À l’occasion des 25e Journées Agir, les réseaux de transport indépendants ont cherché une fois de plus à prouver qu’ils n’avaient rien à envier aux grandes entreprises du secteur. Avec 69 adhérents en cette fin d’année, Agir gagne du terrain.
Prudents jusqu’ici, les organisateurs des 25e journées Agir (l’association des réseaux de transport indépendants) peuvent pousser un ouf de soulagement. L’édition 2010, qui s’est tenue les 30 septembre et 1er octobre à Clermont-Ferrand, n’a pas vacillé malgré la crise. Le nombre d’exposants et de visiteurs – autour de 500 personnes et une cinquantaine d’entreprises représentées – est resté stable par rapport aux précédentes éditions. Avec en prime un invité de marque: le Secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, pour un retour chronométré mais d’autant plus apprécié qu’il n’avait pu se rendre à Toulouse l’an dernier, durant les précédentes journées. “On aurait pu accueillir plus d’exposants et de véhicules, mais nous avions fait le choix d’organiser l’événement dans un espace un peu plus petit que d’habitude. On craignait une légère baisse de la fréquentation. Ça n’a pas été le cas”, souligne Magalie Dujancourt, responsable communication chez Agir. Mieux, le réseau connaît une augmentation constante du nombre de ses adhérents, qui atteint 69 réseaux de transport indépendants. Il y a moins d’un an, Agir fêtait son soixantième membre: la SNTC (société nouvelle des transports clermontois) de Clermont-Ferrand. “C’est en partie pour cette raison que nos journées ont été organisées ici”, justifie Gilles Bourdouleix, maire de Cholet et président d’Agir. Pour lutter à armes égales avec les deux grands groupes de transport de voyageurs (Veolia et Keolis), Agir entend encore densifier son réseau, histoire de montrer aux autorités organisatrices des transports qu’il existe une alternative crédible à la délégation de service public. “Je ne tiendrais pas le même discours sur la question de l’assainissement, observe l’élu. Dans ce cas, on a besoin du concours d’une entreprise spécialisée qui bénéficie d’une direction de la recherche. On doit travailler au cas par cas. Le secteur de l’eau diffère des transports. En la matière, au risque de me répéter, je ne crois vraiment pas qu’il y ait la moindre plus-value à opter pour une DSP.”
Pour redorer son blason, l’association a publié l’an dernier l’ouvrage Douze idées reçues sur le transport indépendant, lequel fait la chasse aux clichés ayant la vie dure. “Nous avons synthétisé nos arguments. Non, les réseaux indépendants ne coûtent pas plus chers, ils ne sont pas moins performants ni moins innovants. Nous ne sommes pas isolés ou condamnés à gérer de petits réseaux…”, ajoute-t-il. À force de le marteler, ce message a fini par être entendu. Plus de 20 % des réseaux urbains – une cinquantaine sur un total de 230 – sont exploités par un opérateur indépendant. Un chiffre qui ne cesse lui aussi de croître. “À Cholet, je suis passé il y a six ans d’une DSP à une régie directe. Je n’ai pas à regretter ce choix. D’autres maires m’ont suivi. Durant ces journées, une autre autorité organisatrice des transports que je ne peux citer vient de nous rejoindre”, argumente Gilles Bourdouleix.
La création d’une nouvelle entité juridique, la SPL (Société publique locale) qui a été adoptée par le Parlement en mai dernier, constitue du point de vue d’Agir, une bonne nouvelle. L’agglomération de Saumur (voir encadré) est la première à avoir fait ce choix. “La SPL ressemble dans sa forme à une société anonyme sauf qu’elle met autour de la table des partenaires publics uniquement. Alors que la société d’économie mixte, par essence, mêle des entreprises du secteur privé à des collectivités locales. C’est un maillon de plus, très important pour nous”, poursuit Gilles Bourdouleix.
