maître d’hôtel dans plusieurs brasseries. Pourtant, il va imaginer la combinaison des trois pour se lancer dans une aventure originale, “unique en France et ailleurs”, affirme-t-il. Il s’agit de proposer un tour guidé de Paris en autocar de tourisme avec un service de restauration à bord. “Aujourd’hui, pour découvrir les principaux monuments de la capitale tout en déjeunant ou en dînant, il faut embarquer sur la Seine, regrette-t-il. Alors, l’idée m’est venue de proposer ce même type de prestation mais, cette fois-ci, terrestre.” Motivé par une envie de changer d’horizon professionnel, Christophe avait déjà fait un premier test il y a trois ans, “et ce fut un succès!”, se réjouit-il. Mais il faudra patienter un peu encore histoire de laisser le temps au concept de mijoter et à Christophe de franchir le pas… cette année! D’autant qu’en matière réglementaire, selon lui, il n’y a pas d’obstacles particuliers à mettre en place ce type de prestation touristique: “Il n’y a qu’une seule interdiction, le fait qu’un autocar ne peut pas être équipé à bord d’un four pour des raisons de sécurité. Par conséquent, les plateaux-repas servis aux passagers sont uniquement froids.” Resto’Bus peut alors ouvrir ses portes. Première étape: trouver le véhicule. Le jeune entrepreneur va aller frapper chez de nombreuses entreprises autocaristes. L’idée séduit mais question prix, Christophe a bien du mal à trouver un terrain d’entente.La note est trop salée. Pas question pour autant de se décourager! Christophe finit par s’entendre avec l’un d’entre eux basé à Athis-Mons (Essonne), les Cars Nedroma. “Nous sommes liés depuis par un contrat annuel”, souligne-t-il. L’autocar est un véhicule de tourisme des plus classiques, dont la seule particularité est d’être équipé à l’arrière de chaque siège d’une tablette. Il dispose de 49 places. Des minibus de 30 places sont également mis à disposition, eux pouvant être dotés de sièges en cuir. La deuxième étape va consister à trouver un traiteur. Un jeu d’enfant pour Christophe qui connaît du monde. Même recette pour le serveur à bord. Enfin, troisième étape, dénicher un guide. Là encore, pas de souci. Une fois ces ingrédients réunis, reste le plus dur: se faire connaître.
Internet jouera évidemment un rôle essentiel. Christophe crée son site, informe la presse, et communique auprès des comités d’entreprise, des clubs, des associations… et des autocaristes! Il a pour unique cible la clientèle groupes. “Je démarre l’activité et je ne peux pas me permettre pour l’instant de faire de l’individuel, dont le nombre de participants pourrait être trop aléatoire, explique-t-il. Je ne veux pas travailler à perte. Avec les groupes, je prends moins de risque.” Il contacte aussi l’office de tourisme et des congrès de Paris. L’accueil est froid. Qu’à cela ne tienne: Christophe propose à des représentants de la structure institutionnelle de venir tester le produit. C’était le 27 mai dernier, date du premier départ officiel d’un autocar Resto’Bus dans la capitale. Et finalement, le concept n’a pas laissé indifférent. Du coup, l’an prochain, le produit sera ajouté à la longue liste des prestataires parisiens sur le site web de l’office de tourisme. Car Christophe compte bien rejoindre les adhérents déjà présents en ligne.
Depuis cette date, deux autres sorties ont été effectuées, l’une le 11 juin avec 26 personnes à bord de l’autocar; l’autre, le 11 juillet… mais seulement 15 participants. “C’est peu, ne cache pas le jeune entrepreneur, mais je n’en suis qu’au début! Il faudra aussi compter sur le bouche à oreilles. L’idéal serait d’être sur une base de 20 à 25 pax minimum.”
Cela ne l’empêche pas de tabler d’ici à la fin de l’année sur un nombre total de 3 600 personnes transportées. L’autocar Resto’Bus sera en service les 23, 24 et 25 septembre prochains, puis le 7 octobre “en attendant de pouvoir le faire rouler au moins une fois par jour, et deux à trois fois en 2011”, espère-t-il. Christophe affirme répondre à tout devis dans les 24 heures, et se dit même en mesure d’assurer le service la veille pour le lendemain. “Quand on veut, on peut!”, s’enthousiasme le jeune homme.
Concrètement, Resto’Bus fixe rendez-vous pour chaque départ au Trocadéro (même lieu pour le retour), pour une découverte des principaux monuments parisiens. L’itinéraire ne varie pas, sauf impondérables, ou si, sur demande, le temps de parcours doit être réduit. “Il est également possible de prendre le groupe devant l’hôtel”, ajoute Christophe. La balade, qui comporte généralement deux arrêts durant lesquels les passagers descendent de l’autocar, peut alors commencer. Pendant le trajet, “avec au volant un conducteur expérimenté et habitué aux aléas de la circulation dans Paris”, souligne-t-il, un guide assure donc les commentaires (en français, mais aussi en langues étrangères si besoin), tandis que les plateaux-repas sont servis. En déjeuner ou en dîner, la formule comprend l’entrée, le plat, le fromage, un dessert, le tout accompagné de boissons (eau et vin au verre). Par exemple, au menu d’un repas de base dit “gastronomique”, les passagers auront foie gras, contre-filet rôti au parmesan et légumes de saison, fromage et tarte aux pommes. Des suggestions qui, elles aussi, peuvent varier selon les demandes. Côté prix, comptez 35 euros par personne à midi et 45 euros le soir. “Ces tarifs sont tout compris, et une gratuité est appliquée pour 20 payants”, précise Christophe. Par ailleurs, Resto’Bus propose également des formules petits-déjeuners et goûters. Et les groupes de jeunes sont les bienvenus à bord.
Vous l’aurez compris, Christophe Sebile espère bien développer son affaire et remettre son tablier de maître d’hôtel, métier qu’il exerce encore de façon occasionnelle. Le jeune entrepreneur guette l’arrivée d’un double étage l’an prochain au sein des Cars Nedroma, et ne cache pas son intention de le faire rouler pour Resto’Bus. En attendant, il compte mettre en place un service de navettes entre le 2 et 17 octobre prochains, entre la gare Montparnasse et la porte de Versailles, à l’occasion du Salon de l’automobile. À bord, Christophe proposera aux passagers, moyennant 20 euros par personne, un plateau cocktail accompagné d’une coupe de champagne.
