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Chamonix, versant durable

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Chamonix, versant durable

Crédit photo Jean-François Bélanger

Environnement Inquiète du réchauffement climatique qui fait reculer ses glaciers, la capitale mondiale de l’alpinisme préconise un tourisme propre. Chamonix est le berceau de l’opération Mont-Blanc, versant durable avec, pour premier thème, la mobilité.

UN environnement grandiose mais fragile. La vallée de Chamonix a toujours été très impliquée dans le domaine de la recherche scientifique au service d’un tourisme durable. La collectivité territoriale s’est engagée dans une initiative volontaire, même si, de par sa taille (elle se situe en dessous des 50 000 habitants), elle n’est pas concernée par la loi du Grenelle de l’environnement. Ainsi, le Festival des sciences de la terre qui s’est déroulé en Haute-Savoie durant une vingtaine d’années tout comme les Sommets du tourisme, organisés pendant neuf ans, témoignent de son rôle de précurseur. Aujourd’hui, c’est l’opération Mont-Blanc, versant durable qui prend le relais. Organisée par la communauté de communes de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc, cette nouvelle manifestation annuelle est destinée au milieu professionnel et au grand public. Elle cultive l’interdisciplinarité en invitant les acteurs du transport et du tourisme, des chercheurs, des scientifiques autour de débats et d’ateliers pour les professionnels. Sans comper les animations, les films, les expositions, les rencontres avec les scolaires pour le grand public. “Mont-Blanc, versant durable s’intéresse avant tout au tourisme de montagne mais ses réflexions concernent aussi bien le tourisme balnéaire et le tourisme urbain”, explique Éric Fournier, maire de Chamonix et président de la communauté de communes de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc.

Un impact de la voiture individuelle plus important en zone de montagne

Quatrième commune la plus étendue de France métropolitaine, détentrice d’une notoriété internationale de longue date, Chamonix est au cœur d’un dispositif touristique exceptionnel. Sa population, qui s’est stabilisée aujourd’hui légèrement au-dessous des 10 000 habitants (15 000 habitants pour la communauté de communes), voit régulièrement déferler entre 60 000 et 100 000 touristes par jour, selon les saisons. Et, bien sûr, la voiture est le mode de transport le plus utilisé. Par rapport à l’avion, au train et à l’autocar, c’est aussi le transport le plus consommateur d’énergie au kilomètre par passager, le plus contributif au passif du bilan carbone (encadré). Or les régions montagneuses sont plus particulièrement exposées à l’effet de couvercle. En dehors du fait que les reliefs entraînent une consommation accrue des carburants, le soleil reste bas sur l’horizon, notamment l’hiver. Dès le matin, il chauffe les sommets des montagnes tandis que les vallées, davantage à l’ombre, restent froides. Si l’air chaud, plus léger, monte, l’air froid des vallées reste au sol. Ainsi, les polluants émis dans ces vallées peinent à s’éliminer. Sur les hauteurs, c’est l’ozone (transformation du dioxyde d’azote avec la chaleur) que l’on retrouve jusqu’au sommet du Mont-Blanc. “Si les alpinistes, les skieurs et tous les amoureux de la nature souhaitent voir la montagne conserver son aspect, notamment les glaciers, ils doivent prendre conscience de l’impact écologique, visuel et sonore des déplacements automobiles dans les vallées d’accès”, relève le représentant de l’association Mountain Wilderness. C’est bien pour cela que les représentants politiques se démènent ici. Les études menées par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) montrent que prendre sa voiture pour aller en montagne coûte, dans le meilleur des cas, quatre fois plus cher que d’utiliser les transports publics. Pourtant, les transports touristiques, en particulier ceux donnant accès aux lieux de vacances, sont de loin la principale source d’émissions de CO2 pour le tourisme alpin. La Commission internationale pour la protection des Alpes (Cipra), confirme l’analyse effectuée à Saint-Martin-de-Belleville. Elle estime que “75 % des émissions de CO2 sont imputables au transport touristique.” C’est pour cela que cette ONG demande aux opérateurs touristiques alpins et extra-alpins de proposer des offres touristiques attrayantes, avec des dessertes assurées dans de bonnes conditions écologiques, en complément d’une mobilité douce sur les lieux de vacances. S’adressant directement aux touristes, comme une invitation à profiter et à privilégier ce type d’offres. Les transports jouent un rôle-clé dans la lutte contre le changement climatique. Or le tourisme est indissociable des transports. “Dans les Alpes, 84 % des voyages de loisirs sont effectués en voiture”, déplore Claude Comet, déléguée au tourisme et à la montagne au conseil régional Rhône-Alpes. “En montagne, seulement 6 % des clients arrivent en train. Le milieu touristique va se trouver excessivement exposé dans la lutte contre les émissions de CO2. Quand on voit l’impact en terme d’emplois du secteur touristique, notre discours n’est pas seulement écologique, il est économique”, confirme Alain Boulogne, président de la Cipra et ex-maire des Gets.