L’influence grandissante d’Agir contraint ses responsables à aider les réseaux à améliorer leur efficacité. À Clermont-Ferrand, les conférences ont – naturellement – porté sur les thèmes de “l’innovation, l’optimisation et la promotion”. “Nous avons le devoir de montrer que les réseaux indépendants peuvent eux aussi répondre aux attentes des usagers du XXIe siècle. L’innovation doit être au cœur des préoccupations de chaque réseau”, assure Gilles Bourdouleix.
C’est aussi dans cet esprit que le président d’Agir a annoncé la création d’une centrale d’achats destinée à toutes les autorités organisatrices et à tous les réseaux de France. “Elle a été conçue pour que nous soyons en mesure de passer des marchés publics pour des produits et services à la place des autorités organisatrices ou des entreprises qui y feront appel, explique-t-il. Il s’agit, au final, de faciliter les achats et obtenir les meilleurs prix”, résume Gilles Bourdouleix, maire de Cholet et président d’Agir.
De quoi attirer d’autres membres? Réponse lors des prochaines Journées Agir qui se tiendront à La Rochelle les 29 et 30 juin 2011.
Depuis 2008, la fréquentation du réseau urbain de Belfort a connu une croissance sans précédent. Dans un communiqué, le Syndicat mixte des transports du territoire de Belfort déclare avoir recensé deux millions de voyages supplémentaires. Durant cette période, le nombre d’abonnés a triplé passant de 15 000 en 2008 à 35 000 cette année. Cette progression fulgurante a éveillé la curiosité des responsables d’Agir qui l’a récompensé à Clermont-Ferrand par son premier prix de l’Innovation. Avec Optymo, Belfort a misé sur de nouveaux outils comme le ticket de bus par SMS pour se développer. "Pour réduire les fils d’attente, nous ne vendons plus de tickets à bord mais dans nos points de vente. Les usagers peuvent aussi obtenir un ticket sur un téléphone portable par simple envoi d’un texto. Le conducteur n’a qu’à vérifier la validité du code", explique-t-on chez Optymo. Le Pass Optymo a aussi séduit les membres d’Agir. Gratuite, cette formule d’abonnement fonctionne autour de trois axes: le post-paiement, le paiement sur consommation et le plafonnement. "On ne paie que ce qu’on a consommé sans surprise puisque la facture est plafonnée", assure Optymo. Ce modèle est inspiré des boîtiers télépéages des autoroutes et des cartes de transport du métro londonien. Dans les réseaux urbains et interurbains français, il s’agit d’une première. Cette ambitieuse politique marketing s’est accompagnée d’un renouvellement de la flotte des bus qui fonctionne entièrement au GPL et qui a été financée par un crédit-bail. Selon Christian Proust, le président du SMTC90, "ce choix a permis de faire gagner 250 000 euros à la collectivité".
Dans le sillage du lancement d’Optymo, Christian Proust pense déjà à la version 2. Laquelle mettra l’accent sur une amélioration de l’accessibilité, la mise en service de bus à haut niveau de service, de l’autopartage et de vélos en libre-service. À l’avenir, il espère attirer deux millions d’usagers supplémentaires à l’horizon 2013. L’objectif pour ce réseau doté d’un budget de fonctionnement annuel de 19 millions d’euros est d’atteindre rapidement la barre des dix millions de clients chaque année. Gilles Bourdouleix, le président d’Agir, est bluffé: "Nous avons lancé le prix de l’innovation pour montrer que les réseaux indépendants savent investir pour se mettre en conformité des attentes des usagers du XXIe siècle. C’est le cas à Belfort."
