Pôles d’échanges La gare, un enjeu politique? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre les quatre invités du cinquième débat organisé fin juin à Paris par Gares & Connexions. À l’unisson, tous prônent une plus forte implication des autorités organisatrices.
POUR CE DERNIER rendez-vous avant la trève estivale, le thème du cinquième “Atelier de la gare” organisé par Gares & Connexions soulevait l’épineuse question de l’enjeu politique de la gare. “De manière transversale, cette problématique couvre également la politique des transports, l’aménagement du territoire ou l’harmonisation des compétences d’exploitation de nos gares”, prévient Sophie Boissard, directrice générale de Gares & Connexions. Chapeautant un réseau de 3 029 gares accueillant 37 millions de départs de trains et deux milliards de voyageurs chaque année, “nos clients sont leurs électeurs”, compare Stéphane Volant, délégué général de la SNCF. Des usagers dont 60 % des déplacements en train s’effectuent de leur domicile à leur travail, 25 % dans le cadre de leurs loisirs et 15 % dans un contexte de “voyages d’affaires”. Un tissu d’activité qui constitue la partie visible de l’iceberg puisqu’avec deux millions de m2 d’espaces commerciaux, “la SNCF réalise la moitié de son chiffre d’affaires en dehors du train”, confie Stéphane Volant. Face à l’arrivée prochaine de nouveaux concurrents, la gare est d’abord un précieux vecteur d’informations, “nous ne savons pas tout d’une gare. Nos clients, nos élus, nos partenaires et nos concurrents ont aussi des choses à nous apprendre”, reconnaît Stéphane Volant. Un nombre d’intervenants dont la liste ne cesse de s’allonger et dont la présence “ralentit l’action et complexifie les process de gestion”, estime Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin et auteure du premier rapport sur le rôle stratégique des gares publié il y a deux ans. Si le problème de la gouvernance semble récurrent sur de nombreux projets, une forte impulsion de l’État permet souvent de gagner un temps considérable et d’offrir davantage de visibilité aux yeux du grand public. “Cher au président de la République, le Grand Paris a mis les transports collectifs sous les feux des projecteurs et a mobilisé l’opinion sur les enjeux qu’ils véhiculent”, reconnaît Fabienne Keller.
Sur des dossiers moins médiatiques, les premiers représentants de l’État ne sont autres que les autorités organisatrices (AO), d’où la tentation de leur déléguer naturellement cette mission fédératrice. “Il paraît nécessaire que les AO assument leur rôle de chef d’orchestre et pilotent l’organisation des gares”, revendique Fabienne Keller. Une tendance qui entre progressivement dans les moeurs puisqu’“elles sont de plus en plus nombreuses à plancher sur la réorganisation de leurs gares et n’hésitent plus à porter des projets structurants”, observe Fabienne Keller. Faute d’intervention publique directe, il s’agit donc de tirer profit de toutes les opportunités. “Lorsque nous nous sommes attaqués à la réorganisation de la gare de Strasbourg, nous avions créé une structure juridique spécifique afin de mutualiser les activités des différents acteurs dans la boucle”, se souvient Fabienne Keller. À Bordeaux, où la gare est fréquentée par vingt millions de voyageurs annuels, Vincent Feltesse, président de la Communauté urbaine de Bordeaux (Cub), reconnaît que “l’émergence des LGV a remis la question des gares au goût du jour et les tensions financières de ces dernières années ont attiré de plus en plus d’investisseurs à la table des décisions.” Un nouveau schéma qui devra rapidement prendre ses marques car “les enjeux sont nombreux et peut être pas si lointains… si nous ratons le coche à l’horizon des trente-six prochains mois, nous prendrons pas mal d’années de retard”, redoute Vincent Feltesse.