Des initiatives transport à promouvoir et à renforcer

Pourtant, dans le domaine des déplacements de loisirs et de vacances, des expériences innovantes se mettent en place, à l’image de Perles des Alpes. Cette organisation internationale rassemble vingt-quatre villages alpins, en France (Les Gets et Pralognan), Suisse, Italie, Slovénie, Allemagne et Autriche, qui ont choisi de jouer la carte des voyages en douceur. Chacun d’entre eux s’engage à respecter une charte très stricte. Les vacanciers doivent par exemple arriver en train ou en bus et, sur place, utiliser des véhicules électriques. Perles des Alpes souhaite recruter de nouvelles collectivités. “Outre le respect des engagements vérifiés annuellement, elles doivent verser un droit d’entrée de 6 000 euros ainsi qu’une cotisation annuelle de 12 000 euros”, annonce Friederike Bush, responsable du projet Perles des Alpes. Des moyens qui sont ensuite totalement réinvestis dans des opérations marketing et de communication auprès des réseaux de distribution (tour-opérateurs, transporteurs…) et du grand public, grâce à trois agences situées à Munich, Paris et Milan. De toute façon, ces types d’action semblent inévitables dans le contexte concurrentiel dans lequel évoluent les stations de montagne. Elles représentent des avantages différenciant. “Les stations qui ne réussiront pas sur la question des transports perdront des parts de marché voire disparaîtront”, pense Pierre Moreau, conseiller technique à la Cipra. Ici, dans la vallée de Chamonix, les opérateurs sont décidés à jouer le jeu. Ainsi, le réseau Altibus, dans lequel Transdev, partenaire de Mont-Blanc, versant durable, est particulièrement impliqué, transporte 250 000 personnes par an sur les trois départements alpins d’Isère, de Savoie et de Haute-Savoie. Quant à la SNCF, elle devrait bénéficier d’importants investissements pour améliorer et densifier la liaison essentielle entre Saint-Gervais-les-Bains et Vallorcine, qui dessert toute la vallée. Un montant de 50 millions d’euros va être engagé sur cet axe. Sur ce montant, la région Rhône-Alpes sera le plus important contributeur, prenant à son compte plus de 35 % du total aux côtés du conseil général de Haute-Savoie, de RFF, de la communauté de communes… “Cette ligne représente un enjeu environnemental, économique, touristique et social pour les résidents”, déclare le maire, Éric Fournier.

Si les enjeux et les risques des transports ont été clairement identifiés et débattus, reste à savoir quels seront les prolongements des préconisations en matière de transport, en dehors des quelques réalisations comme celles exposées à Chamonix. Quant à la manifestation Mont-Blanc, versant durable, elle pose aussi la question de l’opportunité de jumeler des cibles professionnelles et grand public, alors que chacun sait, notamment lorsque les opérations se déroulent le week-end, qu’il est difficile de mobiliser les professionnels, à l’inverse du grand public. Jean-Marc Milhomme, directeur de la communication le reconnaît: “La richesse du plateau (une quarantaine d’intervenants, ndlr) mériterait un auditoire plus large. C’était une première, nous en tirerons les leçons pour l’année prochaine.

Une centrale de mobilité

À la fois Chamoniard et Suisse, par son métier, Joël Raviscioni propose aux interlocuteurs de la vallée de Chamonix-Mont-Blanc la création d’une centrale de la mobilité. Sa société, NCI (New Concept Informatic), basée à Lausanne depuis 1999, intervient dans le domaine de la relation client. L’idée est de créer pour cette vallée une base de données rassemblant toutes les composantes de l’offre touristique, ainsi que des moyens de transport concernés par l’arrivée et le départ des touristes. Cette base permettrait de recouper et de rapprocher les différents interlocuteurs de la chaîne touristique: transporteurs (SNCF, Transdev, ATMR…) et hébergeurs (hôtels, résidences, clubs de vacances, etc.), afin d’optimiser et de rendre attractive des offres prônant les acheminements par transport collectif. Une initiative qui n’est pas sans rappeler l’ex-centrale de réservation qui avait fonctionné, durant la précédente mandature municipale, grâce à une société d’économie mixte. Ce projet, qui n’a pas encore reçu l’aval des collectivités territoriales concernées, fonctionnerait sur un principe de prestations. Joël Raviscioni ne s’est pas prononcé sur le coût de celles-ci, mais il reconnaît "qu’une telle structure nécessiterait une équipe d’une quinzaine de personnes."

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  • Jean-François Bélanger
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