À l’occasion de son 17e congrès national, qui s’est tenu les 6 et 7 novembre à Nancy, la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) s’est inquiétée de la réforme des collectivités territoriales qui risque, selon elle, d’affaiblir les régions et donc l’organisation des transports publics. Autre thème: les effets du Grenelle. Les militants de la Fnaut n’ont pas vu le New Deal écologique annoncé.
Pour débattre des questions du financement des transports collectifs et de la réforme des collectivités territoriales qui sera votée dans les prochains jours au Parlement, la Fnaut avait sous la main une brochette de choix: le sénateur-maire de Nancy, André Rossinot (UMP), le volubile président du conseil général, Michel Dinet (PS) et le sénateur et président socialiste du Conseil régional de la Lorraine, Jean-Pierre Masseret. Ce dernier votera contre: “Il y a bien sûr des aménagements à faire mais l’équilibre est là. Dans ma région, nous travaillons avec tout le monde, l’agglomération, la commune, le département. Il n’y a pas besoin de texte législatif pour améliorer les coordinations.” Le plus inquiétant à ses yeux relève de la mise en place des conseillers territoriaux. Des “monstres à deux têtes” qui seront en obligation de cumuler deux mandats, celui de conseiller régional et celui de conseiller général. Il parle de phénomène de recentralisation et de métropolisation. Totalement en phase avec son homologue à la région, Michel Diret hausse le ton. Pour lui, cette réforme sonne le glas de “la décentralisation” et va précipiter les collectivités dans le précipice. D’autant qu’avec la mise en route des clauses de compétences, les collectivités (notamment les Conseils généraux) ont “connu une formidable inflation de leurs dépenses.” Sans contreparties de l’État, les investissements vont se réduire à la portion congrue. “Je ne sais pas comment boucler mon budget 2011”, affirme Michel Dinet. “Cet étranglement est insupportable. Qu’on ne me fasse pas croire que cela ne corresponde pas à une politique de recentralisation.” Concrètement, dans son département, la gratuité des transports scolaires pourrait être remise en question dans les mois à venir. “Je m’y refuse mais jusqu’à quand?” Jean-Pierre Masseret demande, pour sa part, qu’un grand débat sur la fiscalité s’installe sans délais. “Tout doit être refondu pour que cela soit plus juste et plus efficace. Entre 2003 et 2013, nous aurons attribué 515 millions d’euros pour moderniser notre réseau TER. Cela a débouché sur 50 % de fréquentation en plus, soit 400 000 Lorrains qui prennent le train pour se déplacer. Pourra-t-on continuer à améliorer nos structures à la même vitesse?”
Les élus présents ont rejoint les militants de la Fnaut sur la nécessité d’explorer de nouveaux champs pour dégager les ressources financières nécessaires “au prolongement de la politique des transports actuellement menée”, caractérisée “par le rétablissement de subventions aux investissements de transports urbains en site propre, la relance des investissements ferroviaires (lignes à grande vitesse et réseau classique), l’autorisation de l’expérimentation du péage urbain et la prochaine convention État-SNCF concernant les dessertes ferroviaires Intercité.” À ce titre, elle milite pour la mise en place de la taxe carbone, laquelle “devrait constituer une décision structurante fondamentale.” Pour Jean-Pierre Masseret, il faut que cette mesure soit coordonnée “au niveau européen”. Cette taxe permettra alors de contribuer au financement de la “la ville durable de demain qui nécessite d’autre part une nouvelle forme de gouvernance impliquant tous les acteurs.”
Le financement n’était pas le seul enjeu de ce 17e congrès qui a réuni une centaine de militants représentant une grande partie des 150 associations adhérentes de la fédération. Les premiers résultats du Grenelle ont été évalués. Un bilan mi-figue mi-raisin, pour ne pas dire amer. Si elle reconnaît “qu’à travers les lois Grenelle 1 et 2 ou le projet de Schéma national des infrastructures de transport, une inflexion indéniable a été apportée à la politique des transports”, son président, Jean Sivardière, juge aussi que les résultats ne sont pas à “la hauteur des enjeux économiques (dépendance pétrolière), sociaux (demande croissante de transport public) et environnementaux (cadre de vie, climat).” Aux yeux de Claude Pierre Dit Barrois, président de la Fnaut Lorraine, le plan de relance de l’économie a privilégié le secteur automobile. L’État poursuit les investissements routiers (lire l’interview de Jean Sivardière) “sans tenir compte de leurs effets pervers et n’a pas enrayé la chute du fret ferroviaire”, l’une des priorités affichées du Grenelle.
Bref, un sentiment de déception a rôdé autour des deux jours de congrès. En conclusion de son communiqué de fin de congrès, la Fnaut a sèchement taclé le “chef de l’État et le gouvernement (qui) n’ont pas su saisir l’occasion de faire évoluer de manière décisive la politique des transports et de l’aménagement du territoire. Les résultats du Grenelle sont très en deçà de la stratégie de rupture, du changement de paradigme, du New Deal écologique ou encore de la révolution profonde et tranquille annoncés un peu vite il y a trois ans.”
