Si le passage des chronotachygraphes au numérique a coûté cher aux PME, elles reconnaissent aujourd’hui que le développement de certaines applications s’avère souvent pratique et économique. Un autocariste de Haute-Vienne témoigne.
“En informatique, je suis zéro. Mais lorsque j’ai découvert le DLD, qui permet de télécharger à distance les données des chronotachygraphes, ça a été le coup de foudre. J’ai foncé.” Patron des Transports Desplanches et des Cars Richard Cœur de Lion, Jean-Marie Desplanches est assez représentatif de ces dirigeants de petites entreprises confrontés à une règlementation drastique. Contraints de s’y adapter coûte que coûte, ils parviennent parfois à en tirer profit.
“J’ai longtemps freiné en matière de chronotachygraphe numérique. J’avais même raflé chez un concessionnaire ses six derniers véhicules équipés de chrono papier! Le numérique, je craignais que cela soit complexe et coûteux. Je n’ai d’ailleurs pas été déçu…” , rappelle Jean-Marie Desplanches. Complexe, car lorsque sont arrivés dans l’entreprise de Châlus (Haute-Vienne) les premiers chronotachygraphes numériques, la collecte des données était longue et fastidieuse. Thomas Lasjaunias, chargé de ce travail, se souvient: “Tous les vingt-huit jours, il fallait que je fasse la tournée des six véhicules, tous destinés au transport scolaire et dispersés dans un rayon de 30 km. Cela se faisait le soir, après les heures de travail. Il fallait donc prévenir le chauffeur, s’assurer qu’il soit bien chez lui afin de pouvoir me remettre la carte conducteur… Pour télécharger les données conducteur et la mémoire de masse sur la clé USB spéciale, il faut entre quinze et trente minutes. Mais comme je ne maîtrisais pas encore le logiciel, ça prenait parfois une heure!” Et Jean-Marie Desplanches d’ajouter: “Alors ça, parcourir la campagne pour faire la tournée des cars, c’est d’un ridicule! Et puis, ça a un coût! Thomas y passait entre dix et douze heures par mois. Quant à faire venir les chauffeurs au siège de l’entreprise pour télécharger les infos, c’est aussi cher en main-d’œuvre. De toute façon, voir une personne attendre sans rien faire que l’informatique saisisse des informations, c’est nul, insupportable! Et dire qu’elle est censée nous faire gagner du temps!”
Lorsqu’en 2009, chez un fournisseur, Jean-Marie Desplanches découvre la possibilité de transmettre à distance les informations des chronotachygraphes, il n’hésite pas. “J’avais l’expérience de la transmission à distance des données de la billettique des transports scolaires. Et comme ça marche parfaitement…” Lors de cette journée commerciale, Jean-Marie Desplanches rencontre Eric Varez, délégué de VDO-Continental pour le grand Sud-Ouest. “J’ai proposé à Monsieur Desplanches d’être entreprise pilote pour la région. L’objectif pour VDO était d’affiner le développement de son chronotachygraphe, le DTCO dans sa version 1.3, et du DLD, le boîtier qui en transmet à distance les informations, de rendre la mise à jour plus autonome, plus rapide. Le DTCO 1.3 couplé au DLD permet en effet de transférer les données légales à distance, sans carte Entreprise dans le car. Plus besoin donc de faire rentrer le véhicule à la base dans l’intervalle réglementaire des 28 jours ou des 95 jours. Les gestionnaires disposent d’un accès permanent aux données quel que soit l’endroit où se trouve le véhicule. Le DLD établit automatiquement une connexion entre le DTCO et le PC du gestionnaire: il identifie à distance la carte Entreprise. Cette dernière doit être connectée au PC du gestionnaire de flotte, au siège de la société. Le téléchargement des données légales certifiées s’effectue automatiquement, en toute sécurité et de manière totalement transparente pour le conducteur et le gestionnaire de flotte, entre le DTCO et le DLD, puis entre le DLD et le PC. En fonction des besoins des entreprises, nous proposons deux types de solutions, la version WiFi pour les véhicules rentrant fréquemment à la base. La transmission des données est alors gratuite. Ou, pour les véhicules isolés, la version GPRS. Quel que soit l’endroit où le véhicule se trouve, le DLD transmet automatiquement les données légales au PC du gestionnaire en temps voulu”, résume Éric Varez.
