Solaris Après s’être fait un nom dans l’autobus, le constructeur polonais s’invite sur le terrain de l’autocar. Pour cela, il n’a pas réinventé la poudre. Avec l’Interurbino, Solaris a adapté son urbain aux besoins de l’interurbain. Un bel essai, car la transformation est plutôt réussie.
IL NE FAUT pas confondre vitesse et précipitation. Chez Solaris, on ne se montre pas sourd aux adages. Le constructeur polonais a su prendre son temps pour se faire une place et un nom sur le marché hexagonal. Après une première expérience peu heureuse avec un importateur, il a décidé en 2007 de mettre en place sa propre filiale pour assurer la commercialisation de son offre en France. Stratégie payante car, en trois ans, Solaris est devenu un acteur crédible dans l’urbain. Des lettres de noblesse acquises sur deux plans. Celui de la haute technologie dans un premier temps avec les hybrides. C’est en effet avec ces véhicules que Solaris a remporté ses premiers succès significatifs. Aujourd’hui, il est leader hexagonal en la matière et bénéficie notamment de la confiance renouvelée du groupe Transdev. En 2010, il a ajouté la quantité à la qualité. Les volumes sont encore limités, mais avec 34 autobus immatriculés à fin novembre, Solaris s’offre 2,5 % de parts de marché, un niveau qui ne déplairait pas à certains constructeurs présents depuis bien plus longtemps sur la scène française. C’est également l’année passée que Solaris a décidé de s’inviter sur le marché de l’autocar avec l’Interurbino. Une dizaine d’exemplaires du véhicule présenté pour la première fois à Busworld Courtrai en 2009 a été immatriculée chez Europ Voyages. “Il s’agit d’un client partenaire. L’exploitation qu’il va faire des véhicules nous permettra d’améliorer le produit en fonction de ses remarques. Ainsi, nous serons parfaitement prêts pour la rentrée 2011, qui sonnera le vrai début commercial de l’Interurbino”, explique David Mengis, responsable commercial autocar chez Solaris France. Pour cette année, il mise sur une quarantaine d’immatriculations et compte atteindre les 80 unités annuelles dans les trois ans à venir. Encore une fois, Solaris ne compte pas brûler les étapes. “Nous ne nous focalisons pas uniquement sur l’aspect commercial. Il est essentiel que la progression des ventes s’accompagne de la montée en puissance du service après-vente”, témoigne David Mengis. Aussi, Solaris France a prévu d’étoffer ce secteur dès cette année. Si l’Interurbino, qui vise le marché du scolaire, réussi sa rentrée des classes, ce renfort du service après-vente récoltera certainement les bons points.
Les 7 856 km affichés au compteur de l’Interurbino attestaient de la jeunesse du véhicule. Il accusait 17,5 tonnes à la pesée, soit un peu plus de 90 % de son PTAC. Côté motorisation, Solaris a opté pour le Cummins ISB6.7 300 développant 293 ch, accompagné d’une boîte de vitesses manuelle ZF 6S 1010BO à six rapports et ralentisseur intégré. En option, il est possible de disposer d’une boîte automatique Allison, Voith ou encore ZF. La girouette frontale constituait la seule option installée sur le modèle de l’essai. Elles sont de toute façon assez peu nombreuses. Afin de rehausser le niveau d’équipement de l’Interurbino, il est possible de lui ajouter la climatisation, une sellerie inclinable, des rideaux ou encore des racks à bagages avec bloc liseuse. “Nous comptons positionner le véhicule sur le créneau du scolaire ou de la ligne. Il n’était pas nécessaire de proposer pléthore d’options”, justifie David Mengis.
L’aspect de cet autocar ne surprend pas. Dérivé de l’autobus Urbino, il est son frère jumeau. Comme le premier possède un style et des lignes soignés, cela donne un résultat agréable. L’incrustation des blocs phares au niveau de la face avant est un modèle de réussite. Si l’arrière est un peu plus austère, il a l’avantage d’offrir une large baie vitrée. Enfin, l’héritage de l’urbain et la modestie des soutes se font au bénéfice des vitres latérales. Pour autant, la luminosité intérieure n’est pas des plus flatteuses. La faute en partie aux vitres teintées de séries. Bien qu’il soit question d’un modèle de présérie, la finition était au rendez-vous, l’exigence imposée dans l’urbain paye certainement.