– Quel bilan dressez-vous de ce 17ème congrès?
Je tiens à souligner la qualité des débats. Nous avons beaucoup appris au contact des élus de la région Lorraine, André Rossinot, Jean-Pierre Masseret et Michel Diret. Ce congrès confirme qu’il nous reste beaucoup de travail pour que la place de la voiture, des camions et de l’avion décroisse au profit de modes de transport alternatifs en milieu urbain ou interurbain: la marche, le vélo, le bus, le trolleybus, le tramway, le TAD, le train… En règle générale, la volonté politique manque. Quand il y a consensus comme ici à Nancy qui espère développer un RER nancéien, on peut mettre en place une réelle politique des transports. Pour nous, l’exemple à suivre, c’est la Suisse. Dans certains endroits, nous en sommes loin.
– Un mot sur le SNIT, la dimension ferroviaire doit vous satisfaire?
Il y a une inflexion en effet vers le ferroviaire mais ce n’est pas le bouleversement promis. La route reste une priorité de ce gouvernement. Les projets déclarés d’utilité publique entre 2008 et le premier semestre de cette année ne figurent pas dans le SNIT. C’est une façon habile de masquer la réalité. Nous disons qu’il faut plus d’efforts encore. Pour nous, le train reste le mode de transport à privilégier sur les longues distances. Nous ne croyons par exemple pas aux liaisons nationales par autocars. Le car (ou le bus) est utile en milieu urbain ou interurbain et dans les connexions vers les gares.
– La FNAUT perd des adhérents dans de nombreuses régions, cela a-t-il une influence sur vos actions?
Au total, nous ne perdons pas d’adhérents. Le maillage des associations présentes restent forts avec plus de 150 membres et 65 000 militants. Il est vrai pourtant que certaines régions ont perdu en dynamisme. Cela ne nous empêche pas de travailler. L’État va prochainement signer une convention inespérée. Par ce texte, il devient l’Autorité organisatrice des transports pour les Corails. Nous souhaitions que les trains classiques ne soient pas les grands oubliés du développement du TGV dont le prix des places est souvent dissuasif. Nous avons notre part dans ce succès.
Propos recueillis par X.R
À Nancy, la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) a remis ses tickets verts et son ticket rouge, sortes de bons points et de blâmes distribués aux autorités organisatrices des transports ou aux élus qui se sont distingués dans l’actualité récente du transport de voyageurs. Le premier ticket vert a été décerné à une coalition de partenaires transfrontaliers franco-suisse. Appelé Colibri, ce partenariat qui regroupe le conseil régional de Franche-Comté (les communes de Pontarlier et de Frasne, les cantons suisses de Berne et de Neuchâtel et des opérateurs privés) est parvenu l’an dernier en un temps record à compenser la suppression de liaison Paris-Berne par deux nouveaux allers-retours quotidiens avec correspondance. Le soutien régional au fret ferroviaire aurait aussi été décisif dans l’attribution de cette récompense. La démarche d’implantation de commerces et d’activités de services dans les gares en région Rhône-Alpes et la SNCF a aussi été récompensée.
Tout comme, Louis Nègre, sénateur-maire de Cannes et coprésident de l’association TDIE (transport développement intermodalité environnement), qui pilote le groupe de travail interministériel sur la dépénalisation du stationnement et sa décentralisation, et Roland Ries, sénateur-maire de Strasbourg et président du Gart (Groupement des autorités responsables de transport) ont été récompensés par ce fameux "ticket vert". Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, prend, pour sa part, un "ticket rouge". Son action en faveur de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans la banlieue nantaise, est fortement réprouvée par les militants de la Fnaut. "Malgré un consensus politique sur ce projet dont le financement vient d’être abondé par les collectivités territoriales concernées, nous restons fermement opposés", a justifié Claude Pierre Dit Barrois, président de la Fnaut Lorraine.
Le Conseil régional de la Réunion a également eu le droit à son carton jaune. La Fnaut regrette que le projet de tram-train ait été définitivement rangé dans un placard au profit de la construction d’une nouvelle route longeant le littoral. Le syndicat mixte des transports du Douaisis (SMTD) "pour son choix stupide du tramway sur pneus" et le Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF) pour avoir adopté "la technique du tramway sur pneus sur la ligne T6 Chatillon-Vélizy-Villacoublay" ont aussi été épinglés. Mention spéciale pour finir à Dominique Bussereau, le secrétaire d’État aux transports qui a reçu un cinglant "ticket rouge", "pour son exigence incompréhensible de suppression des passages à niveau en cas de réouverture d’une voie ferrée, ce qui a bloqué de nombreux projets intéressants soutenus par nos associations."
X.R.
