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La beauté ne suffit pas

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La beauté ne suffit pas

Crédit photo David Reibenberg

Le Magelys HDH est un véhicule particulièrement séduisant. Hélas, Irisbus semble avoir oublié qu’il est avant tout un outil de travail. Et son charme ne suffit pas à masquer des défauts décevants pour un autocar très haut de gamme.

Tous les alpinistes le disent, on ne s’attaque pas au toit du monde sans entraînement. Ce conseil n’a visiblement pas été assez entendu chez Irisbus. Avec son Magelys HDH, le Dauphin pensait disposer de son Everest, il devra se contenter d’un Mont-Blanc. Pourtant, la base est bonne. Lors de sa première sortie à l’occasion du Coach Euro Test 2007, le Magelys HD apporte une belle bouffée d’oxygène avec son design audacieux, ses trouvailles nombreuses et astucieuses au niveau de son aménagement… Il signe alors le retour d’Irisbus dans le haut du panier. En 2009, avec le lancement de la version HDH, Le Dauphin affiche son ambition de viser encore plus haut, et réaffirme son intention de suivre la voie de Setra, la référence en matière de très haut de gamme. On a le sentiment que le constructeur est allé un peu trop vite. Résultat, il a manqué la dernière marche. D’aucuns nous trouveront sévère, mais qui aime bien châtie d’autant plus, et le très haut de gamme ne demande rien de moins que la perfection. Et le marché, qu’en pense-t-il de ce fleuron? Si l’on prend la gamme Magelys dans son ensemble, difficile de prétendre que le pari est raté. Depuis le lancement, 132 Magelys ont été livrés. Cela donne au Dauphin une bonne position sur ce créneau. Les HDH pèsent peu dans la balance, avec sept unités. Mais à ce niveau de prix (entre 310 000 et 340 000 euros), on parle de petite niche dans l’Hexagone. Les acheteurs potentiels y sont peu nombreux mais particulièrement exigeants. Un état d’esprit qu’Irisbus a intérêt à insuffler à tous les niveaux de l’entreprise s’il veut se faire une place dans le très haut de gamme. En effet, l’acheteur d’un Magelys Pro voire d’un HD sera peut-être moins tatillon que celui d’un HDH. Il entendra en avoir pour son argent, d’autant plus qu’il aura fait un plus gros chèque. Il faudrait que – chez le constructeur – la production, l’après-vente et la commercialisation prennent conscience du fait que le très haut de gamme impose des méthodes et des réponses plus pros que jamais. Tout un état d’esprit en somme… un nouvel Everest.

Le véhicule de l’essai

Le Magelys HDH mis à notre disposition n’en était pas à son galop d’essai. Il a effectué la tournée de présentation organisée par le Dauphin. Ainsi, il affichait 28 696 km au compteur et accusait 23,4 t sur la balance, son quasi maximum de PTAC. Son moteur Euro 5 Iveco Cursor 10 de 449 ch était couplé avec une boîte de vitesse ZF AS-Tronic et ralentisseur intégré. La riche dotation d’équipements de série (large sellerie en cuir, système audio vidéo complet, climatisation, WC, aménagement de l’espace hôtesse, GPS, régulateur de vitesse…) laissait tout de même de la place pour quelques options telles que la machine à café ou la couchette conducteur. Mais la plus visible et spectaculaire reste le pavillon vitré qui, ajouté aux voussoirs en verre (de série), fait du Magelys HDH un étonnant aquarium roulant. De plus, cette bulle de verre ne sacrifiait en rien la sécurité. À l’ESP de série, Irisbus avait ajouté le LDWS (alerte de franchissement de ligne blanche) et le régulateur de distance et de vitesse (ACC).

L’esthétique

Le Magelys HDH est tout simplement très beau. Avec son autocar de grand tourisme, Irisbus est sorti des sentiers battus grâce à des lignes harmonieuses et originales. Ce véhicule ne passe pas inaperçu, sans pour autant tomber dans l’ostentatoire. Les détails de la carrosserie sont riches, avec une variation de lignes et de matières. La face avant offre un large sourire qui rappelle le côté sympathique des dauphins. La lunette arrière est certainement une des plus travaillées du marché. Malheureusement, les louanges de l’extérieur s’effacent une fois que l’on pénètre à l’intérieur. La finition laisse réellement à désirer: vis apparentes, manque d’harmonie des couleurs, plastiques de piètre qualité et parfois grossièrement découpés… Un cocktail indigne du haut de gamme. Le plus navrant étant la réponse qui nous a été donnée pour expliquer la fuite du pare-brise (de l’eau tombait sur le tableau de bord!). “Il vient d’être changé, on n’a pas eu le temps de vérifier”, nous répond le démonstrateur. Un tel discours serait certainement peu du goût d’un client. Le haut de gamme passe aussi par les prestations d’après-vente. Ce point faible que traîne Irisbus depuis des années est inacceptable sur ce créneau.

Le confort et la tenue de route

Pris en défaut sur les détails, le Magelys HDH tient son rang sur l’essentiel. La tenue de route et le confort des passagers sont au rendez-vous. La luminosité est extraordinaire, les voussoirs, associés au large pare-brise et au pavillon vitré, invitent la lumière à jouer le rôle du passager surprise, réalisant le tour de force de faire oublier la grisaille parisienne. Enfin, en digne aquarium, le Magelys HDH fait honneur au monde du silence avec un moteur d’une remarquable discrétion.

