Fil bleu, le réseau de transports en commun de Tours, se modernise avec l’acquisition de 44 bus pour 15,3 millions d’euros. Un programme ambitieux annoncé comme une mise en bouche avant le lancement en 2013 du tramway dessiné par Daniel Buren.
Les premiers exemplaires entreront en service d’ici à la fin de l’année. Ces nouveaux bus qui arborent une livrée double face inédite – un noir réfléchissant côté trottoir, un bleu Klein à facettes côté chaussée – ont été dessinés par l’agence RCP sous la houlette de Régine Charvet-Pello auquel le Sitcat (syndicat mixte des transports de l’agglomération tourangelle) a attribué une enveloppe de 50 000 euros pour relooker le parc des véhicules Fil Bleu. Le réseau de bus, qui compte 15 lignes urbaines (dont 5 à antennes et 2 circulaires) et 12 suburbaines, a acquis 44 nouveaux bus pour 15,3 millions d’euros. Dans le détail, la commande comprend 21 bus standards (Van Hool) et 23 articulés (Mercedes-Benz), puis 15 nouveaux minibus (pour 898 000 euros au total) Fil Blanc, le service de transport à la demande destiné aux personnes à mobilité réduite.
Une enveloppe de 800 000 euros a été débloquée par le Sitcat pour uniformiser le reste de la flotte: 55 véhicules du parc actuel seront donc repeints aux nouvelles couleurs.
Mis en service peu à peu à partir de la fin décembre, les bus noirs et bleus – proches des couleurs du Tours Football Club, le leader de la Ligue 2 – sont en fait le premier acte d’une vaste politique de refonte des transports publics de la capitale ligérienne. En 2013, la première ligne de tram dessinée par l’artiste Daniel Buren sera livrée par Alstom. L’occasion de redessiner le paysage urbain. “Nous avons conçu le tram comme un paysage à part entière. Avec des lignes claires et épurées”, commente Régine Charvet-Pello. Le design du bus est dans la même veine. “Le principe, c’est d’avoir des choses fines et élégantes,” reprend Régine Charvet-Pello. Avec de larges fauteuils et des couleurs lui conférant un petit aspect, l’intérieur du bus se pose “comme le cousin germain du futur tramway.”
Chez Alstom, Xavier Allard, directeur design & styling, insiste “sur les innovations séduisantes de l’intérieur du tram conçues par l’équipe de RCP. Il y a eu un gros travail d’optimisation de l’espace et sur la matière elle-même… L’idée étant, ce doit être la même chose dans les nouveaux bus, de perdre le moins de place possible à l’intérieur et de faciliter la sortie.” L’accès a d’ailleurs été pensé – conformément à ce qu’imposera la loi dès 2015 – pour les personnes à mobilité réduite. Les véhicules sont équipés d’une rampe rétractable qui vient en aide aux handicapés, aux personnes âgées et aux parents munis d’une poussette. Dernière innovation: l’arrivée de la vidéosurveillance au sein même des véhicules, avec des caméras-boules. Les images sont enregistrées et peuvent être visionnées a posteriori en cas d’incident. Tout est bien dans l’ère du temps.
Le 9 novembre, Françoise Amiot, conseillère municipale UMP de Tours et présidente de l’association TCSP 37, laquelle se veut garante d’une "communication transparente et vigilante sur les projets de transport de l’agglomération tourangelle", a déposé une plainte auprès du procureur de la République pour prise illégale d’intérêt dans le cadre de l’attribution du design du tramway de l’agglomération tourangelle. L’entreprise RCP Global Design dirigée par Régine Charvet-Pello, sixième adjointe de Jean Germain, le maire de Tours, n’aurait pas dû remporter le marché de "création d’une identité pour le projet de la première ligne de tramway" pour une somme de 458 580 euros HT. S’appuyant sur l’article L. 432-12 du code pénal (1), celle qui est aussi commissaire aux comptes considère que l’appel d’offres proclamé le 24 mars 2009 est rendu caduc.
"Choqué", Jean Germain, le maire de Tours et président de la communauté d’agglomération, n’a pas souhaité réagir. Régine Charvet-Pellot s’est quant à elle fendue d’un communiqué de presse où elle exprime son désarroi: "De la manière la plus ferme, je peux assurer que je ne me suis pas compromise à de tels actes. Je n’ai pris part, ni de près ni de loin à quelque décision que ce soit concernant l’attribution de ces marchés qui ont été décidés par le Sitcat auquel je n’appartiens pas, écrit-elle. De plus, je rappelle que ces marchés ont, d’une part, été validés et votés par délibération à l’unanimité par toutes tendances politiques confondues à l’agglomération. Et, d’autre part, que ces décisions n’ont jamais été contestées dans les formes et délais prévus par les textes légaux relatifs aux marchés publics."
Une autre plainte du même ordre, déposée cette fois-ci par un particulier, a aussi été envoyée au procureur. Ces tentatives devraient rester vaines.La probabilité que Philippe Varin, le procureur de Tours, ordonne une instruction est en effet très faible. "Il est difficile de croire que les services juridiques de la ville n’aient pas bétonné un tel dossier. Il n’y a sans doute rien d’illégal", souligne une source.
Adjointe au maire (en charge de l’Éducation), Régine Charvet-Pello ne siège pas au conseil d’administration du Sitcat, le syndicat mixte des transports de l’agglomération tourangelle. Pour cette même source, cela "l’exonère de toutes formes d’illégalité." L’affaire qui a fait grand bruit dans les colonnes de La Nouvelle République du Centre-Ouest a donc toutes les chances de faire pschitt…
"Le fait de, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation, ou le paiement est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende."
