Île de la Réunion La famille Moutoussamy, arrivée à la fin du XIXE siècle des Indes, compte parmi les premiers autocaristes de l’île. Elles est aujourd’hui à la tête d’un groupe spécialisé dans le transport de voyageurs et s’attaque au tourisme réceptif.
L’HISTOIRE de la famille Moutoussamy figure au rang des belles illustrations de la pluralité ethnique de la Réunion, où les Indiens ont joué et continuent de jouer un rôle clé dans l’agriculture, l’industrie et les services de l’île. En 1898, Tambiatan Moutoussamy débarque à Saint-Denis. Il vient de la région de Madras, au sud de l’Inde. Après avoir démarré dans les usines de cannes à sucre, il monte une affaire plutôt orientée dans les travaux publics. L’activité transport ne démarrera qu’en 1922, dans le nord de l’île, à Saint-Denis, sous l’impulsion d’Émilien-Carpin Moutoussamy. Au petit matin, à bord de véhicules de transport de marchandises, Émilien-Carpin va chercher ses ouvriers qu’il conduit à Saint-Denis sur les chantiers. Le soir, il les ramènent chez eux dans les “hauts”, comme on dit là-bas. Aménagés de façon sommaire pour les passagers, ces véhicules de marchandises sont une aubaine pour les ouvriers car ils les protègent de la pluie, des changements d’altitude et de la rudesse du climat de cette île à grand spectacle.
Plus tard, Émile, le fils d’Émilien-Carpin, décide d’ouvrir à son tour son entreprise. En 1953, dès que la route reliant Saint-Denis au port de la Rivière-des-Galets est recouverte d’asphalte, il assure les transports des dockers vers le port, et vice versa, jusqu’à Saint-Benoît, au volant de Chevrolet et de Citroën T 45. Implantée à Sainte-Clotilde, l’entreprise est baptisée Cars-Rapid Transports. À l’époque, elle compte 120 véhicules.
L’affaire familiale poursuit son irrésistible ascension grâce aux 14 enfants Moutoussamy dispersés aux quatre coins de l’île. En 1983, la société Moutoussamy et fils voit le jour à Saint-Denis, avec Émilien- Bernard à sa tête. L’entreprise obtient rapidement l’exploitation des services urbains de la capitale du département et des services scolaires. Les lignes régulières sont exploitées sous la marque générique Cars Jaunes. Au total, 70 véhicules sillonnent le nord, l’est et le sud de l’île. En parallèle, l’entreprise s’implique de plus en plus dans les services touristiques occasionnels. Puis, en 1996, c’est la création d’Autocars Marde, inspiré du surnom d’Émilien-Bernard. Cette nouvelle entité fait corps avec les métiers Moutoussamy et fils. Un savoir-faire au sein d’activités de transports de voyageurs et de tourisme.
La responsabilité du tourisme pour l’ensemble des marques du groupe Moutoussamy a été confiée à Philippe Lallemand, agent commercial touristique. Il peut compter sur une flotte d’une quarantaine de véhicules. Ce sont des autocars de grand tourisme, des minibus, quelques limousines et aussi des véhicules équipés pour transporter les personnes à mobilité réduite. Car l’activité tourisme englobe aussi les transferts pour les aéroports, des transports de bagages, des visites guidées privatives, des prises en charge de Vip… La conjoncture du secteur touristique est en voie de normalisation. “Nous apercevons la sortie du tunnel après les épisodes sanitaires qui ont déstabilisé l’activité sur l’ensemble de la zone des Mascareignes”, reconnaît Philippe Lallemand.
L’épisode du Chikungunya avait en effet plombé un trafic composé à plus de 90 % de la clientèle métropolitaine. Bien que l’équilibre entre individuels et groupes évolue de façon assez subtile: “Lorsque la clientèle individuelle est au top, il est difficile de trouver de bonnes conditions pour loger les groupes et les prix s’envolent”, explique Philippe Lallemand. En cause, la situation hôtelière de l’île de la Réunion qui n’offre pas de véritables gros-porteurs accessibles pour le marché moyen de gamme. “Incontestablement, il manque ici des capacités, notamment des établissements de plus de 100 chambres, qui seraient les bienvenus dans l’ouest, par exemple, dans des catégories 2 ou 3 étoiles”, ajoute le responsable de l’activité touristique du groupe Moutoussamy.