L’Interurbino est un dérivé d’autobus, et cela se ressent quelque peu. Les suspensions ne sont pas les plus absorbantes du marché et le véhicule tangue quelque peu. En revanche, le confort auditif est très bon. Le moteur est suffisamment discret pour laisser entendre des grincements de plastique ou encore une entrée d’air au niveau de la porte avant.
Avec ses 27,6 l/ 100 km de consommation moyenne, l’Interurbino joue les bons élèves. Le résultat ne permet pas d’obtenir les félicitations, mais de chaleureux encouragements sont de rigueur. D’autant plus que pour un dérivé d’autobus, on aurait pu craindre une tendance à la gourmandise. Loin d’être envoyé au coin, l’Interurbino montre qu’il mérite sa place dans le rang et qu’il pourrait être à l’aise dans différentes matières.
– Longueur/largeur/hauteur
12,2 / 2,55 / 3,3 m.
– Moteur
Cummins ISB6.7 300 développant 293 ch.
– Boîte de vitesses
ZF 6S1010BO à 6 rapports AV et un AR avec ralentisseur intégré.
– Freins AV et AR
À disques intégraux avec ABS, EBS, et ASR.
– Suspensions
Pneumatiques intégrales.
– Réservoir
340 litres (AdBlue 40 l).
Le Solaris Interurbino s’inspire des solutions développées sur les bus pour les transposer dans le monde du car.
Exemple: le chronotachygraphe et les commandes de girouettes sur une console au-dessus du conducteur, les très vastes surfaces vitrées à l’avant ou encore le pupitre de commandes qui suit le réglage du volant. Les espaces de rangement ne sont pas nombreux mais judicieusement disposés (géniale, la boîte sous l’accoudoir côté droit).
La vision directe et la rétrovision sont excellentes. Toutefois, le grand-angle côté droit gagnerait à être abaissé pour être vraiment utilisable. L’ergonomie du poste de conduite est incroyablement soignée avec un excellent siège de série. La direction réussit la gageure d’être douce, précise et filtrante. Le tout avec un volant agréable à manipuler. La tenue de route est digne d’un autocar et le rayon de braquage digne d’un urbain. Sans compter que l’étagement de boîte convient parfaitement au moteur. Face à un tel niveau de prestations, l’insonorisation décevante (que l’on parle du moteur ou des bruits de vent), les commandes de boîte, d’embrayage et d’accélérateur, trop fermes (ce qui nuit au confort), ou l’absence totale de progressivité du freinage jurent. On taira pudiquement les appréciations sur le ralentisseur hydraulique, à la fois inefficace et peu progressif! Puisque nous sommes au rayon grimaces, épinglons aussi le témoin d’antibrouillard arrière totalement invisible de jour.
• Visibilité directe et rétrovision excellentes
• Ergonomie réussie
• Direction excellente
• Étagement de boîte
• Tenue de route
• Insonorisation décevante
• Absence de progressivité du freinage
• Dureté de la commande de boîte et de l’embrayage
• Inefficacité du ralentisseur hydraulique
• Témoin d’antibrouillard arrière invisible
Nous exploitons sur des lignes périurbaines autour de Limoges une dizaine d’Interurbino 12 depuis maintenant trois mois. Cette diversification de parc est relativement inédite chez nous qui étions des fidèles d’Irisbus. Du côté des conducteurs, l’accueil a été très bon. Ils apprécient la souplesse de conduite et notamment le bon rayon de braquage qui s’avère très pratique sur nos circuits. Sur le plan de la consommation, on tourne entre 25 et 30 l / 100 km, ce qui est cohérent avec la moyenne de notre parc. La mécanique est relativement simple aussi, cela ne devrait pas poser trop de problème dans le temps. Chez nos passagers, la satisfaction est également au rendez-vous. Les grandes baies vitrées fumées sont notamment appréciées pour l’aspect qu’elles donnent aux véhicules. Nous avons aussi des retours positifs quant au confort routier et acoustique.
En revanche, nous devons faire face à des défauts de jeunesse assez pénalisants. Notamment des problèmes de démarrage et surtout au niveau de l’ouverture et de la fermeture des portes. La solution n’a pas encore été trouvée, mais nous bénéficions de la part de Solaris France d’une très bonne qualité d’écoute. Ils sont présents à nos côtés et font le nécessaire pour que les modifications puissent être réalisées au sein de l’usine. Nous sommes en quelque sorte un client test, aussi nous acceptons la situation, mais il ne faudrait pas qu’elle s’éternise trop. La qualité de la réponse et la vitesse avec laquelle elle sera apportée auront certainement une influence pour orienter nos futurs investissements”.