La consommation

Le Magelys HDH souffle décidément le chaud et le froid. Les conditions étaient certes difficiles, avec une pluie incessante, mais pas au point de justifier les 35 l / 100 km de moyenne générale qui ne placent pas le véhicule dans le haut du panier. On ne peut pas pour autant crier au scandale, compte tenu du gabarit et du poids du modèle. Mais encore une fois, c’est l’expression “peut mieux faire” qui vient à l’esprit. Les quelques errances persistantes de la boîte de vitesses ne sont certainement pas innocentes. Irisbus doit continuer à travailler avec ZF pour tirer le duo Cursor10 et AS Tronic vers le haut. C’est à ce prix, avec de la rigueur, que le Magelys HDH pourra jouer les premiers de cordée.

Fiche technique

– Longueur/largeur/hauteur

13,8 / 2,55 / 3,815 m.

– Moteur

Euro 5 Iveco Cursor 10 développant 449 ch.

– Boîte de vitesses

Robotisée ZF AS-Tronic 12 AS avec commande au volant et ralentisseur intégré.

– Freins AV et AR

À disques intégraux avec, ESP, EBS, LDWS, ACC et frein d’immobilisation portes ouvertes.

– Suspensions

Pneumatiques intégraux à correction d’assiette et amortisseurs à contrôle électronique

– Réservoir

640 litres (AdBlue 60 l).

L’avis de Jean-Philippe Pastre

Brillant dilettante

Le Magelys HDH était attendu.

Des essais estivaux nous promettaient de sensibles améliorations au niveau de la programmation de la boîte ZF AS-Tronic. Les progrès par rapport au Magelys HD sont, en effet, sensibles. La deuxième étape a été négociée sans hésitations intempestives. Mais si la boîte a gagné en "intelligence" dans les déclivités, elle est sujette à des changements de rapports inutiles sur le plat. Ceci est sans incidence sur le confort, mais certainement pénalisant pour les consommations. L’embrayage demeure également toujours un peu lent au réattelage, ceci étant particulièrement net lors de l’engagement aux intersections. Mais la vivacité du moteur Cursor 10 parvient à masquer, au moins partiellement, cette lenteur lors des remises en vitesse. Malgré une pluie incessante, la tenue de route et le freinage ont frisé la perfection. La stabilité et la maniabilité figurent parmi les atouts maîtres du HDH. La rétrovision est un des points forts du modèle. Alors, heureux? Eh bien! non. La faute à une finition indigne du standard revendiqué par Irisbus. Volant et commandes ne sont pas à la hauteur au niveau des matériaux, et le modèle essayé souffrait de nombreux défauts: capteur de pluie manquant totalement de pertinence dans ses actions, électricité qui n’en fait qu’à sa tête (le relais d’éclairage intérieur a sauté deux fois, des alarmes fantaisistes s’allumaient par intermittence à l’afficheur) sans compter une entrée d’eau sur la baie de pare-brise. Visiblement, les ingénieurs conception sont brillants, mais les responsables qualité semblent aux abonnés absents ou écrasés par la tyrannie des acheteurs "low-cost". Dommage pour un autocar si prometteur.

Les plus

• Tenue de route et confort de haut niveau.

• Freinage puissant et progressif.

• Vivacité du moteur.

• Ergonomie et rétrovision.

• Boîte robotisée en progrès…

Les moins

• … mais encore perfectible.

• Plastiques laids.

• Feux de gabarit arrière invisibles.

• Visibilité côté droit moyenne.

• Électricité fantasque.

– Le Cursor 10 développant 449 ch est proposé de série sur le Magelys HDH. Pour le plaisir du conducteur, il se montre d’une vivacité remarquable. Et pour la joie des passagers, il est d’une très grande discrétion.

– La porte conducteur est très appréciée. Elle offre un espace de rangement supplémentaire, uniquement accessible lorsqu’elle est ouverte.

– L’ergonomie est originale par la disposition des interrupteurs d’ouverture des portes ou pour les commandes de la boîte robotisée. Mais dans tous les cas, c’est une réussite. Hélas, on n’en dira pas autant pour la lisibilité des pictogrammes ou la qualité des matériaux.

– On apprécie l’implantation des commandes de l’ordinateur de bord près du moyeux du volant, bien dimensionné mais au plastique peu valorisant.

À gauche: la disposition des commandes de la boîte robotisée est surprenante mais efficace et facilement repérable grâce au choix de teintes des interrupteurs. À droite: l’afficheur central à cristaux liquides affiche les témoins de fonctionnement, les informations issues de l’ordinateur de bord ou de l’Adaptative Cruise Control.

– Avec la multiplication des surfaces vitrées, ses larges sièges ou encore l’intelligence de l’implantation des liseuses, le Magelys HDH est une véritable invitation au voyage. Dommage que le peu de soin apporté à la finition vienne gâcher le plaisir.

– Les soutes traversantes offrent un volume de 12,4 m3, de quoi emporter des valises prévues pour de longs voyages. Irisbus propose plusieurs aménagements de ces compartiments avec l’installation d’étagères et/ou de tiroirs.

– La largeur de l’accès avant ne profite pas au seul confort des passagers. Il permet aussi d’aménager un bel espace pour l’hôtesse.

– L’avant et l’arrière du Magelys sont de véritables réussites en matière de design. Irisbus voulait frapper un grand coup pour son retour dans le grand tourisme. Sur le plan du dessin de la carrosserie, c’est chose faite.

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Auteur

  • David Reibenberg
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