Corrèze Pour relancer ses transports en commun malgré les multiples handicaps de la ville, Tulle a repensé son réseau, baptisé Tut, et simplifié sa statégie de communication.
UN NOM, Tut, pour Transports urbains de Tulle. Et un logo sympa avec des petits véhicules aux teintes acidulées. Bref, une communication originale et bien menée. Car Tulle ne ménage pas ses efforts pour enrayer le déclin de ses transports en commun. Cette fois, plutôt que d’aménager le réseau à la marge, la préfecture corrézienne a repensé la philosophie, fait preuve de cohérence dans ses politiques municipales (aménagements urbains, stationnement) et développe des partenariats avec d’autres autorités organisatrices.
La problématique des transports en commun à Tulle est bien connue. C’est celle de toutes les petites villes entre 15 000 et 16 000 habitants qui, dans les années 60, comptaient jusqu’à 22 000 habitants. Autre handicap, plus spécifique à la région: le contexte topographique. Tulle est encaissée le long de la rivière Corrèze et s’étire du nord-est au sud-ouest entre ses deux pôles urbains sur environ 6 km. Elle s’est développée après-guerre sur les coteaux, via des rues sinueuses et étroites peu adaptées à la circulation automobile… et aux bus. “En gros, résume Philippe Bernis, élu vert chargé des transports, nous avons un sens unique d’un côté de la rivière, un sens unique de l’autre coté, avec des rues étroites bordées de places de stationnement qui empêchent la création de sites propres. Nous avons donc renoncé aux gros bus qui semblaient vides et restaient coincés au moindre embouteillage pour opter en faveur de véhicules de petite taille, plus maniables…” Autre spécificité, Tulle est une préfecture. Elle accueille donc divers services et administrations qui génèrent des flux de personnes extérieures à la ville. “Environ 50 000 véhicules entrent et sortent de la ville au quotidien et 1 500 personnes vont travailler à Brive, distante de 30 km, alors que le même nombre fait le trajet inverse”, analyse Philippe Bernis. Pour ce trafic entre la préfecture et la capitale économique corrézienne, le conseil régional a restauré la ligne ferroviaire et créé un cadencement TER, toutes les quinze minutes aux heures de pointe, toutes les trente minutes le reste de la journée. Par ailleurs, dans les deux villes, des pôles intermodaux sont en cours d’aménagement. “Nous nous sommes donc appuyés sur ce cadencement pour construire notre réseau autour de la navette de centre-ville, explique Philippe Bernis. Cadencée, elle va de la zone de Cueille, au sud-ouest de la ville, où existent des parkings publics, passe par la gare, dessert le centre-ville et va jusqu’au centre commercial Citéa, au nord-est. Là, nous avons un accord tacite avec le gestionnaire du site qui accepte que son parking serve de parc-relais. Avant de reprendre leurs voitures le soir, les gens peuvent être tentés de faire des courses…”
Aux deux autres lignes régulières, préexistantes au nouveau réseau, une troisième est venue s’ajouter, dite régulière à la demande. En fait, un TAD avec horaires et arrêts prédéterminés, sur réservation 24 heures à l’avance. “Si la fréquentation est bonne, elle deviendra permanente”, précise Philippe Bernis. Par ailleurs, si le TAD qui dessert les quartiers d’habitation sur les coteaux – réservation 24 heures à l’avance, embarquement à domicile pour desservir des arrêts prédéterminés en centre-ville – a été étendu à de nouveaux secteurs, sa philosophie a été légèrement modifiée. “Il doit désormais faire du rabattement sur les lignes régulières”, confie Philippe Bernis. Le maire, Bernard Combes, a tenu à ce que les artisans taxis participent au service. “Nous travaillons en cotraitance avec un groupement de taxis tullistes, explique Christophe Renault, le directeur de CFTA-Veolia, la société qui, l’an dernier, a de nouveau remporté le marché pour six ans. Les courses jusqu’à quatre personnes sont assurées par le groupement et celles à partir de cinq personnes ou concernant les PMR par CFTA qui gèrent également les réservations.” À terme, le TAD pourrait être étendu aux 36 communes de l’agglomération de Tulle. “2011 va être consacrée à la réflexion sur l’extension du service en partenariat avec les autres autorités organisatrices”, se réjouit Philippe Bernis. Cette collaboration entre AO, rendue possible par la fin des querelles politiques entre les différents acteurs, permettra bientôt la création d’un titre intermodal utilisable dans les bus de Tulle, de Brive et dans la navette TER.
“L’autre grand changement qui va nous permettre de faire entrer le Tut dans les habitudes, c’est la cohérence, la convergence de différentes politiques. Le PDU qui vient d’être élaboré, les opérations d’urbanisme qui intègrent désormais pleinement la problématique transport, la politique de stationnement. Concernant cette dernière, nous avons parfois été trop laxistes. Désormais, grâce au Tut, à la navette TER et aux parcs-relais, nous avons une véritable alternative à proposer. Et serons donc plus fermes dans la verbalisation… après quelques semaines de pédagogie”, promet Philippe Bernis.
Le Tut est-il la dernière chance des transports en commun à Tulle?
Non, c’est la première pierre. Car aujourd’hui, il s’agit d’une offre globale, avec une cohérence dans les différentes politiques et les divers intervenants.
Pour le lancement de Tut, de gros efforts ont été consentis?
Oui! Journée d’info sur le nouveau réseau dans les entreprises, semaine d’animations dans les rues, première semaine de gratuité, édition d’un magazine, de fiches horaires, d’un comparatif de coût entre les divers moyens de transport… et embauche à plein-temps d’une conseillère mobilité.
Un lancement réussi?
Non! Il y a eu du retard. Les Abribus et le nom des arrêts, les fiches horaires et le plan du réseau n’ont pas été livrés à temps. Un si gros couac… que ça me fait encore mal d’en parler!