Pourtant, en France comme à l’étranger, se sont bien souvent les exploitants qui se frottent à cet exercice. “Il faut faire de la gare un centre-ville à part entière”, déclare Stéphane Volant. C’est précisément dans cette optique que la SNCB a déposé une demande de permis d’urbanisme fin juin afin de lancer la rénovation de la gare de Mons située à 70 kilomètres de Bruxelles et desserte secondaire de la ligne reliant Paris à Bruxelles. “Jusque-là notre gare séparait notre ville en deux”, regrette Vincent Bourlard, directeur général Stations SNCB Holding. Qu’à cela ne tienne, l’opérateur, qui affiche déjà une dizaine de rénovations à son actif, a donc décidé de créer un portail multimodal entre les deux quartiers. “L’un des cinq nouveaux quais sera exclusivement dédié aux autobus et à notre futur tramway. En front de gare, nous avons également prévu d’aménager une station de transit pour les taxis”, précise Vincent Bourlard. En parallèle, ce pôle intermodal sera complété par un espace dédié aux automobilistes, “nous possédons un terrain que nous prévoyons detransformer en parking pour encourager les usagers à laisser leurs véhicules à la gare et à prendre le train”, explique Vincent Bourlard. En parallèle, ce site de dix hectares devrait aussi être utilisé à des fins commerciales et culturelles, “cette plate-forme hébergera des commerces, un centre de congrès, des hôtels, des habitations et des bureaux. Des entreprises comme Google et Microsoft ont déjà prévu de s’y installer”, se réjouit Vincent Bourlard. Un chantier qui “n’aurait jamais été possible sans l’implication forte de nos élus locaux”, poursuit-il. Un pari gagnant à condition “d’éviter de remplir les surfaces tous azimuts en pratiquant des prix inférieurs au marché”, conclut Vincent Feltesse.
Entente sur les prix?
La Deutsche Bahn envisage de poursuivre les producteurs de rails pour entente sur les prix. En effet, selon un rapport publié par le quotidien Westdeutsche Allgemeine Zeitung, l’opérateur, dont l’activité nécessite jusqu’à 300 000 tonnes de rails chaque année, aurait surpayé de 100 millions d’euros ses approvisionnements en 2006. L’office allemand des cartels a donc lancé une enquête à l’encontre de trente individus exerçant dans dix sociétés susceptibles de sévir depuis une dizaine d’années.
2010, un bon cru
Troisième bonne année consécutive pour l’opérateur italien Ferrovie dello Stato (FS) qui a enregistré un bénéfice net de 129 millions d’euros (+ 139 %) et un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros.
La compagnie justifie ces performances notamment par le succès des nouvelles lignes TGV. Prochaine étape: la présentation de son plan industriel pour la période 2011-2015 au cours duquel l’opérateur réaffirmera sa volonté de conquérir les marchés étrangers.
L’informatique à la régulation
Une première en Algérie: le ministre des Transports Amar Tou a annoncé la mise en place d’un système de gestion du mouvement de trains à distance. Les premiers essais de ce dispositif qui portaient sur 14 stations entre Tabia dans la région d’Oran et la Wilaya de Béchar à l’ouest du pays, se sont déjà avérés concluants. Ils encouragent les autorités locales à poursuivre le déploiement du programme de signalisation ferroviaire dont l’objectif est d’optimiser la régulation du trafic et de parer à d’éventuels accidents.
La LGV bat de l’aile
La ligne à grande vitesse, qui devait relier Lisbonne à Madrid dès 2013, pourrait être l’une des victimes collatérales de la crise économique au Portugal. Faute de moyens, le nouveau gouvernement, en place depuis fin juin, envisage de suspendre les travaux dont une bonne partie a pourtant été effectuée en Espagne.
Sous le signe de la stabilité
Avec 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010, les résultats de l’industrie ferroviaire hexagonale ressemblent à s’y méprendre à ceux de 2009 et de 2008. Qualifié de "copier-coller" par Jean-Pierre Audoux, délégué général de la Fédération des industries ferroviaires (Fif), le marché intérieur a enregistré 2,94 milliards d’euros tandis que les exportations ont atteint 1,21 milliard d’euros.
"L’engouement politique dont bénéficie le ferroviaire va de paire avec les incertitudes financières et budgétaires", tempère Jean-Pierre Audoux.
Siemens met le cap au sud
90 millions d’euros. C’est le montant du contrat signé fin juin par Siemens et la compagnie ferroviaire sud-africaine Prasa. D’une durée de cinq ans, ce partenariat porte sur la fourniture d’équipements de signalisation et la construction du centre de contrôle opérationnel de Gauteng. Avec 25 000 kilomètres de voies sur l’ensemble du pays, ce marché figure en bonne place des axes prioritaires du constructeur.
Fabienne Keller
Sénatrice du Bas-Rhin
“Il paraît nécessaire que les AO assument leur rôle de chef d’orchestre et pilotent l’organisation des gares.”
Stéphane Volant
Secrétaire général du groupe SNCF
“La SNCF réalise la moitié de son chiffre d’affaires en dehors du train.”
Sophie Boissard
Dg de Gares & Connexions
“Cette question couvre la politique des transports, l’aménagement du territoire ou l’harmonisation des compétences au sein de nos gares.”
Vincent Feltesse
Président de la Cub
“Il faut éviter de remplir les surfaces commerciales tous azimuts en pratiquant des prix inférieurs au marché.”