Autre piste de développement, l’équilibre saisonnier. “Nous avons intérêt à limiter les écarts de prix qui existent selon les pics de fréquentation, de façon à figurer sur le marché avec une offre plus linéaire”, estime Philippe Lallemand. Pour y contribuer, Moutoussamy monte avec quelques partenaires de la grande distribution (Carrefour, Leclerc…) des opérations en basse saison, pour mettre sur le marché des semaines à 1 000 euros TTC, tout en reconnaissant que les négociations avec les compagnies aériennes et les hôtels ne sont pas faciles avec des politiques tarifaires tributaires des vacances scolaires. Pour autant, de telles promotions à destination de grands groupes sont en gestation. Ces moyens et ces actions devraient valoriser davantage des sociétés comme Moutoussamy qui disposent de l’habilitation administrative nécessaire pour fournir des prestations packagées autour des sites touristiques de l’île en matière de guidage et de transport. Ils devraient contribuer à accentuer encore davantage son emprise sur le secteur des transports et du tourisme sur l’île. Aujourd’hui, dans les transports, les observateurs conviennent que le groupe Moutoussamy, à travers ses différentes filiales, détient autour des 30 % de parts de marché de l’île, concernant les lignes régulières et les services scolaires. Un chiffre que les entreprises du groupe comptent bien faire progresser.
NOUVEAU DISPOSITIF ANTIFRAUDE
Estimant qu’elle représente un coût d’environ trois millions d’euros par an, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) déploie, depuis le 5 septembre, son nouveau dispositif antifraude. Se dotant d’une équipe supplémentaire de six contrôleurs, portant l’effectif à 50 salariés sur cette activité, le transporteur compte également appliquer une nouvelle grille de tarifs à compter du 12 septembre. Ainsi, les fraudeurs devront dorénavant s’acquitter de 45 euros, au lieu de 42,50 en l’absence de titre de transport et de 30 euros, au lieu de 28,50 euros, si celui-ci n’est pas valide. Une addition qui se corse avec des frais de dossier avoisinant 20 euros s’ils règlent leur amende dans les quinze jours et 38 euros au-delà.
CARCEPT REMPORTE L’APPEL D’OFFRES
Suite à l’accord signé le 24 mai 2011, les partenaires sociaux du transport routier interurbain de voyageurs avaient décidé de renforcer le dispositif de protection sociale des 84 000 salariés du secteur. Logiquement, la commission paritaire a donc organisé un appel d’offres remporté par Carcept Prévoyance, filiale du groupe D & O. Dorénavant, toutes les entreprises du secteur devront souscrire un contrat prévoyant un taux de cotisation minimum de 1 % du plafond mensuel de la sécurité sociale par salarié et en financer la moitié. Disposant d’un délai de six mois pour se mettre en conformité avec cette obligation à compter de la date d’arrêté d’extension de l’accord, les sociétés devront ensuite rejoindre Carcept Prévoyance.
UNE FLOTTE ORIENTÉE VERS LES TRANSPORTS TOURISTIQUES
“Nous apercevons la sortie du tunnel après les épisodes sanitaires qui ont déstabilisé l’activité sur l’ensemble de la zone des Mascareignes.”
PHILIPPE LALLEMAND
Responsable du tourisme pour l’ensemble des marques du groupe Moutoussamy
Chez Tourinter, depuis le mois d’octobre 2010, jusqu’au mois d’avril 2011, l’île de la Réunion figure en deuxième position (derrière l’archipel des Seychelles), en terme de progression du trafic. "À destination de l’île Bourbon, le trafic a enregistré sur cette période une hausse de 54 % et a contribué ainsi à la bonne santé des résultats financiers de Tourinter", confirme Monique Crusot, directrice du marketing. Cette filiale française, d’origine lyonnaise, du groupe Tui, est engagée aujourd’hui, comme Nouvelles Frontières et Marmara, dans une opération de restructuration.