X.R
Tout nouveau, tout beau? Le 23 septembre, les élus de la communauté d’agglomération de Saumur (Maine-et-Loire) se sont laissés tenter par la gestion directe de leur réseau de transport en créant une Société publique locale, un nouvel instrument de gestion publique fraîchement voté par le Parlement, en mai dernier. Récemment adoptée par les élus, cette nouvelle organisation ne prendra forme qu’à partir du 1er juillet 2011, date à laquelle l’actuelle SEM (société d’économie mixte) cédera officiellement les clés à la nouvelle entité juridique. L’association Agir, qui vient d’accueillir le réseau AggloBus de Saumur parmi ses nouveaux membres, a informé durant les deux journées de conférences ses adhérents. "C’est un enjeu important pour nous. Malgré les pressions des grands groupes, nous avons réussi à imposer ce nouveau statut juridique qui permet de regrouper un panel de collectivités locales parmi les partenaires de la SPL sans mise en concurrence. Contrairement à la Société d’économie mixte qui implique es partenaires privés", se réjouit Gilles Bourdouleix, le président. À Saumur, la SPL est pilotée par la ville et la communauté d’agglomération à hauteur de 90 % et le département pour les 10 % de parts restantes. L’objectif affiché est de réaliser des économies substantielles – entre 400 000 et 800 000 euros par an selon les estimations, lesquelles sont rendues possibles par l’absence de marge du délégataire de service public. Exit donc Veolia, détenteur de 20 % du capital de la Société d’économie mixte, dont le contrat de gestion n’achève fin juin 2011. Dans la forme, la gestion des sept lignes de bus urbains, les douze liaisons interurbaines, les transports scolaires (24 lignes) et du TAD ne devraient guère différer. Le fonctionnement des SPL ressemble à celui d’une société anonyme "sans être soumise au code des marchés publics", précise Magalie Dujeancourt, responsable communication à Agir. Les services de transport sont gérés en direct par la SPL. Un argument qui a séduit les élus qui ont prévu de revoir l’offre de transport du réseau AggloBus en juillet 2012.
X.R
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L’heure est au "web 2.0". Dans le langage courant, on parle plutôt des réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Viadeo, Linkedin, pour les plus célèbres en France. Même les partis politiques s’y sont mis créant leur propre marque. Dans la conférence "Transport public et réseau communautaire", Nicolas Tronchon, directeur associé de l’entreprise Transway, a, non sans pédagogie, ouvert les adhérents d’Agir aux avantages des réseaux sociaux dans l’élaboration de leur stratégie marketing. "Se développer sur la base des fichiers clients existants, c’est absurde. Avec les réseaux sociaux, il existe des moyens rapides et gratuits pour aller chercher de nouveaux profils d’usagers", assure-t-il. Pour lui, ces espaces numériques "reçoivent en plus des profils renseignés par les individus, des informations contextualisées liées aux déplacements individuels ou collectifs."
C’est donc, de surcroît, une occasion de délivrer des informations en temps réel. La SNCF va, comme l’a annoncé son pdg Guillaume Pépy il y a quelques mois, lancer une communauté “Imagine TGV” pour améliorer la qualité du service. Les réseaux urbains et interurbains n’ont pas besoin d’aller jusque-là. Les systèmes existants suffisent amplement. Nicolas Tronchon est sûr de son fait. Sa société Transway est, par exemple, intervenue pour le conseil général de l’Isère.
"On nous a demandé de mettre en place une communauté d’utilisateurs de la ligne 1920 entre Bourgoin-Jailleux et Grenoble qui allait prochainement être perturbée par des travaux. Au conseil général, on nous demandait de faire un forum. Nous avons proposé une page Facebook. C’est le présent et l’avenir. Le reste, c’est fini." Résultat: sur 100 usagers de la ligne, plus de 200 ont rejoint le groupe, soit un taux de captation "unique" de 20 %.
Sceptiques, les élus du conseil général sont aujourd’hui totalement conquis par les arguments de Nicolas Tronchon: "Ils ont compris que par le biais du contenu participatif, on touche l’individu. On le connaît, on dialogue. Certains chauffeurs sont en lien avec les usagers. C’est mieux que les comités de ligne qui se réunissent le soir à 18 h 00. Là, c’est en permanence et ça touche plus de monde."
X.R
