La France gigote, trépigne, s’énerve et défile. Pourquoi? Pas simplement pour défendre un système de retraite que tout le monde s’accorde à considérer comme malade. Il faut trouver des solutions, nous sommes tous d’accord. Mais lorsque l’on touche à un dogme au pays de 1789, il faut savoir en discuter longtemps et convaincre un maximum d’acteurs avant de lancer les opérations. Ce n’est donc pas tant le fond qui pose problème, que la forme. C’est un peu comme si le premier concile de Nicée (325 de notre ère) avait été expédié en quelques jours. Résultat d’une certaine forme de précipitation, peu de gens comprennent aujourd’hui les enjeux et implications réels de cette réforme, et bien peu cernent aussi les conséquences possibles de la contre-réforme proposée par l’opposition. Alors on défile, on mobilise et on grogne contre un contexte économique et social où, en dehors d’une petite minorité cachée derrière son bouclier, tout le monde sent bien que rien ne sera plus vraiment comme avant. Le paradoxe, c’est que cette situation est tout autant valable pour les salariés que pour les chefs d’entreprises, simplement parce que l’argent manquera pour irriguer l’économie réelle, ce qui mettra en péril tout le fragile équilibre du système. Toute syndicale qu’elle soit, cette mobilisation est donc bien politique. C’est ce qui en fait un mouvement si difficile à contrôler. Le vrai défi consistera désormais pour tous les protagonistes à sortir honorablement de cette affaire. Du côté gouvernemental, on se drape dans la symbolique de la fermeté et du sens des responsabilités. Alors, sans rien céder, on garde le menton haut et le regard clair, tourné vers 2012. En face, on mobilise le ban et l’arrière-ban – notamment ceux de l’école – et, faute de véritable grève générale, on s’engage dans une stratégie de paralysie en tapant là où ça fait mal: les robinets de carburant. Soit, mais pour aboutir à quoi? Au fond, je crains que les dindons de cette farce ne soient toujours plus ou moins les mêmes. Ceux qui verront leurs chiffres d’affaires plonger, et ceux qui constateront une fois de plus une baisse de leur pouvoir d’achat. On dit toujours que les Français se complaisent dans la discussion, je ne suis plus certain qu’ils sachent encore se retrouver autour d’une table pour débattre sans s’invectiver ou se mépriser.
