Dire que j’avais presque oublié le mode de fonctionnement politique de notre pays. Grave erreur. Voilà que le dossier des fameuses "lignes d’intérêt national" me renvoie directement au visage une vie politique marquée par les périodes "pré" et "post" électorales. La très évolutive immobilité sur ce sujet est en effet symptomatique de cette rythmique. Voilà déjà quelques années que les secrétaires d’État aux Transports affirment haut et fort leur intérêt pour des lignes routières express – qualificatif malheureux, compte tenu de l’état d’avancement de l’affaire – susceptibles de pallier l’absence, ou la déliquescence, de certaines liaisons ferroviaires. Comme d’habitude en de telles circonstances, un rapport est commandé sur le sujet. Publié récemment, il se montre plutôt circonspect, et recommande… la mise en place d’une commission. La grande machine à gagner du temps (ou à en perdre?) est donc en pleine action. Pourquoi de tels atermoiements me direz-vous? Après tout, les enjeux économiques de ces liaisons n’ont rien d’exceptionnels. Il s’agirait plutôt d’apporter à une frange modeste de la population un service complémentaire à celui de la SNCF, et ce, à un tarif raisonnable. On pourrait presque le percevoir comme une vertueuse avancée sociale en ces temps de difficultés économiques et de crise du pouvoir d’achat. Seulement voilà, deux écueils – de taille – se dressent sur la route de ces nouvelles liaisons. Il semble que l’État ne veuille plus assumer pleinement le pouvoir régalien qui est le sien sur les transports nationaux au titre de la Loti. D’où quelques formules alambiquées retenues par le rapport pour déléguer aux régions la responsabilité de ces lignes, avec maintien d’un droit de veto de la SNCF. Et là, on perçoit clairement l’ampleur du second barrage. Non pas que la direction de la vieille dame soit tout à fait contre la création de ce type de services.
Mais, à l’heure où l’omnipotence de notre opérateur national est remise en question dans le fret, sur les liaisons internationales et, bientôt peut-être dans les TER, il n’est sans doute pas question d’inquiéter outre mesure le personnel de cette entreprise. Un bon mouvement social à un an des élections présidentielles? Pas question! Une fois encore, il est urgent de ne rien faire…
