Quel bilan tirer des Journées Agir qui se sont déroulées à La Rochelle en juin dernier? L’indéniable succès de cette association, désormais incontournable dans le paysage des transports publics, est-elle le reflet d’une tendance durable? Si oui, quelle est la signification exacte de ce retour en grâce des régies et de l’engouement des élus pour les fameuses SPL, les sociétés publiques locales. À dire vrai, je me demande si, comme une bonne partie de ce qui fait notre civilisation, beaucoup des réponses à ces questions ne se trouvent pas en Grèce. Pourquoi ce pays est-il au fond en faillite aujourd’hui? En grande partie parce que ces élites politiques ont trop longtemps lâché le pouvoir qui est le leur au seul profit du monde économique. Plus de rentrées d’impôts, la principale ressource du pays – ses armateurs – carrément exonérée de toute fiscalité, et un développement endémique de la corruption, tel est le cocktail qui a poussé ce pays au fond du gouffre. Les élus, sans doute conscients du déséquilibre, avaient jusque-là fait le choix de regarder à côté, voire de tricher sur les comptes du pays. Ils ont été rattrapés par la réalité. On pourrait dès lors longuement discuter des choix qui sont faits aujourd’hui, mais ce n’est pas le propos. Pour en revenir à l’augmentation du nombre d’adhérents d’Agir, il serait bon de le considérer comme un des symboles du mouvement de fond qui anime maintenant une partie des élus français. Ils sont soucieux de reprendre directement en mains ce qui est de leur responsabilité. C’est vrai dans le transport, comme dans les domaines de l’eau ou du traitement des ordures. La naissance de SPL de transport à Saumur, en Saône-et-Loire, dans le Tarn ou demain dans la Drôme, n’est pas un épiphénomène. De même, quand la région Rhône-Alpes décide de reprendre totalement en main la gestion des liaisons TER routières qui sont de son ressort, à quoi assiste-t-on sinon à un retour du politique dans la gestion directe des transports publics de voyageurs? Les économistes font la pluie et le beau temps dans le monde occidental depuis une cinquantaine d’années, les agences (privées) de notation ont certainement encore leurs mots à dire dans la conduite des états, mais le monde politique, transcendant souvent les clivages purement idéologiques, n’a finalement pas dit son dernier mot. Et c’est peut-être encourageant.
