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Le tramway en un Tours de main

Design Dessiné par Daniel Buren, “le curseur sur la ligne” va parcourir la ville de Tours fin 2013. L’artiste a apposé sa célèbre signature: trois bandes noires et blanches à la verticale, lesquelles se joindront à un même marquage horizontal au sol. Bus & Car a rencontré l’artiste, entre deux réunions et deux avions.

LE TRAMWAY de Tours est conçu tel une œuvre d’art, mobile. Une vitrine pour la ville. Régine charvet-Pello, directrice de RCP – la société qui pilote le projet – s’est entourée d’une équipe de haut niveau pour satisfaire cette ambition qui fera date dans l’histoire ferroviaire et urbanistique. Roger Tallon, designer du TGV; Louis Dandrel, musicien; Jacques Lévy, géographe et urbaniste; Patrick Rimoux, plasticien et “sculpteur lumière”; Serge Thibault, professeur en aménagement à l’Université de Tours… Tous ces artistes ont apporté leurs concours autour d’un meneur de jeu, l’illustre sculpteur Daniel Buren. “C’est un projet exceptionnel. Plus on avance et plus c’est enthousiasmant. Le dialogue avec cette équipe – les ingénieurs, les architectes, les entreprises qui œuvrent sur le chantier lui-même, les gens qui s’occupent du tracé – est passionnant”, raconte, plein d’emphase, le peintre et sculpteur français, qui était déjà intervenu sur le tramway de Mulhouse.

C’était un peu différent, précise Buren qui obtint le Lion d’Or à la Biennale de Venise en 1986. À Tours, le projet est global. Cela va au-delà de la stricte allure du tram, de son apparence physique. Ici, il faut penser aux stations, à la signalétique, au sol…” Du Nord au Sud, une série de cinq ou six équipements – des œuvres pour la plupart – viendront garnir l’espace publique. Difficile d’en décrocher davantage: “Si on arrive à faire tout ce que l’on veut, ce sera réellement exceptionnel. Il y aura une place avec des objets tout au long du tracé, des sculptures”, poursuit l’artiste français.

Un atelier à ciel ouvert

La ville de Tours semble vouloir se mettre au diapason de Daniel Buren né en 1938 à Boulogne-Billancourt. Pour elle, la construction du tramway est l’occasion de faire un gros coup et de s’adapter aux réalités du XXIe siècle. Cette première ligne inclut un chantier de rénovation urbaine sur 15 km. L’espace rêvé pour Buren. “Le contexte de Tours est idéal: la ville est importante sans être trop grande. Et ce n’est pas du tout un village. Elle possède de magnifiques strates architecturales avec la Loire comme chef-d’œuvre visuel”, analyse-t-il, fidèle à ses habitudes. Daniel Buren procède toujours à une évaluation minutieuse du lieu dans lequel il place son œuvre. C’est ce qu’il appelle lui-même “l’instrument pour voir”. Son œuvre, dans un espace donné, n’est pas un motif unique. À travers elle, il parvient à élargir le champ de vision du spectateur. À l’échelle de Tours, c’est toute une cité et son patrimoine qui seront à redécouvrir.

La ville est, pour lui, une sorte d’atelier à ciel ouvert. À une nuance près: “Il n’y a rien de plus compliqué que de faire une œuvre publique. Dans un atelier, vous pouvez expérimenter, chercher. Là, vous ne pouvez pas vous louper. On ne peut pas refaire l’œuvre indéfiniment.” Le défi le passionne: “Je me répète mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser car il y a des garde-fous et des contraintes partout. Tandis que dans un musée, vous pouvez faire pratiquement ce que vous voulez. L’espace publique a eu l’art d’accueillir des œuvres médiocres. On en sort!

Il prend aujourd’hui toutes les précautions possibles pour éviter un maximum les polémiques même si, lucidement, il sait “qu’elles (le) suivront toujours”. Depuis qu’il a accédé à la célébrité en installant ses colonnes à rayures au Palais-Royal, son nom suscite le débat. En dépit des réprobations, il n’a jamais cessé de travailler. Très en vogue à l’international, Daniel Buren a réalisé plus de 600 expositions personnelles et a participé à près d’un millier d’expositions collectives. “Ces vingt dernières années, on m’a également beaucoup sollicité pour des concours en vue de commandes publiques. J’en ai réalisé une centaine, sans compter celles qui n’ont pas abouti”, confie-t-il.

Depuis vingt-cinq ans, les décideurs politiques ont recommencé à solliciter des artistes de renom d’apporter leur griffe à la rénovation urbaine. Une aubaine pour celui qui signa notamment le Centre d’art contemporain d’Albi, le Quai des Antilles à Nantes, ou le Musée de la ville de Castellón en Espagne. “Nous en avions perdu l’habitude. Il faut concourir à des appels d’offres où nous sommes mis en concurrence, l’artiste ne sait pas faire ça”, reconnaissent-ils. Daniel Buren, si. Et ça paye. Dorénavant, les villes vont rivaliser d’audace pour avoir leur tramway personnalisé comme un marqueur de leur identité. “Notre projet va marquer. D’autres villes vont vouloir nous imiter”, assure une élue. Daniel Buren opine: “Tours a frappé un grand coup.

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Auteur

  • Xavier Renard
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