Un congrès proactif Sujets d’actualités, vidéos, débats bien rythmés… La 18e édition du Congrès de la FNTV a fait le pari du dynamisme et de la modernité pour aborder des thématiques lourdes de conséquences pour la Profession. L’Environnement, la Sécurité et l’Accessibilité au menu d’une journée bien chargée.
Les adhérents de la FNTV ont bravé en nombre – près de 200 participants le matin et 350 l’après-midi – les difficultés de transport liées au mouvement de grève nationale contre la réforme des retraites. Il est vrai que les sujets de débat sélectionnés pour cette 18e édition du Congrès annuel de la Fédération avaient de quoi mobiliser les énergies au centre de congrès Cap 15. Décidée à aborder de front les problèmes rencontrés par la Profession, la Fédération avait soigné à la fois le fond, à travers un judicieux choix de sujets, et la forme, en misant sur la modernité.
Les trois débats de la matinée, réservés aux seuls adhérents, chacun de 45 minutes environ, étaient respectivement consacrés à l’Environnement, la Sécurité et l’Accessibilité. Introduits par une vidéo permettant de poser le décor, ils étaient ensuite commentés en tribune par trois professionnels sous l’orchestration de Roselyne Dubois, journaliste de BFM TV. L’objectif affiché, outre la mise en lumière des problématiques liées aux sujets retenus, consistait à rendre ces tables rondes les plus interactives possibles entre les adhérents qui avaient répondu présents, et les porteurs des débats installés en tribune.
Lors de la synthèse effectuée en début d’après midi par Éric Ritter, secrétaire général de la FNTV, l’objectif est apparu clairement: créer les conditions de débats constructifs, voire critiques, autour des trois axes de réflexion choisis. "Aujourd’hui, plus que jamais, la parole doit être donnée aux professionnels. Dans des périodes cruciales comme celle que nous connaissons, c’est fondamental". En effet, les adhérents disposaient de boîtiers électroniques leur permettant ainsi d’exprimer leur opinion à intervalles réguliers pendant le débat. L’affichage immédiat des résultats sur les écrans de la salle permettant aux différents acteurs de la matinée de rebondir directement sur certains des points importants évoqués.
Parce qu’il n’y a pas que des difficultés à surmonter dans la vie d’une fédération patronale, le débat orienté sur l’autocar et la protection de l’environnement s’est surtout révélé porteur d’espoir. Manuel Astier, consultant chez Aléniums Consultants, a d’abord mis en avant, en quelques minutes de vidéo, deux cartes majeures apportées par le Grenelle 2 au jeu de l’autocar. Ainsi, le caractère désormais prioritaire des transports publics ouvre-t-il logiquement la porte aux lignes express nationales, tandis que l’intermodalité arrive désormais en tête des préoccupations de nombreuses collectivités territoriales. Deux aspects sur lesquels l’autocar peut évidemment s’appuyer pour redorer son blason et se rendre plus visible en tant qu’alternative à l’automobile, respectueux de l’environnement.
Revenant sur le contenu du Grenelle 2, Laurent Bougard, Directeur du droit du transport et des partenariats publics-privés chez Transdev, a rappelé qu’une des dispositions de ce texte, complétant la LOTI, oblige désormais les autorités organisatrices de transports urbains et interurbains à travailler de concert pour l’organisation des services dans le périmètre des agglomérations de plus de 100 000 habitants. Un bon point réglementaire pour le développement de l’intermodalité, si les AO arrivent à travailler ensemble. Laurent Bougard a aussi rappelé qu’un des articles du texte obligeait à mieux informer les voyageurs sur le bilan énergétique de la prestation transport, ce qui ne peut que bénéficier à l’autocar. Enfin, il a souhaité rappeler que ce Grenelle 2 modifie aussi la loi Sapin, en autorisant la prolongation d’un contrat de DSP si le délégataire doit assurer, dans le cours de ce contrat, de nouveaux investissements matériels.
