Île-de-France La RATP se prépare pour l’échéance du 12 février 2015. À cette date, les réseaux de transport public devront être accessibles à toutes les personnes à mobilité réduite: handicapés, personnes âgées, parents avec poussettes… Hormis le métro qui sera difficile, sinon impossible à transformer en totalité, les bus et les tramways seront aux normes.
BETTY CHAPPE, la responsable de la mission accessibilité à la RATP, y croit dur comme fer: le réseau francilien de transport sera prêt, en temps et en heure, à répondre à la loi sur l’accessibilité de 2005 qui a fixé au 12 février 2015 la date à laquelle les infrastructures publiques devront êtres accessibles aux personnes handicapées. Pour l’entreprise publique, ce sera l’aboutissement d’un programme d’investissements entamé au début des années 2000. “La loi a cadré et renforcé notre action. Hormis le métro qui a été exclu du délai de dix ans pour cause d’infaisabilité technique, l’ensemble du réseau a fait l’objet de modifications en profondeur”, assure Betty Chappe.
L’idée d’équiper l’ensemble des lignes du métro d’ascenseurs a fait son chemin. Un vœu pieux tant les contraintes sont lourdes. “Le métro a été construit il y a plus d’un siècle, rappelle-t-elle. L’urbanisme de l’époque ne prenait pas en compte cette dimension. Le sous-sol parisien est ce qu’il est. On ne peut quasiment plus revenir en arrière sauf, bien évidemment, sur les nouvelles lignes ou sur ses extensions”, reconnaît Betty Chappe.
Ce constat n’a pas résigné la RATP. Pour corriger le tir, l’entreprise dirigée par Pierre Mongin, l’ancien chef de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, a d’abord mis sur pied un ambitieux programme de formation (lequel s’achève fin 2011) de l’ensemble de ses personnels désormais à même d’accueillir des publics aveugles, sourds, par exemple, ou de mieux soutenir les personnes âgées. Dans le même temps, les systèmes d’information voyageurs ont été répandus comme une traînée de poudre. Sur chaque quai (de 13 lignes), des messages sonores et visuels indiquent aux usagers la présence du métro. À l’intérieur des rames, des plans lumineux dynamiques ont été adjoints sur les lignes 2, 5 et 13 notamment. “On accompagne ces dispositifs visuels – des leds qui s’allument – d’annonces sonores. Quatre lignes ont été équipées, soit 21 % des rames. Les lignes 1 et 14 le sont en totalité. Et le reste suivra peu à peu jusqu’en 2015.” Dans le même esprit, à Nation et Châtelet, la signalétique a été très améliorée. Des panneaux d’information surdimensionnés ont récemment été posés.
Par ailleurs, depuis 2006, la RATP expérimente BlueEyes, un système de guidage permettant aux déficients visuels – c’est aussi valable pour toute personne perdue dans les sous-sols parisiens – d’arriver sur le bon quai. Un téléphone portable suffit à indiquer la bonne direction. “Des balises Bluetooth ont été réparties dans les couloirs du métro, à Iéna, Charles-de-Gaulle-Etoile ou Franklin-Roosevelt notamment, et envoient les signaux de guidage. C’est comme un GPS. Mais comme ce système ne fonctionne pas entre les murs ou en sous-sol, nous avons trouvé une alternative intéressante”, poursuit-elle. Ces tests d’efficacité, assure-t-on à la RATP, ont été “extrêmement appréciés”. On peut s’attendre à une généralisation du process. D’autant que les jeunes seniors et le troisième âge de demain sont déjà rompus aux nouvelles technologies. “C’est un critère, un débouché complémentaire pour le BlueEyes”, s’enthousiasme Betty Chappe. Pour le paiement des titres de transport, la RATP vient de déployer une centaine de machines de distribution de tickets dans le métro – autant dans les gares RER et quelques-unes sur les points d’arrêt des tramways – avec guidage vocal. “Cette nouvelle génération de machines à interface vocale a vocation à se généraliser sur le réseau. C’est un progrès”, dit-elle. Lequel ferait presque oublier un sacro-saint principe que la responsable de la mission accessibilité à la RATP venait de porter haut: “Aucuns dispositifs techniques, aucunes installations ne remplacent la relation humaine”, assure Betty Chappe. Du reste, certaines associations se sont chargées de relever la contradiction.
Si le métro est difficilement accessible pour les personnes présentant un handicap lourd, les bus et les tramways sont de solides moyens de substitution. “En urbain, plus on avance, plus on fait de progrès. C’est aussi le cas en banlieue où il reste néanmoins de nombreux chantiers avant l’échéance de 2015”, poursuit Betty Chappe. Selon une évaluation de l’entreprise, les 63 lignes intra-muros sont accessibles à 100 %. C’est aussi le cas sur 68 lignes en petite et moyenne couronnes, soit 131 lignes sur 330. “En 2011, le programme continue. D’autres véhicules seront aménagés. L’ensemble du matériel roulant sera aux normes en 2015”, promet-elle. Grâce au programme de renouvellement du parc, la quasi-totalité des bus (à 97 %) dispose d’une annonce sonore et de palettes pour monter des fauteuils roulants (76 %).
Moderne et bien conçu, le tramway a fait avancer le chantier de l’accessibilité à vitesse grand V. De ce point de vue, le renforcement de son maillage est, aux yeux de la RATP, une bonne nouvelle. “Nous considérons que c’est le meilleur moyen de transport pour les PMR. Le réseau de tramway va passer de 70 à 100 km, c’est une bonne chose. Nous avons intégré les programmes en amont sur les infrastructures neuves”, souligne Betty Chappe. Les derniers efforts se sont portés sur les gares de RER qui, contrairement au métropolitain, étaient plus à même de subir une séance de lifting rapide. Aussi, 57 gares (sur 65) sont-elles aujourd’hui en mesure de recevoir les PMR, et ce, quelle que soit la nature du handicap. “On a pu en souplesse réaliser des passages élargis, des ascenseurs, des accès entre le quai et le train par des passerelles. De même, nous avons continué à améliorer l’information des passagers: 100 % des rames du RER B sont dotées d’annonces sonores et 70 % sur le RER A.”
Ce tour d’horizon brossé par Betty Chappe traduit une réelle prise en compte du handicap par la RATP. “Tout ce qui a été fait est le fruit d’une concertation étroite avec les associations, insiste la responsable de la mission accessibilité. En ce sens, nous avons un protocole renforcé depuis deux ans. Deux fois par an, Pierre Mongin, le pdg de la RATP, réunit un comité composé d’experts, d’associations et de décideurs pour faire le point sur les évolutions.” Mais il reste beaucoup d’efforts à faire. Le métro devra entamer sa mue. Sur les réseaux des bus, les points d’arrêt, en banlieue particulièrement, sont parfois très inadaptés. Sur la question de l’urbanisme, la RATP botte résolument en touche: “Nous avons un cadre, nous le tiendrons. La RATP met à disposition les fonds nécessaires pour la réalisation de ses projets. Mais nous n’avons pas à commenter les éventuels retards du Stif, l’autorité organisatrice des transports parisiens, pour réaliser certains aménagements. Nous ne sommes pas responsables de l’urbanisme ou de la voirie.”