“Ça m’a coûté une fortune cette histoire, éclate de rire Jean-Marie Desplanches avant d’expliquer. Mes cars étaient équipés de chronotachygraphes 1.2 sur lesquels on ne pouvait pas brancher de DLD. Il fallait donc remplacer ces appareils par des 1.3. Éric Varez a aussitôt proposé un retrofit, une reprise des 1.2 contre l’achat de 1.3 et de boîtiers DLD. Ça m’a donc coûté 1 200 euros par car, dont 650 euros pour chaque DLD.” Et le chef d’entreprise de se saisir de sa calculette: “En comptant une dizaine d’heures par mois pour collecter manuellement les données des chronos, vu le coût de la main-d’œuvre, les 650 euros sont amortis en trois ou quatre ans!”
Éric Varez reprend: “Et lorsque vous changez de véhicule, vous faites migrer le boîtier DLD. Il suffit de le reparamétrer. Ce qui peut être fait soit dans un de nos 200 centres français d’expertise numérique, soit directement par le gestionnaire de la flotte de l’entreprise. Il est formé à cela…” Une formation d’une demi-journée environ, assurée par VDO ou un de ses centres. “C’est en fait une formation au RTM®, le logiciel qui fait l’interface entre le DLD et le PC du gestionnaire. C’est assez simple et, de toute façon, en cas de problème, je peux téléphoner à l’assistance VDO. Par ailleurs, c’est à préciser, l’entreprise a choisi de stocker les informations de ses chronotachygraphes non pas sur ses propres ordinateurs mais sur les serveurs de VDO via le logiciel Tis-Web®. C’est hypersécurisé, ça permet d’avoir une analyse fine des données et ça évite d’avoir à les sauvegarder dans l’entreprise. De plus, comme le logiciel Tis-Web® n’est pas installé dans l’infrastructure informatique de l’entreprise mais en accès sécurisé sur internet, les entreprises qui disposent de plusieurs sites peuvent avoir une vue d’ensemble des données de chacun de leurs sites”, explique Thomas Lasjaunias.
“Pour l’heure, aucun chauffeur ne s’est plaint de se sentir surveillé. Il y a une bonne acceptation du système”, estime Thomas Lasjaunias qui détaille l’organisation mise en place dans l’entreprise pour recueillir les données. “On demande aux gars de venir au siège environ tous les quinze jours. Ainsi, il y a moins de données à télécharger et c’est plus rapide. Pendant le téléchargement, les gars peuvent faire le petit entretien, signaler aux mécanos les éventuels problèmes, prendre des infos sur leur circuit… Seule restriction: le véhicule doit être à l’extérieur du bâtiment car les ondes WiFi ne passent pas depuis l’intérieur. Pour les chauffeurs, ce système de transmission à distance – pour lequel ils n’ont eu besoin que d’une à deux heures de formation – ne change pas grand-chose. En revanche, pour l’exploitant, il est plein d’avantages. Ne serait-ce que pour retrouver un événement à un jour et une heure précise, c’est plus simple que lorsqu’il fallait chercher dans un millier de disques papier…”
La phrase fait bondir Jean-Marie Desplanches: “J’ai eu l’autre jour un appel téléphonique d’un type qui affirmait qu’un de nos cars avait traversé un bourg à une vitesse excessive. J’ai pu instantanément lui donner l’heure précise du passage du car et sa vitesse, qui n’était pas excessive. Le type n’a plus rien dit et l’affaire s’est arrêtée là. Je suis peut-être zéro en informatique mais ce dispositif, je savais qu’il était incontournable!”
En Europe, 45 % des cars sont équipés de chronotachygraphes numériques dont environ 20 % sont communicants. Trois fabricants se partagent le marché: le leader VDO (84 % du marché), Stoneridge et Actia. VDO est une marque de la branche électronique automobile de Continental (CA: 20 milliards d’euros, 134 434 employés dans 46 pays et 196 sites de production).
Créée en 1965 par Raymond Desplanches, garagiste, pour assurer du transport scolaire puis des lignes régulières, l’entreprise a été transmise à son fils Jean-Marie en 1988. Celui-ci a développé l’activité tourisme et s’est associé en 1999 afin de créer Les Cars Richard Cœur de Lion, spécialisés dans le transport scolaire. Jean-Marie Desplanches est aujourd’hui seul à la tête des deux sociétés et, depuis 1988, lassé par l’hyper-règlementation, il a réduit l’activité pour les scolaires. "Des véhicules en moins grand nombre mais mieux exploités, c’est moins de soucis!"
Les Transports Desplanches
– CA: 655 332 euros par an
– 60 % lignes régulières, 40 % en tourisme
– 9 salariés
– 7 véhicules
Les Cars Richard Cœur de Lion
– CA: 773 000 euros par an
– 100 % transports scolaires
– 18 salariés
– 17 véhicules