Pour Philippe Fenard, Directeur des achats et du parc chez Keolis, la Charte du développement durable, signée en 2009 lors du 17e Congrès, est révélatrice de la démarche de progrès dans laquelle la Profession s’est engagée en matière de protection de l’environnement. Il s’est dit certain que cette démarche portera ses fruits dans les appels d’offres futurs, lorsqu’il s’agira de différencier des candidats dans une gamme de tarifs homogènes. Pour Philippe Fenard, cette démarche, liée au développement des éco-comparateurs, mérite d’ores et déjà un effort de communication de la part de la Profession. Un point de vue largement partagé par Daniel Parsy, ancien président de la Commission Technique et Sécurité, qui a rappelé comment, dès 2007, la FNTV et l’Ademe ont publié onze Fiches Conseil Environnement traitant des onze filières technologiques
C’est Philippe Glarner, Directeur commercial d’Evobus qui, par vidéo interposée, a ouvert le débat très attendu sur l’accessibilité. En tant qu’industriel, il a rappelé les nombreuses adaptations que les constructeurs ont du incorporer dans leur production depuis 1999 pour répondre aux évolutions de la réglementation. Nonobstant tout ce qui touche aux normes Euro, il leur a fallu intégrer en quelques années les ceintures de sécurité, l’éthylotest anti-démarrage (EAD) et l’accessibilité. Dans ce dernier cas, l’échéance étant fixée à 2015, Philippe Glarner conseille vivement aux autocaristes d’acquérir dès aujourd’hui des véhicules au moins prédisposés, si ce n’est accessibles, lorsque les AO l’exigent déjà. Que vaudront en effet les cars classiques lorsque la loi entrera pleinement en vigueur? Il s’est aussi voulu rassurant sur la capacité des industriels du secteur à produire en nombre suffisant les véhicules nécessaires. Ses inquiétudes portant plutôt sur la capacité des fabricants de rampes à répondre aux besoins du marché. Alain Jumeau, président du directoire des Cars Dunois, a rebondi rapidement sur le problème réel des autocars d’occasion non accessibles. Leur décote rapide n’est pas de bon augure pour leur valeur de revente après 2015. En revanche, Alain Jumeau est plus optimiste quant à la prise en considération par les collectivités territoriales du surcoût de l’accessibilité (25 à 30 000 euros par autocar). Pourront-elles en revanche assumer à la fois la facture des autocaristes et celle de l’aménagement des points d’arrêt? Dubitatif, le chef d’entreprise milite pour un dialogue constructif avec les AO, afin de trouver des solutions communes, notamment sous la forme de services de transport spécifiques, et pourquoi pas de transport à la demande (TAD), comme c’est déjà le cas dans certains départements.
Pour Fabrice Peirona, Directeur des systèmes logistiques des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD), la mise en conformité des transports interurbains avec la loi sur l’accessibilité participera de plus en plus du casse-tête. Il rappelle d’abord à tous que l’ensemble des handicaps doit être pris en compte, ce qui s’avère particulièrement compliqué dans l’interurbain. Autre difficulté pointée du doigt, la capacité des véhicules. Pour Fabrice Peirona, la perte de 6 places pour l’installation d’un hayon élévateur peut obliger à mettre un second véhicule sur une ligne, avec les surcoûts qu’on imagine. Enfin, sa propre expérience démontre que les AO ne sont pas toutes encore conscientes de l’échéance de 2015 et des difficultés qu’elle implique déjà. Retoquée en 2007 par le conseil général pour cause de prix trop élevé sur un appel d’offres où les VFD répondaient avec des cars accessibles, la régie se voit désormais imposée dans de nouveaux cahiers des charges la pose d’écrans à cristaux liquides en lieu et place des bandeaux lumineux. Une impossibilité technique dans les autocars. Selon lui, élus et techniciens semblent trop imprégnés des possibilités offertes par l’urbain. Il va falloir dialoguer sérieusement.
Benoît Dutartre, directeur associé de l’agence “Entrenoussoitdit”, ne cache pas, dans la vidéo qui ouvre le débat sur la sécurité, que les cinq ans qui viennent seront difficiles, pour les entreprises comme pour les collectivités, à cause de l’accumulation des réglementations déjà évoquée. Homme de communication, Benoît Dutartre milite en revanche pour que la Profession saisisse cette opportunité pour développer une véritable campagne d’image. Pour lui, cette période est à mettre à profit pour forcer un changement de mentalité du grand public à propos de l’autocar, en mettant justement en avant le fait qu’en 2015, tous les autocars seront équipés d’EAD, de ceintures et accessibles. Ou comment retourner à son avantage une situation à priori pénalisante.
Pour Guy Chazot, Pdg des Autocars Chazot et Président de la FNTV Loire, cette démarche est déjà en cours. Le syndicat départemental finalise par exemple une Charte Sécurité – co-signée par la préfecture, le conseil général de la Loire et Saint-Etienne Métropole – sur laquelle toutes les entreprises adhérentes pourraient s’engager. Elle mettra en avant le travail fourni par les autocaristes sur la santé des conducteurs, la sécurité routière et l’ensemble des mesures techniques prises dans chaque entreprise. Communiquer sur la sécurité, Hervé Domas, Directeur des Autocars Planche, est d’accord. Mais il souhaite que les élus prennent en compte les surcoûts indéniables liés aux mesures prises. Quant aux adhérents, ils doivent, selon lui, rester cohérents en matière de tarifs, et appliquer impérativement les surcoûts liés à ces mesures dans les propositions qu’ils font aux collectivités. Pour Stéphane Boubet, Président de Voyages Gougeul, directeur technique de Voyages Boubet, Président de la FNTV Orne et de la FNTV Basse-Normandie, les nouvelles contraintes en matière de sécurité n’en sont pas. Elles offrent bien au contraire l’opportunité de communiquer sur l’excellence de ce métier.
Loin du catalogue de revendications ou de la litanie des difficultés rencontrées, ce 18e Congrès, tout en ne minimisant pas les défis qui se dressent au devant des adhérents de la FNTV dans les cinq ans à venir, s’est attaché à mettre en lumière les moyens de positiver l’ensemble des nouvelles mesures qui devront être mise en œuvre. Un travail de communication qui devra être réalisé à tous les échelons de la Fédération. Plus nombreux encore l’après-midi pour assister aux deux débats programmés (voir notre encadré), les congressistes n’ont toutefois pas eu le plaisir d’accueillir le secrétaire d’État Dominique Bussereau, retenu par le blocage des ports et des raffineries. Représenté par son chef de Cabinet, qui a lu son discours, il n’avait cependant pas de propositions nouvelles à faire à la Profession.
Les 11 fiches Conseil Environnement publiées en 2007 portent sur les technologies suivantes:
1. Le gazole (sans soufre)
2. Les biocarburants
3. Les émulsions eau gazole
4. L’éthanol
5. Les filtres à particules (FAP)
6. Les systèmes de réduction des NOX
7. Le GNV (Gaz Naturel pour Véhicules)
8. Le GPL (Gaz de Pétrole Liquéfié)
9. Les véhicules électriques
10. Les véhicules hybrides
11. La pile à combustible.
Devant un parterre fourni de plus de 350 personnes, les deux débats organisés l’après-midi avaient pour fil conducteur la mise en lumière d’un certain nombre de bonnes pratiques intégrant l’autocar comme un outil mis au service des politiques locales. De l’ensemble des nombreuses interventions, on retiendra plus particulière celle d’Éric Chareyron, Directeur marketing de Keolis qui, à travers les résultats d’une vaste enquête menée auprès de la clientèle, constate que les besoins de transport ont grandement évolué. La liaison domicile-travail qui, jusque là, faisait l’objet de toutes les attentions, ne représente en fait que 20 à 25 % des besoins, alors que les horaires eux-mêmes ont connu de fortes évolutions avec le développement des temps partiels et des RTT. L’enquête révèle aussi que la majorité des déplacements en zone périurbaine concerne les zones d’activité. Enfin, Éric Chareyron a souhaité attirer l’attention sur le fait que l’offre de transport se révélait souvent bien trop complexe à maîtriser pour une population qui compte, selon l’INSEE, 11 % d’illettrés…
Autre temps fort, l’intervention du député de la Drôme Hervé Mariton, rapporteur du budget Transport à l’Assemblée Nationale. Partisan bien connu du TRV, il constate que la "libération" de l’autocar est en cours. Pour lui, le fait d’avoir réglé la question du financement des lignes ferroviaires dites d’équilibre du territoire dans le cadre de la loi de Finance de 2011, donnera plus de liberté pour aborder le sujet du développement des lignes d’autocar nationales. Le débat qui commence sur l’organisation de ces services – conventionnement, déclaration ou autorisation – ne doit pas ralentir le processus. "Il faut commencer, martèle-t-il, pour révéler la réalité de ce nouveau système". Une idée appuyée par André Broto, Directeur de Cofiroute, qui milite pour que les "infrastructures existantes soient bien mieux optimisées". Les adhérents ont aussi pu découvrir avec intérêt comment le Syndicat Mixte des Transports en Commun de Belfort mise sur une combinaison autocar/autobus cadencés pour accroître de 15 % par an la fréquentation de ses réseaux, comment le conseil général de la Loire a su développer un site internet interactif permettant aux clients de maîtriser tous les transports du département, ou comment le département des Pyrénées Atlantiques a fait le choix de privilégier le tissus de ses PME de transport routier de voyageurs dans l’élaboration de son prochain appel d’offres scolaire. Un ensemble d’exemples révélateur d’une logique de partenariat entre les entreprises et les collectivités, largement mise en avant par le Président de la FNTV, Michel Seyt, dans son discours de clôture.
